Pascale Boistard
Pascale Boistard, secrétaire d'État aux Droits des Femmes © DR

Une secrétaire d’État aux Droits des femmes a été nommée auprès de la Ministre Marisol Touraine pour faire appliquer la loi pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes. Pascale Boistard à la manœuvre avec une loi de compétition qui s’applique tellement partout qu’on se demande par quel bout la prendre. Entretien.

Manuel Valls vous a nommée secrétaire d’État aux Droits des femmes le 26 août 2014, alors que jusque là vous n’étiez pas inscrite dans la lutte féministe, ni de par vos études –DEA de sciences politiques avec une spécialisation « institutions européennes »- ni de par votre parcours – attachée auprès de Jean-Luc Mélenchon, puis de Laurent Fabius-. Rien ne vous prédestinait à ce poste, alors pourquoi vous ?

J’avais déjà une connexion en tant que députée. J’ai été la représentante des députées et sénatrices françaises du réseau des femmes de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. J’avais fait un rapport sur la place des femmes en politique dans l’espace francophone. Ce n’est pas apparu dans mon cursus, pourtant cela faisait partie de mon rôle de députée. Ensuite, j’ai un engagement personnel qui m’a été inculqué au sein de la sphère familiale. Je ne me suis effectivement pas illustrée dans des associations précisément sur le féminisme mais c’est quelque chose qui fait partie de moi, de mon éducation.

La loi sur l’égalité réelle entre les hommes et les femmes bénéficie d’une ampleur et d’une transversalité nouvelles, d’où la difficulté maintenant de la faire appliquer dans de multiples domaines de la société. On le sait, de nombreuses autres lois ont précédé, elles ont plus ou moins été suivies d’effet. Cette loi, on la retrouve partout, comment s’assurer de son application ?

Le propre du travail des droits des femmes c’est de s’inscrire dans la transversalité. Nous avons des relations quasi quotidiennes avec les autres ministères et plus encore avec ceux qui sont directement concernés par les décrets en cours de parution. Nous avons déjà fait paraître un certain nombre de décrets, par exemple sur l’expérimentation dans un département de la garantie sur le paiement des impayés des pensions alimentaires qui va changer la vie quotidienne de beaucoup, en majorité des femmes, dont les compagnons ne reversent plus les pensions. Les CAF vont prendre la relève là-dessus et se retourner contre les mauvais payeurs. Ce point est extrêmement important. Un décret devrait [également] sortir concernant les nominations dans les institutions afin de les obliger à respecter un pourcentage de femmes. Cela va bouleverser le paysage des nominations qui sont essentiellement masculines encore de nos jours, même s’il y a des efforts de faits. Nous avons eu sur le téléphone grand danger1 le feu vert de la CNIL en début de mois et nous allons pouvoir étendre au niveau national le dispositif qui était à l’état d’expérimentation. On est parti sur une base de 400 téléphones et nous sommes prêts à augmenter selon les besoins. Nous menons cette action en partenariat avec le ministère de la Justice. Nous avons travaillé aussi avec le ministère du Travail sur l’emploi du compte épargne temps2. Nous allons l’utiliser pour améliorer la conciliation vie privée/vie professionnelle. C’est le premier décret sorti en septembre 2014. Nous en avons bien d’autres en cours de parution. Donc la loi du 4 août 2014 est faite à la fois d’expérimentations que nous mettons en place, d’évaluation d’expérimentations déjà mises en place pour généraliser les actions. C’est un travail évidemment très exigeant mais qui se passe très bien avec les différents ministères.

Quelques mots sur vos prochains combats ?

Dès fin décembre 2014, j’étais conviée au comité national de lutte contre l’insécurité, présidé par Bernard Cazeneuve auquel participent le ministre des Transports, les représentants des transports de toutes les grandes villes de France ainsi que la SNCF. Un travail est mené en lien avec les associations pour trouver des moyens techniques concrets et aussi de mobilisation de la société sur ce sentiment assez fort qu’ont parfois les femmes, que personne ne viendrait les aider s’il leur arrivait quoi que ce soit dans les transports.

On s’efforce également d’obtenir la mobilisation de la société, pour affirmer que le harcèlement de rue peut faire partie des violences faites aux femmes.

Les premières mesures devraient tomber avant l’été ainsi qu’une campagne de communication. Sur le harcèlement de rue en général, nous travaillons à différents titres avec des associations, comme « Stop harcèlement de rue ». Nous avons mis en place des marches exploratoires dans 20 villes de France en lien avec les élus locaux, les mairies, afin de considérer l’aspect urbanistique qui peut être hostile à la présence des femmes. Si vous avez un éclairage qui n’est pas suffisant, des matériaux utilisés qui font claquer le bruit de talons, mais aussi selon la façon dont vous utilisez les outils sportifs, cela vous donne le sentiment de ne pas être la bienvenue là où vous allez. Nous avons des exemples de structures sportives destinées essentiellement aux hommes ou de centres commerciaux de quartiers où vous avez une telle organisation que les femmes ne s’y sentent pas les bienvenues et ne s’y rendent pas. C’est un travail assez minutieux que nous testons dans 12 villes de France en lien avec une association qui s’appelle France médiation, et à partir de là nous allons étendre le dispositif et travailler concrètement sur l’aspect matériel des choses en lien avec les élus. On s’efforce également d’obtenir la mobilisation de la société, pour affirmer que le harcèlement de rue peut faire partie des violences faites aux femmes et qu’il y a aussi besoin de se mobiliser, de réintroduire la notion de respect entre les femmes et les hommes, entre les filles et les garçons. Voilà tous les problèmes auxquels nous nous attaquons.

Filles et garçons, vaste sujet, c’est aussi l’école, la famille…

Oui c’est pour cela que l’on a un travail à faire avec l’école, dont se saisit Najat Vallaud-Belkacem. Mon travail est passionnant parce que l’on travaille avec la politique de la ville, avec l’éducation, avec le sport, avec évidemment le ministère de l’Intérieur, des Transports, de la Justice, le ministère de l’Emploi est très important également. On a 9 territoires d’excellence, on espère en créer trois de plus sur le territoire de la métropole et dans les outremers afin de permettre aux femmes qui ont été éloignées du marché de l’emploi de pouvoir se réinsérer dans l’emploi ; pour faire progresser les femmes dans les entreprises et instiller l’égalité professionnelle femmes/hommes dans les entreprises. Les champs sont extrêmement vastes. Je ne m’en plains pas, bien au contraire, parce que c’est passionnant d’agir sur le quotidien. Cela ne s’arrête pas aux discours. On peut faire changer la vie des femmes en s’attaquant réellement aux sujets qui les préoccupent au quotidien.

Les élections départementales représentaient une grande première en matière de parité3, un peu éclipsée par la montée du FN. Qu’attendez-vous de ces élections, de cette parité nouvelle dans une collectivité de proximité ?

Cela contrecarre une injustice démocratique qui faisait que les femmes n’étaient représentées dans ces assemblées qu’à un niveau de 16%. Le fait de faire rentrer des femmes à parité dans ces instances qui touchent au quotidien des habitants et des habitantes est important puisque les femmes font partie du quotidien et sont la moitié de la population représentée par ces instances. Donc on a déjà corrigé un déficit de démocratie. Après, il y a la couleur politique, femme ou homme, qui m’inquiète plus. Vous savez que le Front national à l’assemblée européenne a voté contre un texte, il y a peu de temps, qui défendait l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, la mise en place de l’évolution de l’IVG, et tous les droits qui concernent les femmes. Dans ce groupe qui n’a pas voté ce texte figure Marine Le Pen. Je m’inquiète de la régression permanente des droits des femmes qu’impose le Front national à travers son idéologie.

Téléphone grand danger : téléphone d’alerte pour les femmes en grand danger, victimes de violence au sein du couple (NDLR).
Compte épargne-temps : permet au salarié d’accumuler des droits à congé rémunéré ou de bénéficier d’une rémunération, immédiate ou différée, en contrepartie des périodes de congé ou de repos non prises ou des sommes qu’il y a affectées (NDLR).
Départementales : pour la première fois, les élections étaient strictement paritaires. Chaque canton devait présenter un binôme en lieu et place du traditionnel candidat, un homme et une femme, avec un homme et une femme comme remplaçants. Une obligation contenue dans la loi (NDLR).

 

À LIRE AUSSI

Nos articles :
L’égalité femmes/hommes sur le terrain
Cette égalité professionnelle qu’on tente d’assassiner

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here