Inna Modja s’est fait connaître autant pour son engagement contre l’excision dont elle a été victime, pour sa plastique lui valant les pleines pages des magazines féminins, que pour son tube French Cancan sorti en 2011.
Inna Modja

Avec Motel Bamako, son troisième album, où elle chante en anglais et en bambara, la diva opère un mélange entre traditions mandingues, rap, soul et électro-pop.

On lui a posé quelques questions avant les concerts qu’elle a donnés dans la région.

 

Il a beaucoup été question de double nationalité dernièrement. Pour être clair, vous n’êtes pas franco-malienne ?

Non, je suis malienne. Je n’ai jamais été française. Je suis née et j’ai grandi au Mali et si on me reprend ma carte de séjour, malheureusement je ne vivrais plus en France. Mais je voyage tellement depuis mon enfance, que ces histoires de nationalité ne comptent plus pour moi.

Inna Modja
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Ce rapport entre les deux cultures s’entend bien dans votre dernier album Motel Bamako où vous faites le pont entre musique traditionnelle mandingue et sonorités occidentales.

J’avais envie que l’album soit transculturel, qu’il me ressemble. Mon père étant diplomate, j’ai grandi dans beaucoup de pays, francophones et anglophones comme le Ghana. Le mixage entre la musique traditionnelle et le hip-hop vient de mon histoire. Dans les années 90, au Mali, c’est un genre qu’on s’est approprié avec notre langue et nos codes. La musique électronique, je l’ai découverte plus tard en venant vivre en Europe. Et j’ai trouvé beaucoup de similarités entre ces sonorités et la musique malienne.

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C’est un album qui est tourné vers la défense des femmes. Vous pouvez en parler ?

Mon engagement a commencé il y a une dizaine d’années quand j’ai milité pour l’excision. Je me suis intéressée à différentes formes de violences faites aux femmes. Après, j’ai eu envie de m’engager pour des causes moins dures, comme la formation de sages-femmes en Afrique pour suivre les mamans et bébés à la naissance. C’est important pour moi.

Je me suis intéressée à différentes formes de violences faites aux femmes.

Quel est le principal cliché touchant les femmes ?

Celui de penser que la femme ne peut pas faire aussi bien que l’homme alors qu’on a les mêmes capacités intellectuelles et physiques. Le genre ne définit pas ce qu’on est capable de faire.

Après avoir été victime d’excision, que vous a apporté la chirurgie réparatrice ?

Comme beaucoup de femmes qui sont passées par cette intervention, ça m’a permis de récupérer un symbole de féminité, de me sentir complète et sereine.

Que reste-t-il à faire pour lutter contre l’excision ?

Je suis allée en février à New York aux Nations Unies, pour la journée de tolérance zéro contre l’excision dans le monde. Le plus important reste de faire comprendre pourquoi il faut arrêter l’excision. Quelles sont les conséquences physiques et psychologiques. C’est un long combat.

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Vous n’êtes plus mannequin. Est-ce que c’est un milieu qui vous manque ? Il semble bien différent de celui de la musique ?

Mannequin, c’est fini. J’ai fait ça pendant 7 ans pour payer mes études parce que je viens d’une famille de 7 enfants et il fallait que je travaille. J’ai eu beau déposer des CV dans les fast-foods, les boutiques, je n’ai jamais eu de réponse alors quand on m’a proposé d’être mannequin, j’ai dit oui. Et j’ai appris beaucoup de choses dans ce milieu qu’on juge artificiel. Les créateurs, designers sont des personnes intéressantes.
Je suis très curieuse, j’adore apprendre. Que ce soit à la fac de lettres, dans une école de commerce ou lorsque j’étais mannequin, j’essayais d’avancer. Et la mode m’a permis autant de voyager que de faire des études.
Quand on regarde la culture populaire sur une décennie, elle est fortement marquée par la mode et la musique. Quand on regarde les années 70, on voit la mode des pattes d’eph’ et les groupes de musique. Pareil quand on parle des années 60, on les définit aussi par la mode et la musique. Ce sont deux univers qui sont liés et qui vont bien ensemble. Mais on ne donne pas assez de respect à la mode. Beaucoup de personnes s’expriment par la manière dont elles s’habillent.

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Est-ce que vous avez une recette mode pour vos concerts ?

La mode m’a permis autant de voyager que de faire des études.

Non pas vraiment. Je suis souvent en combinaison. Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus confortable. J’ai créé des vestes pour les musiciens et moi. L’idée est de véhiculer quelque chose de cohérent à base de récup’ et de patchwork. C’est pas le look le plus important, mais ce qu’on va jouer, comment on va bouger.

Vous travaillez avec votre compagnon Marco Conti Sikic. Est-ce un atout ?

Je n’en parle pas beaucoup. Je travaille avec lui parce qu’il est talentueux, parce qu’on a plein de choses en commun : l’esthétique, la musique, l’art, la photographie et la vision du monde. On forme un duo efficace et créatif. Mais si ce n’était pas mon compagnon, je travaillerais aussi avec lui.

Verra-t-on son travail sur scène ?

La base de notre scénographie, c’est la récupération. En Afrique, on détourne les objets. Quand on n’a pas quelque chose, on le crée avec d’autres objets. On a donc des barils qu’on a détournés en objets de déco, avec des tissus. Au lieu d’avoir un écran plasma, on a une toile de jute sur laquelle on projette les images. Ça donne un côté vivant et très film. Et ce sont des images qu’on a filmées au Mali. On a envie que les gens qui ne sont jamais allés là-bas voient ce qu’on voit nous. Ce qu’on aime là-bas.

Inna Modja
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Pour en savoir plus

Site officiel de Inna Modja
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