lundi 27 mai 2024

Sandrine Carême – ineS

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Sandrine Carême nous raconte comment et pourquoi elle a décidé de renouer avec ses rêves d’adolescence et finalement tout changer dans sa carrière pour devenir sexologue. Métier qu’elle exerce aussi bien auprès des couples que dans le monde professionnel où il y a tant à faire.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Mon activité s’appelle ineS, conseil et formation en sexualité. Je suis à la fois sexologue et thérapeute de couple. J’accompagne des personnes qui viennent me consulter pour des questions liées à leur intimité, leur sexualité ou leurs relations intimes. Et je suis également formatrice auprès des associations ou des entreprises sur différents sujets. Le premier c’est la prévention et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans un contexte professionnel. Egalement sur le sujet des discriminations liées au sexe et à l’orientation sexuelle et plus largement des inégalités notamment dans le cadre du travail, donc les inégalités entre les femmes et les hommes. Et puis mon second sujet d’intervention, c’est en lien avec l’intimité des personnes accompagnées dans les associations, notamment dans le secteur social et médico-social. Je forme les professionnels à mieux accueillir, mieux accompagner la vie affective et sexuelle des personnes qu’ils accueillent au quotidien.

Quel est votre parcours ?

Un parcours un peu inhabituel puisque je n’ai pas démarré en tant que thérapeute, j’ai été d’abord formée en école de management et j’ai exercé en entreprise. Donc j’ai passé une dizaine d’années à Paris où j’étais responsable d’un service de mécénat où j’ai créé une fondation d’entreprises.

Et puis je suis venue en région toulousaine, où j’ai exercé une quinzaine d’années au service des associations dans le secteur social et médico-social et notamment dans le domaine de la formation professionnelle. J’ai monté un programme de formation de référents en vie affective et sexuelle dans le champ du handicap.

Voilà et cette idée a cheminé… La sexualité est un sujet qui m’intéressait vraiment depuis l’adolescence. Et donc je me suis dit : « c’est maintenant ou jamais ». Et puis un jour la série Sex Education est sortie, il y a une femme sexologue dans cette série et j’ai dit “c’est ça que j’ai envie de faire plus tard” j’avais 40 ans. Donc il n’est jamais trop tard pour devenir ce qu’on a envie d’être.

Je me suis lancée dans des études à l’université. J’ai suivi un double parcours universitaire, un premier diplôme universitaire en formation éducation à la sexualité et puis un deuxième en santé sexuelle et droits humains. Et j’ai été diplômée il y a quelques années et j’ai lancé mon activité.

Quelle est la place de la sexualité dans la société ?

La sexualité c’est un sujet complexe, à la fois on en parle beaucoup et finalement on en parle pas, ou peut-être on pourrait dire qu’on en parle mal. Mais, en tout cas, c’est un sujet qui est beaucoup exposé dans les magazines, on commence à le médiatiser parfois sous le couvert du risque, de la prévention, des violences ou de la pornographie. On a quand même ce type d’approche aujourd’hui.

Mon sujet c’est autour des sexualités que j’appelle des sexualités invisibles ou des sexualités oubliées. C’est pour ça que j’interviens dans le champ du handicap, par exemple, parce que le sujet de la sexualité, de la vie intime des personnes en situation de handicap, on en parle peu ou pas du tout. Dans le grand public ça n’a pas forcément de résonance. Il y a aussi la sexualité des seniors. La sexualité féminine aussi, le plaisir féminin, on en parle depuis quelques années mais c’est encore un sujet hautement tabou.

Comment intervenez-vous en entreprise ?

6 couples sur 10 qui se forment en entreprise, ça on ne le sait pas forcément. C’est quand même un haut lieu de rencontre, de séduction, mais malheureusement pas que. C’est aussi un lieu où se développent des discriminations, des inégalités, et puis des violences malheureusement, des violences sexistes et sexuelles. Ce sujet de l’intimité au travail est encore un petit peu trop innovant. En tout cas, les entreprises ne sont pas forcément prêtes à se former sur ce sujet.

Mais le sujet d’actualité aujourd’hui c’est vraiment de travailler sur la prévention du sexisme. Rétablir une forme de bien-être au travail, ça passe aussi par un climat apaisé entre les femmes et les hommes. Les discriminations elles sont encore très fortes, sur les femmes par exemple, il y a la maternité, mais des discriminations que vivent aussi les hommes, par exemple le congé paternité qui a pu être allongé il y a quelques années mais qui est très peu pris, il n’y a qu’un tiers des hommes qui prennent ce congé paternité. Et puis celui des discriminations liées à l’orientation sexuelle pour des personnes homosexuelles ou des personnes transgenres, ce n’est pas forcément évident aujourd’hui de trouver une place en entreprise. Elles peuvent se sentir discriminées parce qu’elles sortent de la norme établie, ne pas oser parler de leur intimité, ne pas oser parler de leur parcours par exemple. Ce n’est pas évident, il y a besoin de sensibiliser à la fois les professionnels en entreprise, mais également d’intervenir avant, pendant les études. J’interviens à l’université ou dans des grandes écoles pour parler de ce sujet aux futurs managers, aux futurs responsables ressources humaines.

La coopération me semble essentielle et non pas la compétition

Sandrine Carême
Des conseils pour lancer un projet ?

Le premier conseil c’est oser. Si vous avez une idée, une envie, s’il y a quelque chose qui vous motive et bien allez-y. On a quand même la chance en France d’être accompagnés sur la création d’entreprise. Donc osez et puis vous verrez si ça fonctionne ou pas, mais en tout cas je pense c’est important déjà de franchir ce pas.

Ne pas hésiter à se faire accompagner. Moi j’ai été accompagnée, j’ai fait un bilan de compétence, j’étais accompagnée par une coach pour lancer cette création d’entreprise. Au tout début, les premiers mois, on a évidemment plein de questions, sur le statut mais pas que, des questions aussi sur notre capacité à développer une entreprise, surtout si on est issu du monde du salariat. Moi je me suis lancée, je n’avais personne dans mon entourage ou dans ma famille qui avait développé une entreprise, donc le métier d’entrepreneur je ne le connaissais pas du tout.
J’aime aussi travailler beaucoup en collectif, c’est important de savoir s’entourer. C’est vrai que le monde de l’entreprise et l’entrepreneuriat c’est se lancer un peu seul. Se faire entourer par des professionnels, mais aussi d’autres entrepreneurs qui se lancent en même temps que vous pour pouvoir s’épauler. C’est important, la coopération me semble essentielle et non pas la compétition.
Et j’en ai un autre qui est de ne pas se décourager. La vie de l’entrepreneur n’a rien à voir avec la vie d’un salarié, ça peut être fluctuant. Il y a des temporalités, il y a des moments où on remporte énormément de contrats puis on a l’impression qu’à un certain moment on ne sait pas de quoi demain sera fait. Donc, surtout, ne vous découragez pas, c’est un travail sur le long terme, il faut continuer sur votre lancée.

Photo de couverture Sandrine Carême ©Grizette.
Merci Maison bien-être Bulle de Vie pour l’accueil lors de cette interview.

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