« Connectome » le trip hop magnétique de Lilypad

Lilypad est un duo montpelliérain d’électro pop trip hop formé par Isabelle Spica et Manuel Durand. Sorti en septembre 2016, leur premier album « Connectome » nous transporte dans une dimension poétique et magnétique, un voyage musical fait de magie et d’émotions. Habitués aux concerts mêlant sons acoustiques et électroniques, ils aiment le contact amical avec le public et les ambiances intimistes, comme cet appartement de l’école de musique de l’Anacrouse qui nous reçoit. Avant d’enregistrer le showcase, tête à tête avec un duo créatif.

Native de Montpellier, tu as commencé le piano à six ans et tu es chanteuse depuis l’âge de 21 ans. Tu as évolué dans des univers assez différents : Jazz, Trip Hop, Pop Rock…

Isabelle : Mais tu sais tout déjà (rires) ! Les rencontres, les influences, font que tu as des affinités vers certains styles en fonction de l’époque, ton âge et ta sensibilité du moment. Il y a un parcours musical aussi qui se fait en parallèle… Mais suivant les périodes, tu évolues, tout comme ta sensibilité, parce que ta vie change, tu deviens maman… les goûts musicaux peuvent évoluer aussi. Bon je n’ai quand même pas fait le grand écart de passer du classique au métal !

Quel est ton parcours musical ?

Isabelle : J’ai une formation plutôt classique, mais au travers des opportunités d’écoute et de découvertes musicales, tu te sens plus familier avec un style, ou pas.
La pop m’a toujours plu : Pink Floyd, Genesis, Les Beattles… J’étais moins funk. Pour moi, c’était plus une musique festive qu’une musique à écouter ou analyser. Le Jazz, parce que j’ai découvert certains artistes à l’époque où je faisais pas mal de piano bars avec des musiciens de jazz (Genève, Londres, la Côte d’Azur). Ensuite le Rock avec le groupe Mils, avec qui j’ai enregistré leur premier album. J’étais la touche trip hop de leur musique. Et puis c’est un métissage de tout ça qui a créé la musique de Lilypad.

Alors justement, tu es à l’origine du duo Lilypad en 2013, raconte-nous la naissance de ce projet.

Il y a vraiment des périodes où je suis hyper réceptive à tout, je me mets alors en mode création.

Isabelle : Je l’avais en tête depuis très longtemps, quinze ans peut-être ! Et puis il y a toujours des priorités dans une carrière de musicien, de musicienne particulièrement. À un moment donné, il a fallu que j’élève mon enfant toute seule, donc mes priorités étaient d’assurer les revenus familiaux et lorsqu’on fait de la création, on assure absolument rien au niveau financier (rires). J’avais plus besoin de travailler sur des choses “alimentaires”, qui me convenaient aussi mais qui étaient plus rémunératrices. Ce projet germait au fond de moi mais j’essayais de l’étouffer. Lorsque je me suis retrouvée plus stable dans ma vie familiale et professionnelle, c’est sorti tout seul ! J’ai écris une quinzaine de morceaux en un été, ça a été très rapide. Mon fils a 17 ans maintenant, donc il est plus autonome…

Mais peut-être que si tu avais concrétisé ce projet bien avant, il y a une dizaine d’années par exemple, il aurait été différent ? Le processus de maturation joue un rôle important dans la création ?

Isabelle : C’est évident ! Je suis très contente que ce soit maintenant, parce qu’effectivement, je pense avoir aussi la maturité de ne faire aucune concession. Je le fais avec mes tripes, et mes choix sont uniquement artistiques. J’ai ce désir de rester authentique, quels que soient les réflexions et les conseils que je puisse entendre… Bon après, tout dépend des objectifs qu’on a. Moi, je ne cherche pas à être sur tous les prime times et à passer sur NRJ. Ce serait même l’inverse car ce système-là ne me convient pas et je ne conviendrais pas non plus !

lilypadManuel, parle-nous de toi. Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

Manuel : Je suis arrivé sur le projet après une première mouture de Lilypad. Originaire de Nantes, cela fait vingt ans que je suis à Montpellier. On s’est rencontrés par des amis communs. On a revisité en acoustique (piano et chant) le premier EP qui avait été fait en 2014. C’était aussi une étape pour me permettre de m’approprier le répertoire. En tant que pianiste, j’ai une formation classique, je me suis ensuite formé de manière autodidacte au fur et à mesure de mes rencontres, le jazz était encore une musique trop exigeante pour moi. Et puis j’ai fait un peu de tout : du rock, de la pop, de la musique cubaine et latino-américaine, et beaucoup de créations. Parce que c’est ça qui m’intéresse dans la musique. Je ne prends pas beaucoup de plaisir à rejouer des choses qui ont déjà été faites, je ne suis pas dans le trip des musiciens de variétés, et n’en suis pas capable !

Lilypad signifie nénuphar en anglais, un mot lui-même assez proche au niveau sémantique des nymphes, ces divinités féminines de la mythologie grecque et romaine qui personnifient les activités créatives et productives de la Nature. Pourquoi ce choix ?

Isabelle : Ouhla, mais tu es allée beaucoup plus loin que moi (rires) ! En fait, lilypad, ce sont les feuilles du nénuphar, et j’avais aimé cette espèce de plateforme qui peut véhiculer des choses et sur laquelle on peut se poser. Mais au départ, c’est vraiment la sonorité du nom qui m’a plu. J’écrivais un texte en français que j’avais traduit en anglais, l’histoire d’un coléoptère qui montait tout au long de la tige du nénuphar pour s’endormir en haut et au réveil, il se transformait en papillon… Donc je cherchais comment traduire la montée sur la feuille du nénuphar et quand je suis tombée dessus, j’ai trouvé que ça sonnait bien. Je l’ai noté comme nom possible pour une formation, et puis il est resté tout seul sur la liste ! Lili est aussi le diminutif du prénom de ma maman, donc ça m’a aussi interpellée. Ce nom était comme une évidence en fait.

Tu es auteure-compositrice-interprète. Les thèmes que tu évoques sont souvent autobiographiques, avec des réflexions sur l’humanité et la société actuelle. Quelles sont tes sources d’inspiration et pourquoi choisis-tu ces thèmes ?

Isabelle : Bien souvent, ce sont des thèmes qui m’interpellent tout simplement, et y’en a tellement aujourd’hui : sur l’humanité en général, le comportement des êtres humains, l’attitude, sur la réflexion, le cerveau. “Connectome”, le nom de l’album, est un mot qui existe vraiment : c’est le plan des connexions neuronales dans le cerveau. J’aime la psychologie et toute forme d’intelligence, celle que l’on va cultiver ou entraîner, l’intelligence émotionnelle, tout ce qui est souvent refoulé chez l’être humain. J’enseigne aussi le chant et au travers des cours, j’ai beaucoup d’expériences humaines qui sont très intéressantes et je suis, malgré moi, souvent en empathie avec les gens, je suis un buvard mais sans pour autant en subir les conséquences. Je suis très sensible à tout cela, et ça passe par l’écriture. Comme cette chanson “Basin Of Clouds” qui m’est venue un jour dans mon bain. Je me suis assise au bord de la baignoire et me suis mise à écrire un texte ! Il y a vraiment des périodes où je suis hyper réceptive à tout, je me mets alors en mode création.

Rectangle Blanc” est plus un titre lié à une réflexion sur le comportement de certaines femmes musulmanes qui sont dans la soumission – l’acceptent parfois ou le désirent – ou sont dans l’auto conviction de devoir le souhaiter, le désirer… Mais est-ce vraiment dans la nature humaine tout ça ? Est-ce vraiment un choix ? Personnellement j’en doute. Bien sûr, on ne m’a pas demandé mon avis, mais je le donne au travers de mes chansons. Sans pour autant vouloir provoquer parce que je ne suis pas dans la provocation, je suis juste dans une forme d’expression artistique. Les termes et la forme que j’emploie sont toujours suggestifs, cela permet à l’auditeur de faire sa propre lecture, sans vraiment agresser certaines personnes.

Te sens-tu concernée par la place des femmes dans la société, et dans le milieu artistique en particulier ? Je pense notamment à toutes ces associations – comme le Mouvement H/F – qui interpellent sur la place des femmes dans la culture, la programmation des artistes femmes…

Isabelle : Bien sûr que c’est un sujet important ! Je suis partagée entre devoir défendre, mais pourquoi défendre quelque chose qui semble évident ? C’est comme la Journée de la femme ! C’est complètement absurde, pourquoi ça existe encore ? Est-ce qu’il y a la journée de l’homme ? Il faut se battre encore parce qu’il y a beaucoup à faire, mais il faut continuer au quotidien. Déjà avec nos enfants : je suis très attentive avec mon fils, depuis le départ. Je lui achetais des DVD de Barbie quand il m’en demandait, sans me poser de question. Ma lutte commence depuis ma naissance. Figure-toi que certaines femmes sont parfois plus misogynes que certains hommes, sans s’en rendre compte, c’est gravissime ! C’est donc un comportement global sur l’être humain. C’est comme pour l’écologie, si seulement chacun de nous se prenait en charge, en toute conscience – j’aime beaucoup ce mot – c’est une forme d’engagement permanent crucial. Chez les musiciens par exemple, souvent les  hommes sont accompagnés, soutenus au niveau administratif par leurs compagnes qui se sont formées pour être manager. Tu ne vois jamais l’inverse… (Elle réfléchit) Ah si, le mari de Céline Dion !

Est-ce difficile de construire une carrière artistique en restant dans le Sud ? Paris est une étape incontournable ?

Manuel : Je ne pense pas que ce soit encore aussi vrai qu’avant. Alors oui, il y a un passage obligé pour se faire reconnaître au niveau national, par les programmateurs, des salles où il est important de passer, mais sans forcément devoir habiter la capitale…

(…) les morceaux évoluent même s’ils ont été enregistrés dans une certaine forme. On continue à réfléchir sur la manière de les jouer en concert.

Isabelle : Le plus difficile est d’avoir aussi la casquette administrative, même si c’est intéressant d’avoir une main mise sur son projet. Je n’arrive pas à associer les deux périodes création-promotion en même temps. On aimerait bien travailler avec quelqu’un qui puisse prendre le relais de temps en temps. Avec un réseau, des contacts, les mails s’ouvrent plus vite, tu gagnes en temps et en efficacité. Mais pour l’instant, nous n’avons pas rencontré la personne idéale.

Ce premier album « Connectome » marque une étape dans votre duo ?

Manuel : Oui c’est un premier pas ! Il y a un travail intense sur la création, ça bouillonne beaucoup, et puis après ça s’arrête : il faut rendre les mix, envoyer au pressage, valider le clip, la pochette etc. Et puis il y a l’objet fini. Mais c’est une étape, c’est juste un instantané dans le travail. Rien ne s’arrête puisque les morceaux évoluent même s’ils ont été enregistrés dans une certaine forme. On continue à réfléchir sur la manière de les jouer en concert. Il y a une maturation sur les morceaux que l’on jouait déjà avant (Rectangle Blanc, Second Decade), et puis ceux qui ont été enregistrés pour l’album (29 Décembre, Le Poids Des Livres ou encore 2+3+4).

Quel a été le déclic pour cet album ?

Isabelle : Une somme de morceaux que l’on jouait en concert mais jamais enregistrés…

Manuel : C’est un répertoire qui s’est épuré au fur et à mesure du travail et de l’évolution de la formation et des morceaux. C’était le moment de mettre des trucs en boîte !

Isabelle : Et puis il y a une sorte de calendrier, une actualité qui est nécessaire lorsqu’on démarche les Institutions, les salles de concert, ou les médias… C’est également une façon de matérialiser notre rencontre. On avait aussi adoré collaborer en live avec un ingé son (David Darmon de Mirador Studio, ndlr), on s’entendait très bien artistiquement parlant et je savais qu’il apporterait sa touche perceptible et intéressante dans notre travail.

En live, vous utilisez beaucoup de vidéos projections, des images abstraites et surréalistes ajoutées au panel de nuances sonores qui nous absorbent… Dans quelle dimension voulez-vous nous transporter ?

Isabelle : Dans l’inconscient.

Le vôtre ?

Isabelle : Non, le vôtre (rires) !

Qui a choisi “Le Poids des Livres” pour ce showcase ?

Manuel : On l’a choisi ensemble, ça s’est fait naturellement…

Isabelle : Ce sera le futur single en fait. C’est un morceau dont la mélodie et les accords peuvent s’adapter en acoustique.

Vous avez fait un arrangement exclusif pour Grizette en mettant des livres dans le piano pour bloquer les cordes ! Que doit-on lire entre les lignes ?

Isabelle : En fait, c’est un peu “ne soyons pas mouton” ! On lit des livres, c’est super – j’adore lire – mais tellement de gens se laissent endoctriner par ce qu’ils lisent. Du simple régime à une religion… À un moment donné, on ne fait plus preuve de bon sens ni appel à son libre arbitre. Je dis au travers de ce texte que souvent, la vérité est en nous, ou autour de nous, il faut juste savoir la voir, la regarder, l’écouter, l’entendre. N’allons pas tout le temps chercher ailleurs. Ces gens qui font des citations à tire-larigot, ça me saoule aussi parce que du coup, on a l’impression qu’ils ne savent même plus parler ou penser par eux-même. Justement, il y a ce poids des livres qui parfois nous empêche d’avoir notre propre réflexion. Osons dire les choses avec nos mots, peut-être de façon plus simple, mais authentique. Comme avec un psy qui va te faire dire les choses avec tes mots. Je pense que ce parcours-là sera beaucoup plus efficace. Voilà, c’est ça Le Poids Des Livres.

Quels sont vos projets ?

Isabelle : J’aimerais beaucoup jouer en festival, ce serait une chouette aventure – quel que soit le festival – donc je travaille sur les démarches et les sollicitations. Le dernier concert au Jam était génial parce qu’on a partagé la scène avec le Trio Zephyr. Je crois que je n’ai jamais eu autant de sensations sur scène que pour ce concert-là. Les vibrations des cordes étaient très puissantes, c’était fantastique. C’est une salle de concerts très chouette, autant niveau acoustique que contact avec le public. On le ressent très fort sur scène. Donc depuis, on a plus envie d’accueillir les gens dans l’intimité d’un concert en appartement, les mettre en immersion dans la musique, j’adore ça. J’aime la scène et le show, mais j’aime aussi cette proximité d’un lieu intimiste.

Pour ce showcase acoustique, Lilypad a choisi le morceau Le Poids Des Livres, dont voici le texte :

C’est dans les livres qu’on peut voir
Tout ce que l’on aimerait pouvoir croire
Parle comme ils disent
Et ne sors pas de la file
Ne sors surtout pas de la file

C’est dans quel livre que l’on t’a dit
Aime la haine tu en seras nourri
En toutes saisons
You can stay on

Parce que le monde ne nous appartient pas
Peut-être un jour l’homme comprendra
Comment aimer vivre léger.

La première phrase est naïvement ironique.
Certains appliquent sans réfléchir, analyser, des écrits qui les mènent parfois vers de graves dangers, surtout s’ils sont mal interprétés (religion, régimes etc.)
Il arrive aussi que les livres soient considérés comme des éléments fédérateurs : ils nous donnent l’impression de faire partie d’une communauté, ils sont rassurants.
Mais en leur donnant une importance aveugle, on risque d’en perdre tout bon sens, indépendance intellectuelle et libre arbitre.
Alléger et réveiller nos cerveaux, la vérité se trouve autour de nous et en nous.

Pour découvrir l’univers de Lilypad :

Site officiel
Page Facebook
Chaîne YouTube

Prochaines dates :

Un grand merci à l’Anacrouse de nous avoir accueillis pour cette session acoustique.

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