Isabelle Poujoula, gérante de Géromouv’

Isabelle Poujoula est une femme d’action et c’est par le mouvement qu’elle veut permettre à tous de vivre plus longtemps en bonne santé.

Découvrez l’interview dans son intégralité :

J’ai 54 ans, j’ai deux enfants et une petite-fille, je suis donc grand-mère ! J’ai un parcours professionnel qui est maintenant assez dense et atypique : j’ai commencé par de la biologie, après je me suis un peu spécialisée en informatique, et j’ai été longtemps dans la formation – une dizaine d’années dans le secteur du transport et de la logistique, et dans le commercial -, pour finir dans une Chambre de Commerce et d’Industrie. J’ai fini en bonne forme quand même puisque j’étais directrice générale d’une CCI qui se trouve en milieu rural, dans le département du Lot. En septembre 2015, avec une associée, on a créé une SCOP (Société Coopérative et Participative) qui s’appelle Géromouv’.

Qu’est-ce que Géromouv’ ?

Ce que nous voulons, tant que c’est possible, c’est faire sortir les gens (…) et créer du lien social.

C’est d’abord parti d’un contact qu’on a eu en Bretagne avec un médecin, le Docteur Tregaro, qui avait déjà travaillé sur le vieillissement, notamment la dépendance et la perte de mobilité. On s’est dit que c’était intéressant d’échanger avec lui car c’est un médecin qui travaille en EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, ndlr), donc avec des gens assez dépendants. Ce qui nous a intéressé c’est d’être en prévention pour justement parler d’activité physique – on parle rarement de sport – pour que les personnes puissent faire encore leurs gestes du quotidien. On est centré là-dessus et on avait envie de développer des parcours de santé qui soient vraiment adaptés à ce public, et en extérieur. Car aujourd’hui, dans ce secteur de la Silver Économie, on pense effectivement à tout amener à la maison car les gens veulent vieillir le plus longtemps possible chez eux. Sauf qu’à un moment, on pense qu’on va quand même les enfermer puisque tout sera porté à domicile. Ce que nous voulons, tant que c’est possible, c’est faire sortir les gens. Et pour les faire sortir, quand ils commencent à avoir des problèmes d’équilibre notamment, il est important qu’ils aient des lieux sécurisés où ils puissent faire de l’activité. Ça peut être d’ailleurs avec leurs enfants, et surtout leurs petits-enfants puisque l’intérêt est aussi d’avoir un mélange, de mixer la population et que l’on sorte du fait que les vieux sont avec les vieux, les jeunes avec les jeunes, les adultes actifs avec les adultes actifs… L’objectif, au-delà de l’aménagement de parcours de santé avec des modules en bois et de l’animation de séances d’activités physiques avec tutoriels vidéo, c’est surtout de faire du lien social.

Vous défendez l’égalité professionnelle ?

Ah oui, c’est une question qui me tient à cœur ! D’ailleurs, plus je vieillis, plus elle me tient à cœur. Quand j’étais jeune, je n’y pensais pas vraiment. On me posait souvent la question puisque je travaillais dans le transport, un secteur typiquement masculin, et que j’ai eu la chance d’avoir des postes de direction assez tôt. Mais je trouvais la question saugrenue car je ne voyais pas pourquoi il y aurait une différence, que je sois femme ou homme, à partir du moment où l’on me confie une mission, c’est pareil. Je me souviens aussi d’un entretien de recrutement à Paris, où la personne m’a posé la question de la garde de mes enfant, qui étaient encore assez jeunes à l’époque. Je lui ai répondu que ce n’était pas son problème mais le mien, et que si je postulais, c’est que c’était déjà réglé !

Ce n’est surtout pas un combat contre les hommes, je dis qu’on ne réussira qu’en incluant les hommes.

Aujourd’hui, après une trentaine d’années de fonctions de direction et de management, effectivement, c’est un peu différent. On a des combats différents et je pense que rien n’est encore vraiment gagné. Mais ce n’est surtout pas un combat contre les hommes, je dis qu’on ne réussira qu’en incluant les hommes. Oui une femme doit être payée au même niveau qu’un homme quand elle a des compétences équivalentes, notamment les même diplômes. Il n’y a pas de raison d’avoir de différences. Il faut probablement aménager quand même son temps de travail de manière à ce qu’au niveau de sa vie privée, elle puisse mener les deux en même temps mais il faut aussi que les hommes prennent leur part. Et je crois qu’en fait, il faut toujours en parler. C’est cela maintenant pour moi qui est différent, il faut quand même le dire : on est complémentaires mais on est différents, et pour que la femme ait toute sa place, elle doit avoir la parole et dire ce qu’elle veut, aussi.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Des conseils, c’est toujours délicat parce que chaque personne est différente. Il n’y a pas de profil type pour créer car ce qui est intéressant, c’est la diversité. Il faut surtout être tenace, pugnace, et évidemment croire en son projet et être passionnée, avoir des choses qui bougent à l’intérieur. Il faut croire en soi ! Alors ça, c’est un vrai problème pour les femmes parce que souvent, elles n’ont pas tellement confiance en elles, et ne se sentent pas forcément capables de créer. La contrepartie est intéressante, je me souviens quand j’étais dans une CCI, on faisait de l’accompagnement de femmes avec notamment des stages de formation à la création. Alors que les chiffres nationaux montrent qu’on est à 27 % de femmes cheffes d’entreprise, paradoxalement, dans les stages de créateurs, les femmes étaient beaucoup plus nombreuses à 35 %. Cela montre que les femmes ont besoin d’être énormément rassurées, de valider leur projet à chaque étape et de ne pas se lancer comme ça un peu dans le vide. Donc elle vont beaucoup plus préparer en amont et je crois que c’est une très bonne chose. C’est très important parce que c’est un facteur qui va leur permettre de réussir ensuite.

Et les femmes, quand elles créent, sont quand même celles qui, dans la durée, ont de très bons résultats.

Je dis toujours aux personnes qui vont créer, notamment les femmes : « ne restez surtout pas seule ». On peut créer sa structure seule, mais il faut tout de suite aller dans des réseaux, il faut échanger, parce que dans les moments de doute, là on peut en parler, faire des ateliers miroirs… Il y a tout un tas d’outils, notamment participatifs, qui aujourd’hui sont très intéressants et correspondent bien aussi aux besoins des femmes. Et ça, c’est très important parce qu’on a besoin de se serrer les coudes, de sentir qu’il y a des gens autour de nous qui nous portent. C’est peut-être ce que j’ai senti dans l’économie sociale et solidaire. Car dans l’économie classique, on va prendre par exemple la loi de Pareto, qui est une loi assez habituelle mais intéressante des 20-80 : il y a à peu près 80 % de gens qui vous diront : « ça va être difficile, c’est pas sûr que tu réussisses, mais comment tu vas faire pour gérer tout ça ? ». Et puis 20 % quand même qui vous encouragent… Dans le champs de l’économie sociale et solidaire, ce pourcentage est complètement inversé : 80 % de gens vont vous porter ! Pourquoi ? Je pense que dans l’ESS, ce qui est très important, c’est la créativité et de tenter.

Quels sont vos prochains défis ?

C’est d’arriver à transmettre dans les meilleures conditions possible parce que ce sera probablement ce critère-là qui me dira si j’ai réussi ou pas. Ce n’est pas de savoir si je vais gagner beaucoup d’argent, ce n’est pas mon levier, et ce n’est pas ça qui me dira si j’ai réussi. Si je réussis, c’est que je suis arrivée à transmettre une entreprise en partant de rien et en donnant toutes les chances pour qu’elle réussisse et qu’elle puisse encore grandir. Ça, c’est mon vrai défi !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here