Hind Emad, fondatrice de Faciligo

Hind Emad a créé la plateforme Faciligo, une innovation sociale basée sur l’entraide et le partage entre voyageurs. Rencontre avec une entrepreneuse solidaire.

Découvrez l’interview dans son intégralité :

Faciligo est un réseau social d’entraide entre voyageurs dans tous les transports. Cette solution est née du constat que les personnes fragiles, à mobilité réduite au sens large – seniors, personnes en situation de handicap, femmes enceintes, enfants ou encore personnes qui rencontrent des freins ponctuels dans leur mobilité – dépendaient neuf fois sur dix de leur famille et leurs proches pour se déplacer ou voyager. Face à ce constat, nous avons lancé Faciligo qui permet d’identifier une personne qui effectue le même trajet et avec laquelle on va pouvoir voyager. À la fois pour multiplier ses opportunités de déplacement mais aussi pour voyager moins cher par rapport à l’accompagnement d’un proche qui parfois – pour le train par exemple – va nécessiter l’achat d’un deuxième billet. C’est une solution qui favorise la mobilité inclusive, les économies, mais aussi l’écologie à travers les transports en commun plus respectueux de l’environnement. Ça peut être aussi de l’accompagnement en voiture ou à pied. L’idée est de créer du lien social lorsqu’on fait un trajet pour aller au travail, en vacances, on peut en profiter pour aider une personne qui sans nous, n’aurait pas pu voyager. L’accompagné et l’accompagnateur y gagnent économiquement, ce dernier pouvant, s’il le souhaite, reverser le montant de ses gains ou gratifications à une association. Comme c’est un don, ce sera déductible des impôts. Il effectuera ainsi un double acte citoyen solidaire. Pour l’ensemble de la communauté, c’est l’opportunité de mettre une mobilité plus inclusive et de l’entraide au service de tous.

Avez-vous bénéficié d’un accompagnement ?

En fait quand j’ai eu cette idée, je l’ai d’abord soumise aux incubateurs sur Montpellier, à savoir le Business Innovation Center et Alter’Incub. Il y avait une dimension à la fois économique, technologique – parce qu’il n’y avait pas de solution répondant à ce besoin – et un côté social et solidaire puisque là on aide des populations plus fragiles. J’ai pu être accompagnée en amont de la création de l’entreprise pour bien identifier le marché, le besoin et voir comment mener à bien ce projet qui est une innovation sociale et d’usage, différente d’autres entreprises plus classiques. Cet accompagnement a été essentiel puisqu’il m’a vraiment donné les outils, les clés pour pouvoir avancer à chaque étape du développement de l’entreprise.

Avez-vous fait appel aux réseaux féminins ?

Les femmes entrepreneurs ou chefs d’entreprise sont inspirantes, ce sont des exemples pour pouvoir continuer.

Oui. Tout au début, je suis allée voir plusieurs organisations qui existent pour apprendre, pour savoir ce qui allait se passer dans le cadre de ce projet et à quoi je devais faire face. J’ai rencontré plusieurs femmes qui ont confirmé cette nécessité, lorsqu’on identifie un besoin, de poursuivre et d’aller jusqu’au bout pour y répondre. Aujourd’hui on est très active, on travaille et on doit gérer parfois des membres de la famille – des parents vieillissants, des enfants – et ce sont d’abord les femmes qui sont en charge de cela. Ce réseau de femmes entrepreneurs – ou chefs d’entreprises – a confirmé à la fois cette volonté de vouloir aider et de pouvoir m’appuyer sur elles. Elles sont inspirantes, ce sont des exemples pour pouvoir continuer. Elles me confortent dans cette voie puisqu’elles ont elles-même ce besoin et cette solution est dans l’air du temps, collaborative, génératrice de beaucoup de choses positives.

L’entrepreneuriat est-il différent pour les hommes et les femmes ?

Alors il y a clairement des différences ! Il y a parfois des facilités parce qu’on est minoritaire encore. Or certains hommes veulent plus de parité donc c’est utile d’être une femme dans certains cas. Mais dans d’autres c’est plus compliqué parce que moins facilement accepté d’être une femme chef d’entreprise ou de vouloir mener son projet. Maintenant une entreprise ou un projet n’est pas dirigé heureusement que par une personne, sinon il n’irait pas très loin. Je ne suis pas toute seule, il y a une équipe composée à la fois d’hommes et de femmes qui contribuent tous les jours à développer un peu plus notre solution, la faire connaître. Sans eux, on n’en serait pas là aujourd’hui. Donc en effet, lorsqu’on est au démarrage seule, ça peut être plus compliqué parfois, parfois ça peut aider aussi. Mais à la fin, c’est une équipe qui est génératrice de valeur ajoutée, plus qu’une femme seule.

Est-ce utile de participer à des concours de start-up ?

Les concours sont utiles lorsqu’on a un projet et qu’on veut le développer. À la fois sur l’aspect financier parce qu’il peut dégager des ressources supplémentaires pour son développement, et ça peut donner une visibilité énorme. On a été lauréat de « Impact² Innovation Sociale », porté par le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux et la Région, et de la Silver Économie aussi. Cela nous a apporté énormément de visibilité, à la fois auprès de nos utilisateurs et sur certains médias.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Il faut foncer, dès lors qu’on sent au fond qu’on a cette envie.

De bien évaluer ses capacités, parce que c’est une course de fond en fait. Quand on entreprend, c’est davantage un travail de longue haleine donc il faut tenir la distance. Il faut savoir si on veut se donner le temps et les moyens d’aller jusqu’au bout, ou si on est vraiment pressée. Ensuite de s’entourer, d’en parler au maximum autour de soi, d’identifier les ressources que l’on n’a pas pour pouvoir les compléter avec des gens spécialisés, compétents. Mais surtout de foncer, d’y aller, dès lors qu’on sent au fond qu’on a cette envie, de ne pas lâcher à la première inquiétude. Essayer de mesurer le maximum en amont mais à partir du moment où c’est décidé, y aller, continuer, persévérer et s’entourer.

Quel est votre prochain défi ?

Une levée de fonds d’ici l’an prochain pour pouvoir communiquer davantage, apporter des améliorations, lancer une application mobile. Et aussi une internationalisation qu’on espère d’ici fin 2018 ou 2019 afin de pouvoir répondre aux besoins de mobilité en dehors de nos frontières et favoriser la mobilité inclusive en Europe.

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