Des vélos encastrés dans les murs, une envolée de cœurs, des bestioles faites de roc, des poubelles qui sourient, des regards insistants… À Montpellier, l’art est à chaque coin de rue, tantôt autorisé tantôt illicite, abstrait ou figuratif, permanent ou éphémère. Des œuvres insolites, parfois anonymes, offrant à celles et ceux qui prennent le temps de les voir, un véritable parcours d’art ! Un art de la rue montpelliérain porté par des artistes de l’ombre, femmes et hommes, mais aussi des associations de passionné·e·s. Zoom sur l’essor du street art à Montpellier, cet art vandale devenu art populaire.

Street art à Montpellier : d’une pratique hors la loi à l’acceptation d’une culture

Si l’on vous dit « Street art à Montpellier » ? Quelle image vous vient illico à l’esprit ? Probablement les Quais du Verdanson, et à juste titre. Ils sont incontestablement le reflet du travail de plusieurs générations d’artistes de rue et plus largement de l’évolution de cet art éphémère.

Poser sa marque en catimini

Né à la fin des années 70 dans les bouches de métro new-yorkaises sous forme de graffitis avant d’être réprimé, le street art s’est alors imposé dans les rues. Vingt ans plus tard, le courant artistique gagne Montpellier. Le lieu d’expression des graffeurs est tout trouvé : le Verdanson, fraîchement réhabilité et cimenté. Encore non reconnu comme discipline artistique, le street art est illégal, contraignant les artistes à graffer à l’abris des regards. Si bien que l’adrénaline, le goût du danger, les courses-poursuites avec la police, l’esprit de bande sont inévitables. Un street art hors la loi qui, des années 90 à nos jours, a bien évolué.

Aujourd’hui, sous la vigilance des services municipaux, certains espaces se pérennisent en « zones de tolérance », dont les quais du Verdanson. Poser sa marque dans ce lieu devient dès lors pour les street artistes une tradition. Les graffs géants se partageant ainsi l’espace avec les blazes colorés ou encore les messages revendicateurs, porteurs de questions sociétales.

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Fleur de Mamoot ©JV

Des expos en première mondiale à Montpellier

Depuis 2010, le street art à Montpellier est sorti de sa semi-clandestinité avec l’émergence de grands projets portés par les institutions locales. La Ville offre de nombreuses occasions aux artistes urbains locaux d’exposer sur les murs de l’Espace Saint-Ravy, notamment en partenariat la Galerie Montana.
En 2013, le domaine départemental pierresvives met à l’honneur l’art urbain pour sa première exposition, et réitère en 2018 avec le street artiste américain Shepard Fairey. Une exposition événement !
Les établissements privés aussi invitent les graffeurs à s’exprimer sur leurs murs, comme Le JAM en 2013 qui donne carte blanche à deux artistes pour créer une fresque sur sa façade, ou encore le Marché du Lez en 2016 qui fait appel à plusieurs graffeurs pour sa déco. Autant d’initiatives visant à valoriser les artistes locaux et internationaux du street art.

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Le Jam AL et SALAMECH©Ville de Montpellier-DR

Des œuvres éphémères aux quatre coins de la ville

Bien que depuis presque vingt ans les projets street art soient en vogue, ne vous y trompez pas, la majorité des œuvres visibles en ville sont réalisées sans autorisation. Si certaines perdurent dans le temps, elles sont pour la plupart éphémères. Il n’est pas rare qu’elles soient effacées, arrachées, taguées ou encore recouvertes. Mais elles n’en sont pas pour autant moins nombreuses. Une oeuvre disparaît, d’autres se créent. Un cycle qui se répète offrant aux flâneurs un paysage en perpétuelle évolution.

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Invader – Écusson©DR

• Quartier de l’Écusson

Le quartier de l’Écusson compte parmi les terrains de jeu favoris des artistes de street art à Montpellier. Alors un seul conseil, au gré de vos virées shopping ou touristiques : ouvrez grand vos mirettes ! Au sol, sur les murs, ou suspendue, la culture street art est omniprésente, sous toutes ses formes : graffiti, installation, pochoir, collage, mosaïque… Levez la tête et laissez-vous guider par un vélo encastré dans un mur signé Monsieur BMX, l’air narquois d’un Space Invader en mosaïque, et pourquoi pas les bornes cocasses de la place Saint-Roch peintes par les habitants pour éviter leur retrait en 2004. De multiples œuvres petit format dont bon nombre sont devenues cultes, y compris à l’international !

• Quartier des Beaux-Arts

On ne peut évoquer le street art à Montpellier sans citer le quartier des Beaux-Arts. Et pour cause ! Bien qu’il ne soit pas le lieu de référence en la matière, au détour de ses rues vous pourriez bien être surpris·e·s… Ici, des poubelles vous sourient – l’oeuvre de LOKO -, là-bas des rideaux baissés aux multiples couleurs… Des œuvres spontanées qui coexistent avec les fresques géantes des Studios Lunaret, tantôt illicites, tantôt autorisées par les propriétaires, ou encore celle du gymnase des Beaux-Arts représentant le monde marin, à l’esthétique rétro-futuriste (une oeuvre aujourd’hui en partie taguée).

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LOKO – Quartier des Beaux-Arts©JV

• Quartier Rondelet

Depuis une décennie, maints projets ont vu le jour quartier Rondelet, aussi bien portés par la Ville que par des collectifs, dans l’objectif d’égayer le quartier. Dès lors, d’immenses fresques – permanentes – ont recouvert des pans de mur entier, jusque-là bien souvent lugubres. Du côté de la Poste, les œuvres XXL de MIST et ZEST dominent le paysage. MIST offre aux passants une création explosive où coulures de peintures et lettres se confondent, quant à quelques pas de là, ZEST use des formes géométriques pour laisser transparaître une mystérieuse silhouette féminine. Des graffitis qui ne sont néanmoins pas les seuls à apporter de la vie au quartier. Place Édouard Adam, à proximité du boulevard du Jeu de Paume, se dresse un imposant trompe-l’œil à l’effet de relief saisissant. En y prêtant attention, il se pourrait même que vous croisiez du regard deux figures emblématiques de la ville : Nostradamus et le peintre Bazille. Saurez-vous les trouver ?

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Fresque murale place Édouard Adam – Quartier Observatoire©Office de Tourisme Montpellier-DR

• Autour de Montpellier

Mais le street art ne saurait se cantonner à un lieu, encore moins à une ville. Et pour cause, les graffeurs sont constamment à la recherche de nouveaux supports. Ainsi, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle autoroute Languedocienne, les artistes ont eu l’opportunité d’investir les piliers du pont qui la supporte au niveau de l’avenue Georges Frêche. Des œuvres visibles encore aujourd’hui.
À Pérols, la mairie permet également aux artistes de s’exprimer sur « Le M.U.R », une immense fresque visible depuis la route des plages. Plus loin au Grau-du-Roi, un espace atypique vaut aussi le coup d’œil : une ancienne maternité abandonnée où le street art règne à présent en maître [que nous avions d’ailleurs utilisé comme décor à l’interview showcase de la chanteuse musicienne Marion Sila, NDLR].

À Sète, un musée à ciel ouvert consacré à l’art urbain

Et si vous élargissiez votre connaissance du street art ? Non loin de Montpellier, Sète présente une concentration importante d’art urbain. Celle-ci résulte notamment des différentes éditions du festival K-LIVE. Chaque année en juin, l’événement devenu un incontournable dans le paysage local, invite de nouveaux artistes à user de leur talent sur les murs de la ville. Durant une semaine, les passants peuvent ainsi les voir à l’oeuvre et échanger avec eux sur leurs techniques. Ainsi, graffeuses, peintres, colleuses, sculpteurs s’approprient la ville.
Initialement créé pour valoriser les œuvres jusque-là jugées mineures, le K-LIVE a construit au fil de ses éditions, un véritable musée à ciel ouvert : le MaCO. Un parcours gratuit qui se découvre toute l’année via les visites guidées proposées par la Ville.

Les figures de l’art urbain à Montpellier

Mais qui se cache derrière ces œuvres d’art hors du commun ? Alors qu’ils se comptaient dans les années 90 sur les doigts d’une main, aujourd’hui, les street artistes montpelliérains sont une vingtaine à s’être emparé·e·s des murs de la ville. Des artistes aux univers et techniques très personnels, donnant à voir des œuvres singulières en tout genre. Si le monde du street art est resté longtemps exclusivement masculin, quelques femmes ont rejoint le mouvement avec talent, il était temps ! Dans les rues, elles offrent un art tout en finesse, subtil, sensible et coloré. Bien qu’encore minoritaires, les filles entendent bien imposer leur art, quitte à jouer du coude à coude. Voici dans cette liste non exhaustive, quelques artistes qui “font” le street art à Montpellier :

AL

Interpeller sans user de la couleur, émouvoir sans traiter de sujets graves. Une performance que réalise à la perfection AL, avec les collages de ses débuts et ses peintures monochromes mettant en scène avec poésie de singuliers personnages. Pour les voir, prenez la direction des quartiers Laissac, Boutonnet ou encore Saint-Roch. AL est incontestablement un artiste talentueux à la sensibilité touchante. Preuve en est son entrée en 2017 au Carré Sainte-Anne, avec une exposition, non pas de collage, mais de peinture. Une consécration pour le Montpelliérain.

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AL – Marché du Lez©DR

DÉBIT DE BEAU

Débit de Beau, connue sous la signature DDB, est une figure montante du street art à Montpellier. Engagée dans son art, nous avons rencontré Débit de Beau dans son atelier pour parler de son univers poétique.

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Débit de Beau – Quartier Saint-Roch©JV

MADAME (MOUSTACHE)

Qui a dit que les femmes étaient dépourvues d’autodérision ? Certainement pas Madame ! L’artiste travaille à partir de vieilles publicités, affiches ou papiers, auxquels elle ajoute des lettres découpées dans les journaux. Le résultat ? Des visuels vintage complètement décalés aux messages humoristiques mais néanmoins provocateurs et féministes. Qu’elle signe d’une moustache. Une manière de s’affirmer dans ce monde d’hommes ? Peut-être bien…

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Madame – Quartier de la Méditerranée©JV

Monsieur BMX

Oui c’est bien un morceau de vélo que vous voyez perché à plusieurs mètres du sol. Au bord de l’autoroute, au détour d’une ruelle, sur des bâtiments (même celui de l’hôtel de la Métropole en 2015, toujours en place)… Il s’agit là de l’oeuvre de Monsieur BMX. Perceuse à la main, l’artiste fixe au mur en quelques minutes des morceaux de bicyclette dans le but d’apporter de la gaieté à des façades sans intérêt. Des intrusions surréalistes qui à coup sûr sauront, si ce n’est vous séduire, vous faire sourire. Dernièrement, ses caddies solidaires d’aide alimentaire mis à disposition « pour ceux qui en ont besoin » ont suscité une vive émotion, mais parfois de l’incompréhension car certains ont dû être retirés par les autorités. Même solidaire, le street art reste parfois incompris…

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Monsieur BMX – Quartier Antigone – Montpellier Méditerranée Métropole©DR

NOON

Diplômée des Beaux-Arts de Montpellier, NOON est devenue une figure incontournable du street art à Montpellier. Reconnaissables en un seul coup d’œil, ses œuvres sont géométriques, graphiques et colorées, s’inspirant de la nature et des éléments qui nous entourent. Des visuels pétillants et raffinés qui s’apparentent à des dessins incas des temps modernes. Tantôt réalisées à partir de peintures, poscas et papier kraft, ses œuvres sont collées aux quatre coins de la ville, et de plus en plus exposées.

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NOON – Quartier Plan Cabanes©JV

OUPS

Parmi les street artistes qui interpellent, OUPS figure sans aucun doute en haut de la liste, avec ses drôles de coccinelles faites de rocs. Jaunes, vertes, rouges, bleues, de leurs grands yeux ses « coxs » vous surveillent ! Tantôt tapies dans l’herbe, bloquant l’entrée d’une voie sans issue ou encore d’un terrain vague, elles font partie intégrante du paysage montpelliérain.

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OUPS©JV

SUNRA

Il y a de l’amour dans l’air ou plutôt… sur les murs ! À travers ses montages photographiques en noir et blanc, SUNRA répand des gerbes de cœurs dans la ville. Une sorte de piqûre de rappel pour ne pas oublier que l’amour est partout.

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SUNRA – Quartier Port Marianne©JV

ZEST

ZEST fait partie du noyau de street artistes des années 90. S’il offrait à ses débuts des visuels hyper réalistes, il glisse à présent vers l’abstraction. Il décompose les formes, juxtapose les couches, gardant toujours au centre de ses œuvres la couleur. On lui doit notamment l’une des deux imposantes fresques murales du quartier Rondelet.

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ZEST©N.P

Et aussi :

Aude BCulkeen, Crying Sailor, cssJPG, HAZO, Mara, Matrioch CakeMaye, No Luck, Orco, OSE, Salamech, SanckoSunny Jim, Zoulette

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Crying Sailor – Quartier des Beaux-Arts©JV

Un art populaire

Des événements 100% street art

Aujourd’hui, l’engouement pour le street art à Montpellier est tel que nombreux sont les événements créés autour de cette pratique. À commencer par les live painting : bombes, pochoirs ou rouleaux et pinceaux à la main, les artistes créent en solo ou en équipe, devant vous. Des performances spectaculaires qui, dès l’arrivée des beaux jours, investissent inaugurations et festivals montpelliérains tels que la ZAT.

Certaines œuvres vont jusqu’à se faire une place dans le patrimoine local grâce aux visites touristiques. Régulièrement, l’Office de Tourisme et quelques associations spécialisées organisent des visites guidées pour découvrir Montpellier autour du street art, ponctuées d’anecdotes, bien évidemment. À noter également, l’entrée du street art dans les établissement scolaires qui ouvrent leurs portes aux artistes urbains, le temps de résidences. Très actif sur le plan de la culture, le CROUS invite aussi des street artistes à travailler sous les yeux des étudiant·e·s.

street art à Montpellier
Sunny Jim et cssJPG©JV

Néanmoins, la majeur partie des événements autour du street art à Montpellier est née de l’initiative d’associations gérées par des passionné·e·s de la culture graffiti. Leur vocation ? Promouvoir le travail des street artistes. Présente à Montpellier dès les années 1990, Line Up a pour principale activité le développement de créations artistiques, en France et à l’étranger. Elle propose à la fois des cours, des visites guidées, et de nombreux événements autour de l’art urbain à Montpellier. Des activités similaires sont également proposées tout au long de l’année par l’association Banana Street, connue notamment pour avoir donné une seconde vie aux rideaux de fer de la rue du Faubourg du Courreau.

D’autres associations se sont spécialisées dans l’organisation d’événements comme Montpellier Loves Street Art dont les rendez-vous permettent un échange interactif entre le public et les artistes dans des lieux atypiques ou sur le terrain. En 2014, son événement Home Street Home invitait 17 street artistes nationaux et internationaux à graffer une maison le temps d’une exposition pour offrir une dernière vie à ce lieu destiné à la destruction. Autre événement marquant : le parcours Quality Street qui avait accueilli en 2017 pas moins de 3 000 personnes !

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Moyoshi – Quartier Méditerranée©Montpellier Loves Street Art

Dans la même trempe, La Galerie Éphémère invite chaque année le public à se familiariser avec l’art dans le cadre de la Journée mondiale des Zones humides. Orchestré par les photographes montpelliérains Olivier Scher et Cahuate Milk avec l’équipe des Salines, l’événement convie des artistes à créer in situ, le temps d’un weekend dans une ancienne maison de saunier à Villeneuve-lès-Maguelone. Une manifestation hybride originale où amoureux de la nature et amateurs d’art se rencontrent.

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Clara Langelez-La Galerie Éphémère 2019©JV

À quelques kilomètres durant plus d’un mois (octobre), le quartier Gambetta de Nîmes se transforme pour une Expo de Ouf ! Des street artistes investissent le lieu et réalisent d’immenses fresques sur les façades. Avec animations, visites guidées, compétition de skate, concert, etc.

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Zoulette – Quartier des Beaux-Arts©JV

De la rue aux galeries d’art

Né dans l’illégalité la plus totale, le street art s’invite à présent dans les galeries. Pas question pour autant de normaliser ou encore codifier la pratique. Certes, l’illégalité de l’art urbain disparaît mais l’essence et la singularité des œuvres demeurent. C’est une manière pour ces artistes de l’ombre de se faire connaître du grand public mais surtout d’obtenir la reconnaissance du street art comme discipline artistique à part entière.

Bon nombre de galeries d’art ont ouvert ces dernières années en ce sens, pour offrir au street art à Montpellier une place centrale : la Galerie Nicolas-Xavier fondée par Nicolas Callu, pionnier du graffiti montpelliérain, la Galerie Art Down qui accueille des expositions individuelles et collectives d’artistes issus de la culture graffiti, la Blended Art Gallery créée par Claire Simonot, une juriste passionnée d’art de rue. Mais aussi la Galerie Montana, le Studio 411, et Runthings Shop qui proposent ponctuellement des expositions autour de la culture street art.

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« Montpellier Street Art » par Sylvie Léonard – Museo Éditions

Pour aller plus loin :

• Un site

Busk Magazine est une vraie mine d’or pour tout savoir sur les cultures urbaines à Montpellier, notamment sur sa page Facebook.

• Un livre

« Montpellier Street Art » par Sylvie LéonardMuseo Éditions.
Ce livre ultra documenté écrit par une enseignante d’arts plastiques à l’IUFM, permet de découvrir le street art à Montpellier au travers des œuvres éphémères et des rencontres avec les artistes. « Une grande balade dans les rues de la ville sur la piste des artistes urbains. »

• Un compte Instagram

Sur Instagram, la communauté des @igersmontpellier partage des images de la ville à travers son architecture mais aussi du street art. 

Photo de couverture : Sunny Jim – Quartier Écusson©JV

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