femmes dans le sport
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Loin d’être anecdotique, la pratique sportive est un instrument central dans le combat pour l’égalité femme-homme et un véritable levier en matière d’intégration et de cohésion sociale. Encore faut-il atteindre sa cible. Médiatisation, pratique à haut niveau, accession aux postes de direction… Bien qu’en progression, les chiffres témoignent toujours d’écarts significatifs et ce, à tous les niveaux. Focus sur la place des femmes dans le sport et son évolution, du terrain à la télévision en passant par les bureaux des fédérations…

Un constat peu reluisant

Les femmes moins sportives que les hommes au quotidien

En Occitanie, et selon des chiffres de la Région, seulement 37,3% soit à peine plus d’un tiers des licencié·e·s de fédérations sportives sont des femmes. C’est 2% de moins que la moyenne nationale. Par manque de temps, à cause de plages horaires non adaptées, ou encore par manque de confiance en soi, les femmes déclarent pratiquer moins d’activité physique et sportive que les hommes. Suite à une étude nationale menée en 2017 sur les pratiques physiques ou sportives des femmes et des hommes, l’INSEE conclut « qu’une femme a 20% de chances en moins de pratiquer une activité physique ou sportive qu’un homme » et ce, quel que soit le niveau de diplôme ou sa situation matrimoniale.

Le sport est une pratique historiquement masculine. Considérée même comme déviante au début 1900, la pratique féminine porte toujours certaines stigmatisations. En Occitanie, comme ailleurs, les femmes sont majoritairement licenciées dans des sports dits « féminins » : 80,2% en gymnastique contre 5,3% en football. Des stéréotypes présents dès le plus jeune âge qui témoignent de conditionnement de genre bien ancrés dans notre société…

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Catherine Marie Blanche (dite Kate) Gillou, joueuse de tennis française aux JO de Paris 1900©DR

Une médiatisation à deux vitesses

Longtemps réservées aux hommes, certaines disciplines olympiques s’ouvrent aux femmes en 1900, à condition de respecter leur « féminité », voire leur « fragilité ». Aujourd’hui, elles sont bien présentes dans la compétition, mais peu dans les médias. Le constat de l’organisme PressEdd est édifiant : sur les 50 personnalités les plus citées en 2014, seulement une femme apparaît. Dans les médias, le sport est le domaine dans lequel les femmes ont le plus de mal à faire partie de la course.

Les postes de direction occupés majoritairement par des hommes

Au sein des fédérations et des comités de direction, même combat. Aux postes à responsabilité tels que coach, arbitre, entraîneur·se… ce sont les hommes qui sont largement médaillés. Après un statu quo de près de 30 ans sur la question, des initiatives de féminisation, pas toujours contrôlées, sont mises en place [1]. Selon une analyse de Femix, l’association pour la promotion de la mixité dans le sport, les femmes sont seulement 23% dans les bureaux et dans les comités de direction des fédérations sportives.

femmes dans le sportUne évolution timide de la place des femmes dans le sport

Une pratique amatrice globalement en hausse

Bien que toujours inégale, la pratique du sport amateur chez les femmes connait une progression significative. Une étude publiée en 2017 par l’INSEE [2] indique que de plus en plus de Françaises pratiquent une activité physique et sportive. Une hausse de 5% a été constatée entre 2009 et 2015 alors que les chiffres restent stables chez les hommes. En parallèle, on observe une hausse de 1,4% du nombre de licenciées dans les fédérations de sport en Occitanie entre 2007 et 2013, selon des chiffres de la Région.

Les sportives de haut niveau ont fait leur place sur le podium

Grâce à des acteurs engagés sur la question des femmes dans le sport et dans la sensibilisation à l’Égalité femme-homme comme FemixSport, ou le Comité International Olympique (CIO), la pratique féminine de haut niveau commence à faire du chemin. En 1900 aux JO de Paris, seules 22 femmes concouraient sur un total de 997 athlètes. À Rio en 2016, environ 4 700 femmes ‑ soit 45% de tous les athlètes ‑ ont représenté leur pays dans 306 épreuves.[3] Très investi dans la lutte pour l’égalité et la mixité dans la compétition, le CIO vise une participation féminine à hauteur de 50% aux Jeux Olympiques, un nombre égal d’épreuves et une parité aux postes décisionnels (aujourd’hui de 42,7%). Le CIO publie en 2018 un rapport avec 25 recommandations à direction des fédérations sportives pour mener des actions concrètes avec pour objectif ultime une égalité d’accès au sport à tous les niveaux.

Une médiatisation grandissante des compétitions féminines

Pour Nathalie Sonnac, spécialiste de l’économie des médias au CSA, « la médiatisation est l’une des clés de voûte de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes dans le sport » [4]. Si globalement le sport pratiqué par les hommes connait une médiatisation et un poids économique bien plus important que les compétitions féminines (selon Unwomen, 15 millions de dollars pour la Coupe du Monde Féminine de Football contre 576 millions chez les hommes), les spectateurs, spectatrices et les médias s’y intéressent de plus en plus.

Pour preuve, le Handball féminin explose les scores avec un record historique d’audience lors des derniers Championnats d’Europe, devant la Ryder Cup, la Coupe Davis et la Route du Rhum.
Nathalie Sonnac le confirme lors de la conférence de presse annuelle Sport Féminin Toujours : « la médiatisation du sport féminin connait une évolution positive, passée de 7% en 2012 à 18% en 2017 du volume horaire de retransmissions sportives ». L’objectif étant de passer la barre symbolique des 20%.

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Le sport n’a pas de genre

Pour Dominique Crochu, fervente militante pour l’égalité et la mixité dans le sport, parler de « sport féminin » est le premier pas vers la stigmatisation. Le sport n’a pas de sexe ! « À partir du moment où l’on isole le mot “sport” en lui accolant l’adjectif “féminin”, on en fait une sous-catégorie. La sémantique est importante pour s’affranchir de l’idée que le sport serait masculin ou dédié aux hommes ». Selon elle, « la vision parcellaire et même genrée du sport est un frein certain à la mixité ».

Si certains sports comme le handball ou le football connaissent une explosion de médiatisation, les raisons selon Dominique Crochu sont évidentes « dans n’importe quel sport, le public n’aime pas nécessairement les filles ou les garçons. Il faut qu’il y ait de la performance, de l’enjeu et de la qualité ».

C’est lorsque le terme « sport féminin » aura définitivement disparu de notre vocabulaire que le combat sera réellement gagné.

Les sportives d’Occitanie ont du talent !

Avec une politique sportive ambitieuse, fière de ses 17 000 clubs sportifs, la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée accompagne au plus près les sportifs et sportives, des petits clubs aux équipes professionnelles qui rayonnent à l’international (comme la Team Sud de France qui regroupe 15 athlètes de haut niveau dans le monde de la glisse, dont 7 filles). Et elles sont nombreuses à briller par leur palmarès !

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Pauline Valesa, Championne de France de kitesurf freestyle©Robin Christol / Team Sud de France

Parmi les athlètes régionales sélectionnées pour participer aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2018 à PyeongChang en Corée du Sud : Perrine Laffont (médaille d’or en ski de bosses), Cécile Hernandez-Cervellon (médaille de bronze en snowboard handisport), Véronique Pierron et Tifany Huot Marchand (short-track, patinage de vitesse).

De leur côté, les Gazelles du Basket Lattes Montpellier Association (BLMA) ont de belles ambitions nationales et européennes au regard de leurs résultats, tout comme le Montpellier féminine Horse Ball dont les compétitrices, certaines en équipe de France, se sont hissées sur la 3e marche du Championnat de France pro élite féminine, ou encore l’équipe de Béziers Angels, Championne de France de volley féminin en 1ère division.

De multiples titres au rugby

L’Occitanie est incontestablement le berceau du rugby, et autant que les garçons, les filles représentent leur région avec brio. Avec 9 victoires au Championnat de France de Rugby à XV pour le Toulouse Fémina Sports entre 1972 et 1984, 7 victoires au compteur pour le Montpellier Hérault Rugby (dont le titre de Championnes de France Top 8 en 2018) et le Stade Toulousain (Vice-Championnes de France Top 8) et des titres décrochés par les villes de Toulouges, St-Orens et Auch, les rugbywomen d’Occitanie remportent environ la moitié des titres décernés depuis la création du Championnat.

En force dans les rangs de l’équipe de France, les Toulousaines et Montpelliéraines hissent leur équipe à la troisième place lors de la majorité des compétition sans (encore) décrocher le titre tant espéré de Championnes du Monde.

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Lea Schueller (Allemagne) – Sakina Karchaoui (France et MHSC) FIFA 2019©Getty Images

Le Mondial de Football en visite à Montpellier

En plus d’un beau palmarès au rugby, Montpellier se défend bien autour du ballon rond. Le club MHSC arrache plusieurs coupes lors des Championnats de France et Challenge de France.

Et c’est une récompense tout aussi gratifiante que Montpellier décroche en 2019 ! Sélectionné pour accueillir cinq matchs de la Coupe du Monde féminine de la FIFA, le stade de la Mosson va voir les crampons des meilleures footballeuses mondiales fouler sa pelouse. Une aubaine pour Philippe Saurel, Maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, selon qui le sport fait partie intégrante de l’identité de la Métropole, et ce « qu’il soit masculin ou féminin ».

L’égalité et la mixité, ce n’est pas un sujet qui concerne le sport uniquement, mais bien tous les champs de la société. Les sportifs·ves sont des modèles de réussite, de courage, de persévérance. Il est urgent de donner aux femmes plus de visibilité dans les médias, encourager la pratique sportive à tous les âges, afin que des supportrices aux directrices de fédérations, la présence des femmes dans le sport ne soit plus anecdotique.

[1] www.cairn.info
[2] www.insee.fr
[3] www.unwomen.org
[4] www.femixsports.fr

Pour aller plus loin

Comité Régional Olympique et Sportif Occitanie (CROS)

Femix’Sport

ONU Femmes

Des films qui abordent la question des femmes dans le sport :

• « Comme des garçons » de Julien Hallard (2018), sur l’histoire de la création en 1969 de la première équipe féminine de football.

• « La permission » de Soheil Beiraghi (2018) , inspiré d’une histoire vraie, le film met en scène la capitaine de l’équipe féminine de futsal en Iran qui se voit interdire de sortie du territoire par son mari pour participer à la finale de la Coupe d’Asie des nations.

• « Hair » de Mahmoud Ghaffari (2018), inspiré également d’une histoire vraie : trois jeunes Iraniennes sourdes et muettes sont sélectionnées aux Championnats du Monde de karaté, en Allemagne. Les autorités iraniennes ne s’opposent pas à leur participation, pourvu que la tenue réglementaire couvre leurs cheveux et leur cou.

• « Battle of The Sexes » de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2017), raconte l’histoire de la championne de tennis Billie Jean King (Emma Stone) qui remporte en 1972 trois titres du Grand Chelem, et s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. Irrésistible !

• « Moi, Tonya » de Craig Gillespie (2017) sur le parcours de la sportive controversée Tonya Harding, championne de patinage artistique dans les années 80-90, première femme à réussir un triple axel dans une compétition majeure.

• « Les Optimistes » de Gunhild Westhagen Magnor (2015) un film cocasse sur une équipe de volley norvégienne hors du commun : les joueuses ont entre 66 et 98 ans !

• « Bliss » de Drew Barrymore (2009) ou le parcours semé d’embûches d’une jeune fille d’un coin paumé du Texas qui rêve de roller derby alors que sa mère est convaincue que sa seule chance de réussir dans la vie est de gagner des concours de beauté !

• « Million Dollar Baby » de Clint Eastwood (2004) du grand Eastwood sur la relation entre une boxeuse et son coach.

• « Joue-la comme Beckham » de Gurinder Chadha (2002) une comédie drôle et originale même si elle date un peu, sur une jeune fille anglaise d’origine indienne qui ne rêve que de football alors que ses parents aimeraient la voir finir ses études et faire un beau mariage dans le respect des traditions de leur pays d’origine.

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