Octavia Ivan – Adopte ma tomate

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Octavia Ivan a co-créé Adopte ma tomate avec la volonté de faire revenir la nature au sein des villes. Pour cela, elle met toute son énergie et ses nombreuses idées novatrices au service des jardiniers urbains qu’elle accompagne vers l’autonomie alimentaire.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Adopte ma tomate est la plateforme qui accompagne les potagers, qu’ils soient individuels ou collectifs, sous la forme d’un site internet et d’une application mobile. Dedans, on va retrouver des fonctionnalités comme un calendrier, un tchat, le gestionnaire des cultures et des conseils de permaculture. Même quand on pense qu’on n’a pas la main verte, tout ceci permet d’arriver à produire sa propre nourriture. En résumé, avec Adopte ma tomate on accompagne les gens vers l’autonomie alimentaire.
L’idée d’Adopte ma tomate est arrivée pendant un Hackaton, (un marathon d’innovation) dont le sujet était : comment combattre le réchauffement climatique ? On avait des thèmes, moi j’avais choisi « agriculture et alimentation ». Et pendant un week-end, après 35 heures passées avec d’autres personnes à travailler encore et encore, on s’est posé la question : « comment amener du nourricier dans la vie ? » Et à la fin, la trame papier d’Adopte ma tomate était née. Mais le fait que ce soit moi qui porte le projet aujourd’hui, c’est aussi lié à mon histoire parce que j’ai toujours jardiné, et je me suis toujours nourrie avec des légumes et des fruits qui venaient de la production de mes parents et grand-parents. Une fois arrivée en ville, je me suis dit : « ce n’est pas possible d’aller acheter ma nourriture en grande surface, je dois faire quelque chose ».

La co-création est une bonne méthode ?

À mon sens, c’est quelque chose de vital parce que si on reste seul·e dans son coin , on a peu de chances de sortir quelque chose qui intéresse quelqu’un d’autre. Et en même temps ça va prendre plus de temps à grandir, peut-être que ça ne grandira même jamais suffisamment. C’est peut-être un peu trop utilisé, mais j’aime beaucoup le proverbe : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Je le vis chaque jour. Dès le début on s’était dit qu’on allait le faire avec nos utilisateurs, on ne fait pas quelque chose pour nous, mais pour les autres aussi. Du coup, on a créé un questionnaire Google tout simplement, et on a posé les questions : « est-ce que vous voulez partager votre jardin ? Est-ce que vous voulez trouver un jardin ? ». 300 personnes qui ont répondu oui, alors on leur a demandé de quelles fonctionnalités ils auraient besoin. « Qu’est-ce qui vous manque pour bien faire vivre un potager ? » Et on a pris toutes ces réponses-là, toutes les suggestions et toutes les remarques qu’on a eues depuis le début. L’application telle qu’elle est aujourd’hui a été coconstruite avec nos utilisateurs.

Avez-vous été aidée ?

On avait gagné la deuxième place du Hackaton, et le prix c’était un accompagnement de trois semaines dans un incubateur.
C’était pour moi « LA » chance parce que j’ai fait ces trois semaines à l’incubateur (l’incubateur Momentum de lab’Oïkos).
Et je me suis retrouvée entourée d’autres gens qui étaient comme moi, qui n’avaient aucune idée dans quel sens aller, ils étaient seuls dans leur coin et avaient peur de tout. Aucun budget, pas de plan, rien. Dans un programme d’accompagnement, on se pose les bonnes questions, on prend des cafés avec les autres, on partage nos peurs, nos frustrations, et on se rend compte que c’est un processus normal. On sait que ça va passer et on va arriver à faire un pas après l’autre dans la bonne direction. Je suis toujours là aussi grâce à l’accompagnement que j’ai eu, j’ai fait d’autres incubateurs après. Notamment le StartHer par exemple et maintenant je fais Ionis, et je pense que je vais continuer à rester dans des espaces avec d’autres entrepreneur·es.

Vous faites partie d’un réseau féminin ?

Le plus important, c’est Digital Girls. C’est pendant l’événement organisé par Digital Girls, qui s’appelle Wo’MixCity, qu’Adopte ma tomate est né. Je me suis retrouvée entre femmes avec le partage d’expériences, les bons conseils à prendre et pas mal de fois avec de bonnes mises en relation. Et ça, c’est important parce que ça nous fait avancer plus vite.

Vous défendez un retour de la nature en ville…

Les choses sont un peu comme ça : quand on regarde la nature – une forêt par exemple – il n’y a pas juste un arbre, il y a un arbre avec du lierre avec des feuilles, avec des champignons et ça fonctionne toujours comme ça. On ne peut pas faire juste les légumes, juste des fruits, juste des œufs, il y a un lien entre toutes ces choses. Les poules vont consommer ce qu’on appelle des déchets verts, de ce fait elles vont nettoyer, elles vont manger les insectes qui viennent ravager nos légumes et donner des œufs. Si on a des moutons, c’est pareil, ils vont tondre le gazon, on n’a plus besoin de le faire. On va avoir la laine, le lait, c’est vraiment un écosystème et j’aimerais voir dans les villes qui vivent. Des villes où il y a de la vie et où on n’a plus peur d’entendre le coq le matin.

Si on s’écoute, on sait si on va dans la bonne direction, moi j’appelle ça l’instinct et les femmes ont un instinct plus développé quand même.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Le plus important, c’est de s’écouter. Si on s’écoute, on sait si on va dans la bonne direction, moi j’appelle ça l’instinct et les femmes ont un instinct plus développé quand même. Évitez aussi de vous épuiser, ne restez surtout pas seule, on est tellement seul·es dans cette activité que c’est la dernière chose à ajouter. Faites-vous accompagner, il y a des incubateurs, des accélérateurs, il y a tellement d’endroits vous avez le choix. Et en dernier, parlez beaucoup à votre communauté, adressez-vous aux gens, interrogez-les, impliquez-les dans votre processus. C’est eux qui ont la solution, vous avez juste besoin de la mettre en place.