jeudi 9 décembre 2021
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Isa Fouillet – Cultivatrice d’expression

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Isa Fouillet se présente volontiers comme une « cultivatrice d’expression », une médiatrice qui incite et accompagne les personnes pour les aider à cultiver leur jardin d’expression. C’est en leur permettant de se réapproprier les mots qu’elle leur redonne la parole.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Je m’adresse majoritairement à des personnes en difficulté ou qui se sentent isolées. Je les incite à s’exprimer avec des ateliers d’écriture, nous travaillons sur l’oralité en utilisant tout un tas de supports en fonction des circonstances et des opportunités.

Vous faites partie d’une coopérative ?

Je fais partie de la coopérative d’activité et d’emploi Kanopé, je suis associée de cette coopérative depuis quelques années déjà. C’était un choix parce que ça relève de l’économie sociale et solidaire et que ce modèle m’intéressait. Je ne voulais pas être auto-entrepreneur, créer mon entreprise et être toute seule toute la journée. C’est quand même ce qui m’arrive de temps en temps.
Être dans un réseau ça permet de se sentir moins seule, mais aussi de s’enrichir du potentiel des autres de ce qu’ils sont, et de partager. Je crois que ça, c’est un élément important.

Comment s’organise votre activité ?

Mon truc, c’est d’écrire des projets et de les mener à bien. Il y a « La clé des champs », c’est une action basée sur un système de clés. On vient chercher les clés pour essayer de déverrouiller des choses sur la communication, l’estime de soi, sur l’expression écrite ou orale. Ensuite, j’ai une action qui s’appelle « Un espace d’expression sonore » que je mène avec un musicien et là, c’est une semaine de résidence où l’on fait une création collective.
Et un nouveau projet que j’ai créé l’an dernier qui s’appelle « SOS Blabla » pour aider les personnes qui ont un entretien professionnel ou personnel. C’est-à-dire un entretien avec un employeur pour une formation, pour présenter un projet, pour rechercher un stage, etc. L’idée est d’apporter un soutien, d’aider à trouver les bons mots pour pouvoir mener à bien cette entreprise de l’entretien.

Parlez-nous des ateliers d’écriture

La problématique de l’écriture est qu’on n’ose pas. Tout le monde peut écrire. Je ne mène pas d’ateliers littéraires, ce sont des ateliers d’écriture créatifs. L’idée est vraiment de déverrouiller cet acte, de laisser couler les idées et de laisser le stylo faire le boulot après, c’est lui qui s’occupe de tout.
C’est pour déverrouiller le mécanisme et oser. Souvent c’est la peur, notamment celle du regard de l’autre qui compte beaucoup. Quand on a écrit, on lit son texte et c’est un super cadeau qu’on fait aux autres. Nous faisons le tour de la pièce, chacun va lire et ça permet de s’enrichir, puisqu’on s’enrichit des mots des autres, on se dit : « Ah tiens l’autre a traité le sujet comme ça… », « Ah et puis c’est pas mal ça… ». Et la fois d’après, ils expérimentent et essayent d’aller ailleurs.

Vous allez à la rencontre des auteurs et des autrices ?

Dès qu’il y a un auteur en résidence à La Maison des écritures, on lui saute dessus. Souvent nous avons un temps de rencontre, parfois ils animent un atelier d’écriture. C’est aussi au travers d’un premier atelier que je vais les faire entrer dans l’écriture de l’auteur de manière à ce qu’ils aient de la matière pour se questionner et questionner l’auteur, découvrir son écriture.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

L’une des premières choses, c’est d’y croire. Il y a souvent cette histoire de légitimité, est-ce que je suis légitime ? Est-ce que j’ai les compétences ? Est-ce que je vais y arriver ? Il faut y aller !
C’est vrai que le choix de l’accompagnement en coopérative d’activité et d’emploi est un élément supplémentaire qui m’a aidé.

C’est cette capacité à se remettre en question mais à y croire, à se sentir légitime dans ce qu’on fait.

Isa Fouillet

Ensuite, il ne faut pas hésiter à aller en permanence à la rencontre de soi, bien sûr, mais à la rencontre des autres. Demander des conseils, après on n’en fera qu’à sa tête, on fera comme on veut, mais explorer et voir : « Qui fait ce que j’ai envie de faire ? Comment ça se passe ? Où est-ce que moi je peux trouver ma place ? »

Depuis que je suis installée, j’ai déjà pris plusieurs virages et j’en prendrai encore, parce qu’on va adapter ce qu’on fait. Ça bouge, ça évolue autour de nous et on suit tout ça. On peut avoir aussi intérieurement des choses qui évoluent et se dire à un moment : « Ça non, ça oui » ou « tiens, ça il faut que j’apporte une modification » ou « ça fonctionne donc je continue ».
C’est cette capacité à se remettre en question mais à y croire, à se sentir légitime dans ce qu’on fait.

Photo de couverture Isa Fouillet copyright Grizette.

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