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Alexia Anglade – Lumières s’il vous plaît

Alexia Anglade a créé Lumières s’il vous plaît, une société de conseil, de formation et de coaching spécialisée dans le développement de la parité dans les entreprises, les organisations et les écoles d’enseignement supérieur. Alexia est une pionnière car ce métier novateur est né avec les nouvelles obligations légales des entreprises, et le travail à accomplir est titanesque tant nous partons de très loin en matière de parité professionnelle.

Comment atteindre la parité ?

Historiquement, on peut expliquer ce décalage qu’il pouvait y avoir et qui se traduit notamment par 25% d’écart de salaire entre les hommes et les femmes au niveau professionnel. Avant, on pouvait évoquer le plafond de verre et des choses comme ça qui relevaient de la discrimination pure. Le problème c’est qu’aujourd’hui les entreprises ne sont plus volontairement discriminantes, soit parce qu’elles sont convaincues qu’il ne faut plus l’être, soit parce qu’elles sont contraintes de ne plus l’être, il y a donc une opportunité importante pour les femmes.

Le sujet étant qu’elles n’y vont pas forcément, mon rôle à moi c’est d’agir auprès des femmes pour qu’elles puissent se positionner avec des formations ou du coaching, mais aussi d’agir auprès des organisations dans leur ensemble parce que ça ne relève pas que des femmes. Ça serait encore une fois trop accorder de responsabilité voire de culpabilité aux femmes que de considérer que ça ne dépend que d’elles, ce qui n’est pas le cas. Il y a des petits ajustements à faire un peu partout, moi j’interviens comme ça et notamment par exemple auprès des hommes et des femmes managers afin de faire en sorte qu’ils soient exemplaires dans leur management d’équipes mixtes. Il faut qu’ils aient bien en conscience les biais qu’il peut y avoir chez les femmes et la volonté d’accompagner la carrière des femmes de leur équipe.

Le premier niveau d’intervention, c’est la sensibilisation, les chartes, l’information sur la loi etc. Le deuxième sujet est vraiment maintenant dans les comportements des femmes, il faut déconstruire des choses qui relèvent d’une construction sociale, comme les stéréotypes de genre et ensuite, il faut aligner tout le monde.

Il n’y a pas que les managers…

Dans ma spécialité j’interviens beaucoup auprès des femmes managers, mais on est bien avec des femmes « importantes ». D’après mes valeurs, la parité c’est toutes les femmes, on n’est pas à l’abri d’avoir une femme qui n’a pas été identifiée mais qui est en train d’être démotivée, harcelée ou maltraitée après son retour de maternité, ou simplement qui va partir alors que peut-être dans quelques années avec un petit déclic de coaching ou de formation, elle va devenir une femme « importante ».

Quel est votre parcours ?

J’ai un parcours assez classique : école de commerce, j’ai travaillé dans la pub après pendant moins de dix ans et ensuite j’ai eu une carrière dans de grands groupes et des moins grands, à des postes de direction, marketing, communication ou commerciale, donc toujours en management d’équipes, de projets et membre de comité de direction.

C’est là que ça devient intéressant, c’est-à-dire que j’étais parmi les personnes qui prennent des décisions, qui dirigent les entreprises ou en tout cas participent à tout ça, et il se trouve que moi je n’ai jamais eu les mêmes salaires que mes homologues masculins, et je trouvais ça tout à fait normal. J’en avais parfaitement conscience, ce n’est pas que ça ne m’embêtait pas mais c’est que j’avais intégré que c’était comme ça, j’étais déjà tellement contente d’être à ma place, et ça c’est pénible.

Le féminisme c’est une évidence, non ?

Non, le féminisme ce n’est pas une évidence du tout et pas que pour les hommes, ce n’est pas une évidence non plus pour beaucoup de femmes. Après c’est un peu à la façon Monsieur Jourdain, c’est-à-dire qu’il y en a beaucoup qui le sont, mais qui ne pensent pas l’être et qui n’ont juste pas mis le mot. Moi j’essaie aussi d’être pédagogue sur le sujet et d’expliquer, selon qui j’ai en face, mais j’essaie d’expliquer en quoi ce n’est pas un gros mot. Il n’y a rien de militant, de violent derrière, c’est plutôt une nécessité, un humanisme.

Le sujet du féminisme n’est pas totalement assumé aujourd’hui, c’est pour ça qu’il faut en discuter sereinement, que les hommes prennent position et pas juste qu’ils disent « Oui je suis féministe » quand on leur pose la question. Il faut qu’ils se positionnent dans leurs actes aussi pour être féministes. Quand je rencontre une femme qui me dit « Moi je ne suis pas féministe » je discute un peu avec elle : « Est-ce que tu es contente d’avoir le droit de vote ? Est-ce que tu es contente de pouvoir disposer de ton corps comme tu le souhaites ? Est-ce que tu es contente de pouvoir avoir ton chéquier, gagner ton salaire, de pouvoir divorcer et puis d’être bien défendue si jamais tu te fais agresser sexuellement ? ».

C’est quand même un vrai sujet.

Vous êtes impliquée dans les réseaux féminins ?

C’est l’endroit où je trouve le plus de sororité et d’énergie pour nourrir mes valeurs, c’est l’endroit où je trouve des zones de confort, ce sont des nids douillets ces endroits.

Je suis très très proche du réseau de Nénettes & Co, Glow Up (ex Les Toulousaines Audacieuses), Les Premières Occitanie, La Tribu des Reizoteuses, pour ne citer qu’elles, et pardon à toutes celles que j’oublie. C’est pour cela aussi qu’on a créé la Fédération Française des Réseaux pour le Développement Professionnel des Femmes dont je suis la vice-présidente. Justement l’idée était de rassembler tous ces réseaux, mais au niveau national, qui œuvrent pour le développement professionnel des femmes et de les rassembler pour leur donner plus de visibilité, plus d’impact et pour qu’on soit toutes alignées sur des enjeux communs. Et surtout permettre à toute femme de France de s’adresser à un guichet unique pour ensuite les dispatcher en fonction des besoins, ça permet aussi de faire connaître tous les réseaux.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Je pense qu’il faut vraiment que les femmes, et en particulier celles qui se lancent dans l’entrepreneuriat, fassent attention à écouter leurs besoins pour pouvoir mettre des limites, pour pouvoir gagner l’argent et obtenir l’argent auquel elles ont droit, que ce soit auprès des investisseurs, des banquiers ou que ce soit même auprès de leurs clients. Il y a un sujet aussi là-dessus sur la façon de se positionner et de demander de l’argent, de prendre soin d’elles aussi pour bien identifier la porosité entre ce qui va devenir la vie pro et la vie privée, parce que potentiellement il n’y a plus trop de limites. Il n’y a plus de patron ou de patronne, mais il n’y a plus de limite non plus. Je leur dirais aussi de ne pas hésiter surtout à se faire accompagner sur une démarche de développement personnel qui va forcément coller au professionnel sur ces sujets-là justement : j’en fais toujours plus, je ne sais pas dire non, je m’adapte à tout, je n’ose pas demander, je ne sais pas dire du bien de moi…

C’est quand même un problème si une femme monte sa boîte et qu’elle ne sait pas se promouvoir, ça va être plus compliqué, elle va perdre du temps et de l’énergie. Et puis arrêter avec ce que j’appelle le syndrome « Wonder Woman », de vouloir être forte, tout maîtriser, tout doit être parfait. Arrêter les « Blanche-Neige » aussi, de vouloir faire plaisir à tout prix. Blanche-neige et Wonder Woman, ce sont les deux archétypes pour le burn out !

Il faut vraiment qu’on se batte contre les stéréotypes de genre et le plus tôt est le mieux.

Un dernier mot pour conclure ?

Il faut vraiment qu’on se batte contre les stéréotypes de genre et le plus tôt est le mieux. J’ai créé une association dans ce but-là qui s’appelle « Happy Parity », je réfléchis à un projet pour amener le sujet des stéréotypes de genre sur la table dans les familles. Pas sur le champ professionnel, mais dans les familles. Il est déjà dans la famille, mais il y est de façon pernicieuse, non identifié et donc toxique pour tout le monde. On est victime et responsable des stéréotypes de genre, moi j’aimerais qu’on les pose sur la table que l’on puisse parler aux enfants quel que soit leur âge, aux parents, qu’on puisse parler à tout le monde de la même manière en fonction de son âge, de sa maturité, de sa compréhension.

Le sujet est sur la table, on en discute et on se corrige, on arrête de dire aux petits garçons qu’il ne faut pas pleurer, qu’un petit garçon n’a pas peur, et qu’une petite fille doit être douce, c’est insupportable ça !