Et si les cheveux que l’on coupe devenaient un fil, un tissu, un objet ? C’est le pari de Camille Routélous, designer et artisane installée à Sorèze, qui a construit tout son travail autour de la valorisation de cette matière à la fois ordinaire et profondément intime.
Une histoire personnelle avant tout
Tout commence à 4 ans : une chute, une dent cassée, et ce soir-là la petite Camille se coupe les cheveux à ras. Résultat : ni dents, ni cheveux pendant des années, et avec ça, des remarques sur son genre qui ne passent pas. Cette expérience reste tapie quelque part. C’est pendant ses études aux Beaux-Arts, en travaillant sur l’individualité, qu’elle refait surface. Le cheveu s’impose comme sujet. Elle essaie d’autres directions — rien ne tient vraiment. Pas d’alignement, pas de sens. Avec le cheveu, tout devient évident.
Une matière héritée, réinventée
Le cheveu a une longue histoire : culturelle, symbolique, artisanale. Il ne s’agit pas de réinventer quelque chose ex nihilo mais de se nourrir de cet héritage et de le faire dialoguer avec les enjeux d’aujourd’hui. Car c’est aussi une matière aux qualités remarquables : abondante, renouvelable, biodégradable, résistante, et dotée de propriétés isolantes — thermiques et acoustiques — encore peu exploitées.
« Je suis quelqu’un qui a besoin de sens dans ce que je fais. »
De la collecte à l’objet
Diplômée en 2020, elle crée une micro-filière de collecte de cheveux en Occitanie, en lien avec des salons de coiffure et des manufactures textiles locales. De là naissent des fils et des textiles mêlant cheveux et laine, destinés à la mode, à l’ameublement, à la décoration. L’atelier propose aussi des pièces sur mesure — tissages, objets muraux, bijoux — réalisés à partir des mèches confiées par des particuliers. Un geste intime, une rencontre entre une matière personnelle et un savoir-faire.
Un projet construit pas à pas
Accompagnée par l’incubateur Alter’Incub puis la coopérative Régate, elle a appris à structurer son activité. Installée dans la cité de Sorèze, au sein d’une communauté d’artisans et de créateurs, elle trouve dans cet environnement une vraie stimulation collective.
Son conseil ? Nourrir la petite étincelle intérieure et ne pas se laisser arrêter par les « c’est pas possible ». Pour elle, ce sont souvent les signes qu’il reste un chemin à inventer.
🎥 Les bonnes raisons de regarder cette interview :
– Elle a transformé un traumatisme d’enfance en projet de vie et ça change tout à la façon dont on regarde ses propres obsessions.
– Vous ne verrez plus jamais vos cheveux coupés de la même façon.
– Quand on lui a dit non, elle a trouvé un autre chemin.
