Il y a plus de vingt ans, naissait le premier site de rencontre en France. Après Meetic, Hot or Not ou encore Adopte Un Mec, une nouvelle mouvance a gagné tout l’Hexagone en matière de marché de l’amour. Depuis trois ans, Tinder a la cote chez les jeunes et les moins jeunes. Le principe est simple : on « swipe » frénétiquement sur son smartphone pour valider ou non un·e célibataire près de soi et quand c’est réciproque, c’est un « match ». Dès lors, les choses s’accélèrent. À travers l’application mobile, on discute de tout et de rien, on échange sur son histoire, sa situation professionnelle (ou pas) et rapidement, la première rencontre “face to face” est inévitable. Problème : du virtuel à la réalité, les choses sont parfois bien différentes ! Grizette est partie à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu des premiers rencards chaotiques.

Ah qu’il est loin le temps de la flatterie et de la courtoisie en matière de séduction. Ces temps si éloignés – bien avant #MeToo – où les hommes abordaient les femmes en rusant d’ingéniosité et de spontanéité. Il y avait les premiers rendez-vous, les « je t’aime moi non plus », le doute et l’espérance, qui donnaient ce quelque chose de non acquis, très excitant. À cette époque, presque rangée aux oubliettes, on ne comptait pas sur les photos retouchées, on allait plus loin qu’un sourire enjôleur ou un regard appuyé… Aujourd’hui, Cupidon a du soucis à se faire. Tout s’est accéléré, on « swipe » : à gauche pour dire next, à droite pour dire yes… le geste est simple, rapide et efficace. Un véritable marché de l’amour en somme, qui a su plaire aux jeunes en quête d’amour d’un soir ou d’une vie.

Mais c’est bien connu, le Prince Charmant, tout ça… et avec lui son lot de désillusions. Il y a ces jeunes femmes qui pensaient trouver l’Amour, mais qui n’ont récolté que du sexe vite consommé. « Coucou ça va ? » Et puis s’en va. Ces amoureux de l’amour qui disent « je t’aime » avant même le premier baiser… Il y a ces névrosé·e·s, ces paranos, ces machos… Celles et ceux qui manquent de confiance et les autres qui ne savent plus quoi en faire. Il y a la rencontre qu’on espère faire et celle qu’on aurait préféré ne jamais imaginer. Mais dans toutes ces déconvenues, il y a aussi des moments drôles, des anecdotes, des blancs gênants et des fous-rires incontrôlables. Tout est possible avec les applis de rencontre. Témoignages.

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©Frankie Cordoba-Unsplash

« désolé, je suis bourré, mais t’es vraiment belle tu sais ! »

Après une longue période de célibat, j’ai décidé de reprendre ma vie amoureuse en main. Je suis donc devenue active sur une application de rencontre. Un coup de « swipe » à droite et hop ! une première discussion a commencé avec un charmant jeune homme. Après quelques blagues échangées, on s’est donné rendez-vous dans un café du centre de Montpellier. Le jour-J, j’étais angoissée à l’idée de rencontrer un inconnu, et je me demandais si on allait avoir quelque chose à se dire… On s’est repéré de loin, d’un « salut, ça va ? », il m’a fait la bise et les banalités étaient lancées. Il avait l’air joyeux, un peu trop même… En me rapprochant de lui, une infâme odeur de vinasse est rapidement venue agacer mes narines. Je me suis dit qu’il avait sûrement prit un verre de vin pour se décoincer, mais c’était sans imaginer qu’il venait de se mettre une cuite monumentale. J’ai trouvé ça marrant et décidé de ne pas lui en tenir rigueur.

Malheureusement, les verres de vin se sont enchaînés. Je me suis dit que j’étais en face d’un véritable ivrogne. Puis le drame, quand son ultime verre est arrivé et qu’il a fait tomber tous les autres par terre, se faisant bien sûr remarquer par toute la terrasse. J’essayais désespérément de me cacher jusqu’au moment où il m’a sorti : « Je suis désolé, je suis bourré, mais t’es vraiment belle tu sais ! ». C’est alors qu’il s’est jeté sur moi pour m’embrasser. Choquée, je suis partie en lui disant qu’on ne se reverrait plus. Il est resté seul, imbibé d’alcool à la terrasse du café, en criant devant tout le monde : « Je ne comprends pas, t’avais pas envie de m’embrasser ? ».

Carla, 32 ans.

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©Cody Black-Unsplash

« Tu feras des bisous à ta p*** de ma part ! »

Après avoir échangé pendant deux semaines avec un garçon, nous avons décidé de nous rencontrer. Sur les photos, il était grand, avec beaucoup de charme. Un peu timide, il m’avait assuré qu’il ne voulait pas de relations occasionnelles, qu’il utilisait cette appli de rencontre parce qu’il lui était difficile d’aborder les femmes dans la “vraie vie”. Sur le papier, tout me plaisait. On a choisi d’aller à la plage pour faire plus ample connaissance.

Il a proposé de venir me chercher chez moi en voiture, mais lorsque je l’ai vu sortir de son véhicule, je me suis rendue compte qu’il y avait un gros décalage avec les photos postées sur son profil. Petit – du moins bien plus que moi – et une acné dévorante, je lui aurais donné 13 ans maximum. Charitable, je lui ai quand même laissé sa chance. À peine arrivés à la plage, il a commencé à me parler de son ex, ce qui m’a laissée assez dubitative. Quelques minutes plus tard, c’est justement son ex qui lui a envoyé un texto : « Tu feras des bisous à ta p*** de ma part ». Sans chercher à comprendre, j’ai décidé d’écourter le rendez-vous. Il a tenu à me ramener, ça a été le trajet le plus long de ma vie. Gros blanc et lourd malaise.

Eva, 20 ans.

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CC Charles Deluvio-Unsplash

« Je te promets, je cherche quelqu’un avec qui me poser. »

Quand on a matché, il avait tout pour me plaire : des cheveux longs, un style “skateur” et beaucoup d’humour. Après avoir échangé pendant plus d’une semaine par messages, on a décidé de se rencontrer dans un café du centre de Toulouse. J’étais impatiente de le rencontrer et sur le coup, je n’ai pas été déçue. On a refait le monde pendant des heures, il semblait avoir les mêmes valeurs que moi et avait à cœur d’avoir une relation stable. Vers 1h du matin, quand le café a commencé à fermer, trop contents de nos échanges si intéressants, nous avons décidé de continuer notre discussion chez moi.

Juste le temps de faire la route, et il était là, posé sur mon canapé, à fumer sa énième cigarette. Vers 5h du matin, fatiguée, je lui ai proposé de dormir chez moi en tout bien tout honneur – du moins je pensais avoir été claire sur ce fait. Mais à peine dans le lit, tout a dérapé. Il a commencé à m’embrasser et mon esprit encore alcoolisé, je l’ai laissé continuer. Le lendemain matin, après avoir couché ensemble, il m’a répété : « Je te promets, je cherche quelqu’un avec qui me poser ». Des paroles en l’air puisque ce charmant jeune homme n’a plus jamais daigné me voir ni répondre à mes messages !

Manon, 26 ans.

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©Matthieu Joannon-Unsplash

« chantilly ou Nutella ? »

Premier rendez-vous avec une fille avec qui je venais de matcher. Dès qu’elle est arrivée, je l’ai trouvée sympa. Mais rapidement, alors que cela faisait moins d’une heure que nous étions au café, elle a voulu qu’on aille chez moi. J’ai accepté, me disant que ça ne pouvait que bien se passer.

À peine arrivés dans mon appart, elle m’a rapidement demandé si j’avais quelque chose à manger : « Tu as de la chantilly ou du chocolat ? ». Je lui ai proposé un pain au lait Nutella, ce à quoi elle m’a répondu : « T’inquiète, le Nutella suffira ». Je suis allé me changer, pensant qu’elle se débrouillerait seule pour faire son casse-croûte. En revenant au salon, nous nous sommes embrassés, puis les choses ont dérapé. Rien de désagréable aux premiers abords. Mais c’était sans imaginer que quelques minutes plus tard, elle allait me tartiner le sexe de chocolat. Choqué et déstabilisé – moi qui ne suis pas adepte de ce genre de pratiques – je lui ai toute suite demandé de partir. Je n’ai jamais donné suite à ce date catastrophique. Mais comme on dit « mieux vaut en rire qu’en pleurer ».

Hugo, 24 ans.

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©Derick Anies-Unsplash

« Ce n’est pas moi sur les photos, je les ai prises sur Internet, mais ça ne change rien hein ? »

Je n’ai jamais fait fureur auprès des nanas, alors quand après des années de célibat endurci, j’ai enfin matché avec une fille, j’étais le plus heureux du monde. Elle était franchement belle et j’avoue que je n’ai pas pensé une seconde à ce qui pouvait m’arriver. Après avoir discuté par messages pendant plus de deux semaines, je lui ai proposé qu’on se rencontre. Elle a annulé une première fois, au dernier moment. Et cette situation s’est répétée quatre ou cinq fois, comme si quelque chose lui faisait peur. Un jour, après avoir sorti tous les arguments possibles pour la rassurer, j’ai réussi à la convaincre de me rencontrer “en vrai”. On s’est donné rendez-vous sur la place du Capitole en fin de journée.

Impatient de la rencontrer, je suis arrivé le premier. Rapidement, elle m’a envoyé un message pour m’avertir qu’elle venait tout juste d’arriver aussi. J’ai alors tourné la tête dans tous les sens… Rien, aucune trace de mon rencard. Jusqu’à ce qu’une parfaite inconnue me tapote l’épaule en me disant : « Salut, je suis tellement contente de te rencontrer ». Sur le coup, je n’ai rien voulu dire, trop poli. On est allé boire un verre et rapidement elle m’a avoué : « Voilà, je suis désolée ce n’est pas moi sur les photos. Je les ai prises sur Internet, mais ça ne change rien, hein ? ». J’ai fait mine de ne pas m’en soucier, mais après une heure, j’ai inventé un prétexte pour partir et ne plus jamais la revoir.

Antoine, 35 ans.

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« J’aime le sexe, rien ne vaut le sexe dans la vie ! »

C’était une jeune fille en Fac de Droit dans le style “baba”. Elle me semblait plutôt cultivée puisqu’elle connaissait la Fondation Soulage à Rodez et aimait les œuvres de Miró autant que moi. Assez rapidement, après avoir échangé quelques jours par messages, elle m’a proposé de passer chez elle. Je n’avais que 18 ans et j’étais franchement stressé pour le premier rencard de ma vie. J’ai donc pris mon courage à deux mains, mais lorsqu’elle m’a ouvert la porte, j’ai vite déchanté. Ma première impression a été de me répéter : « Douche ! Depuis combien de temps n’a-t-elle pas prit de douche ? ». À peine installés sur son canapé, nous avons refait le monde pendant des heures, tant et si bien qu’au bout d’un moment, je l’ai vue se rapprocher tout doucement de moi. Elle me regardait fixement et tout gêné, je ne savais plus où me mettre.

Voyant que je n’étais pas très réceptif à ses avances, elle est étrangement passée à l’étape supérieure. Elle a soudainement enlevé son t-shirt et s’est allongée en sous-vêtement par terre en criant : « J’aime le sexe, rien ne vaut le sexe dans la vie ! ». Déjà que je n’étais pas très chaud, comment expliquer que je suis rapidement tombé à la température d’un iceberg importé d’Antarctique. Désolé mais je ne fais pas dans l’humanitaire, mademoiselle. Elle a fini par comprendre que ce n’était pas trop mon truc et m’a proposé de manger avec elle. J’ai prétexté un bowling avec des potes (la pire excuse de ma vie) et je suis parti. On ne s’est plus jamais reparlé, même quand on se croisait devant la Fac.

Thomas, 23 ans.


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Application de dating et site de rencontre amoureuse : à chacun ses critères de drague

Actuellement, il y aurait près de 2 000 sites et applications de rencontre en France. Du mythique Meetic (oui, c’était facile), en passant par Badoo, LovooAttractive World, Elite Rencontre, AdopteUnMec, OkCupid et bien d’autres, l’offre est large et tend maintenant à s’adapter à tous les profils. Y compris pour les plus de 50 ans comme DisonsDemain, 2Seniors ou pour les femmes de plus de 40 ans comme Be2.

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©Hitesh Choudhary-Unsplash

En effet, plus loin que les sites de rencontre traditionnels, l’heure est maintenant à la rapidité, à la géolocalisation comme Once ou l’application française Happn. Mais également à d’autres spécificités plus étonnantes, comme des applis de dating centrées sur la religion. C’est le cas de Mektoube pour les Musulman·e·s ou encore Theotokos chez les Chrétien·ne·s. D’autres critères comme les traits de caractère ou encore les goûts musicaux (Tastebuds, Melloplot) sont maintenant l’argument de vente de nouvelles applications de rencontre.

Pour se démarquer, certaines sociétés misent même sur le « sexisme positif » en proposant seulement aux femmes de décider des potentielles rencontres à faire. C’est le cas de l’application Bumble qui est aussi l’un des sites les plus importants en matière de rencontre lesbienne. Enfin, pour les plus coquins, la mode est aux dates d’un autre type : le pêché de luxureGleeden est ainsi un site de rencontre « pensé par des femmes », spécialisé dans les relations extra-conjugales et Pure, un moyen de trouver un partenaire sexuel en moins d’une heure !

Si vous ne savez plus où donner de la tête avec toute cette offre diverse et variée de site, appli de rencontre et autre tchat pour célibataires, il existe même des comparateurs de sites de rencontre. Lacse par exemple, mesure ainsi leur fréquentation et fait le point sur les comportements sur ces plateformes de dating.

Une application de rencontre qui a la cote :

Tinder a été lancée en 2012 sur le même principe qu’une autre application célèbre dans le monde gay, Grindr. Le principe : des profils sont proposés aux utilisateurs·trices en fonction de l’orientation sexuellel’âge et surtout de la localisation préalablement définis.
Appartenant au même groupe que Meetic, le groupe Match Group, est entré en bourse en 2015. La fonction payante Tinder Plus, propose un catalogue illimité de profils tandis que la version gratuite limite l’accès à 50 personnes par jour.
Une nouveauté qui n’a pas découragé les 50 millions d’utilisateurs·trices de l’application de rencontre à travers 196 pays. Notamment les jeunes entre 18 et 34 ans qui représentent plus de 80 % des utilisateurs·trices avec un taux de femmes de 48 % contre 52 % d’hommes.

Et ne vous y trompez pas, si l’application est avant tout faite pour rencontrer l’amour, beaucoup de profils ne chercheraient que des histoires sans lendemain, 12 % des personnes utiliseraient même l’appli alors qu’elles sont en couple !

Qu’on y adhère ou non, il y a fort à parier que ce genre de site et application de rencontre n’est pas près de quitter notre quotidien. Dans un monde résolument digital, le virtuel va sûrement continuer à prendre de plus en plus de place en matière de communication, et donc de relation amoureuse et de drague. Il n’y a qu’à visionner un épisode de la célèbre série dystopique « Black Mirror » disponible sur Netflix, pour comprendre que le site de rencontre va continuer à être un enjeu de notre société de demain. L’épisode intitulé « Hang the DJ » réalisé par Tim Van Patten, fait clairement référence au fonctionnement de ces applications de rencontre comme Tinder. Dans un futur proche que la technologie n’a pas épargné, un algorithme permet à ses utilisateurs·trices de faire des rencontres amoureuses. Mais à l’image de la mondialisation et du capitalisme à son paroxysme, dans ce futur qui pourrait bientôt s’avérer réalité, chaque relation a une date de fabrication et d’expiration. Est-ce une simulation ou bien la réalité ? À méditer

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