vendredi 12 août 2022
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[ CULTURE ] « Terres », l’exposition inédite du photographe Éric Bourret au Musée de Lodève

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Pour son exposition estivale, le Musée de Lodève accueille des œuvres inédites du photographe Éric Bourret, certaines nées d’une résidence dans le Lodévois et le Larzac. Par un procédé et un protocole précis, l’artiste marcheur photographie les paysages qu’il traverse en désintégrant la structure de l’image initiale, créant ainsi une autre réalité, mouvante et sensible. Il investit le sol et les murs du musée avec plus de 150 photographies de nature d’une grande poésie, à découvrir du 30 avril au 28 août 2022.

Éric Bourret, un photographe-arpenteur de paysages

Éric Bourret est né à Paris mais vit et travaille dans le sud de la France et en Himalaya. Depuis le début des années 1990, il parcourt le monde à pied en effectuant des prises de vues photographiques qu’il nomme « expérience de la marche, expérience du visible ». Dans ces images, Éric Bourret exprime « les transformations sensorielles et physiques profondes que provoque la marche. L’expérience du trajet parcouru exacerbe la perception et la réceptivité au paysage. » Il s’inscrit ainsi dans la lignée des land artists anglais et des photographes-arpenteurs de paysages.

Éric Bourret devant une photographie de la série Cradle of Humankind, Paris 2017 ©Éric Bourret

Au cours de ces marches, de quelques jours ou plusieurs mois et à toute altitude, Éric Bourret suit un protocole précis déterminant le nombre et les espacements des prises de vue, superposant différentes visions du même paysage sur un seul négatif. Des saisies photographiques aléatoires où l’accident et l’imprévu sont assumés, où l’image est vibrante, oscillante, presque animée. Témoignant ainsi de son expérience subjective : « Je suis constitué des paysages que je traverse et qui me traversent. Pour moi, l’image photographique est un réceptacle de formes, d’énergie et de sens ».
Certaines séries insèrent même la date, le lieu, la durée et la distance parcourue, permettant de transmettre le rythme et l’espace du carnet de marche de l’artiste.

Cela fait 25 ans que j’allie les deux pratiques, marche et photographie. En fait, je ne peux plus les dissocier…

Depuis plus de trente ans, son travail a fait l’objet de nombreuses expositions et acquisitions dans les musées et centres d’art en Europe, aux États-Unis, en Afrique, au Mexique ou encore en Chine. Plus récemment, Éric Bourret a été invité d’honneur du festival Photo Marseille 2021 et ses œuvres ont été montrées notamment à la 56e Biennale de Venise.

« Terres », une exposition photographique inédite au Musée de Lodève

Sous le commissariat d’Éric Bourret lui-même et Ivonne Papin-Drastik, conservateur en chef du patrimoine, directrice du Musée de Lodève, les 150 photographies illustrent à la fois la marche, indissociable de l’œuvre de l’artiste, sa résidence dans la région et des instantanés hors des sentiers battus de sites naturels touristiques.

La marche, une quête de soi

« En Himalaya ou dans les Hautes-Alpes, la marche invite au dépouillement. La marche peut également être un acte philosophique et une expérience spirituelle. […] La machine photographique, quant à elle, enregistre, rend lisible l’expérience du paysage traversé. La photographie retranscrit les flux qui animent le paysage comme ceux qui animent notre propre corps. […] La marche à raison de huit heures par jour engendre physiologiquement une autre attitude à l’espace et une vraie mise en condition. Tant qu’à la fin, je ne sais plus trop si je vois avec les yeux ou avec mon corps. Le grand format propose au lecteur de l’exposition une relation physique et hypnotique. » 1

Salagou, Larzac et Grands Causses : morceaux de terres de la région

Les séries Salagou, Larzac et Grands Causses, réalisées dans le cadre d’une résidence en Lodévois et Larzac en 2018 et 2019, dialoguent avec des photographies plus anciennes et font échos de manière troublante aux collections géologiques et archéologiques du Musée de Lodève. Elles rappellent à la fois les strates successives laissées par le temps et l’éphémère temporalité de l’Homme.

Dans la série consacrée au lac du Salagou, le photographe fait corps avec les éléments. Tout est rendu visible, quitte à brouiller la lisibilité de l’image : la lumière crue qui se reflète sur l’eau frissonnante, la superposition anarchique des brindilles de feuilles de massettes, les vibrations de la terre dues à l’impact de ses pas… C’est tout le paradoxe de sa démarche. Éric Bourret photographie le paysage au fil de ses déambulations et les images se superposent sur le négatif comme dans sa mémoire, tel un « feuilleté temporel ».

La luxuriance de la végétation dans la série Larzac revêt des aspects différents, l’effet de densité frôlant parfois l’abstraction. L’artiste ne photographie pas seulement les plaines arides du Larzac ; il est question d’immensité, de souffle, d’une vision du lieu presque métaphysique qui invite au repli sur soi. Il y règne dépouillement, silence et ascétisme. La montagne doit être vécue, gravie, éprouvée physiquement et c’est au terme de ce corps-à-corps que naît sa production photographique, car pour lui, sa « manière d’être » au paysage est fusionnelle.

Les photos des Grands Causses quant à elles nous dévoilent une palette de touches blanches, stridentes, dont l’esthétique rappelle la peinture. L’omniprésence des arbres dans cette région est rendue visible à travers leurs écorces blanchies et le terrain calcaire est ici associé à la lumière vive du Sud. Tandis que le cadrage serré met le corps végétal à la même échelle que le corps humain, renforçant ainsi l’expérience visuelle.

Primary Forest et Cradle of Humankind

Les séries Primary Forest (2016) et Cradle of Humankind (2015) complètent l’exposition en formant un écho avec les collections géologiques du Musée de Lodève.
On s’imagine avec la première dans une contrée lointaine à l’écart de la présence humaine alors qu’il s’agit d’îles très touristiques comme Les Canaries et Madère, permettant ainsi une redécouverte des lieux.
La deuxième série est un camaïeu d’ocres et de bruns où contrastent le noir et le blanc, laissant deviner une surface calcinée, dépouillée, mise à nu. Or nous sommes dans l’un des plus anciens sites d’hominidés, le « Cradle of Humankind » en Afrique du Sud, classé au patrimoine mondial de l’Humanité qu’Éric Bourret a parcouru, invité par la Nirox Foundation et le French Institute. Ces clichés du sol pris à hauteur d’homme dans un protocole proche de celui des paléontologues, sont ceux d’un marcheur qui arpente la mémoire de l’Humanité.

Exposition Terres au Musée de Lodève, salle Primary Forest ©Éric Bourret – TERRES – Musée de Lodève 2022

Que je photographie la terre ou le ciel, je garde les mêmes préoccupations, entre autres celle des matières des espaces traversés, sol et ciel. L’épaisseur des éléments et leur fugacité restent criantes, la possible métamorphose de la matière nous interroge toujours. L’eau que nous pouvons percevoir dure comme de la roche et inversement des pierres évanescentes comme les nuages.1

Un film photographique

Pour accompagner cette exposition, Laurie Bellanca et Benjamin Chaval (qui signe aussi la bande son) – connus pour leurs « Lectures Électriques » – ont réalisé une création sonore et visuelle à partir de textes choisis en collaboration avec Éric Bourret.
Ce film photographique créé avec la réalisatrice et scénariste Alex Liebert met en dialogue les images d’Éric Bourret et des extraits de textes convoquant la figure du marcheur au travers de récits éparses comme des romans, des autobiographies, des épopées solitaires et autres ascensions héroïques ou marches philosophiques. Un grand moment !

1 Extrait de Excuse me, while I kiss the sky (entretien avec Isabelle Bourgeois, « Itinéraire d’un piéton d’altitude », in Trace, Automne 2011-Hiver 2012).

INFORMATIONS PRATIQUES

L’exposition « Terres, Éric Bourret » est visible jusqu’au 28 août 2022.

Horaires d’ouverture du Musée de Lodève :
Du mardi au dimanche 10h30-13h et 14h-18h (fermé le lundi).
Fermé le 1er mai.

Tarifs pendant l’exposition « Terres, Éric Bourret » :
Plein : 8€
Réduit : 6€
Pass famille : 20€ (1-2 adultes + 2 à 5 enfants -18 ans)

Visites guidées de l’exposition « Terres, Éric Bourret » :
Le mardi et samedi à 15h30. Pour tout public (+ 3€), réservations conseillées.
L’exposition « Terres », du photographe Éric Bourret, se vit, se ressent, comme une longue marche qui transforme notre perception. Après une présentation de l’artiste et de sa démarche, la médiatrice vous invite à un échange où chacun peut interroger son propre regard sur ce qui l’entoure. De salle en salle, vous partagerez ainsi vos impressions ou vos réflexions ; une manière d’entrer en dialogue avec l’œuvre d’Éric Bourret.

Rencontre avec l’artiste et conférence :
Mardi 14 juin à 16h, rencontre avec Éric Bourret dans les salles de l’exposition, suivie à 18h d’une conférence de Pierre Parlant, auteur du livre Terres, poète, écrivain et agrégé de philosophie.

Salle ludique :
Le visiteur est invité à laisser parler sa propre créativité en s’inspirant de l’œuvre d’Éric Bourret grâce aux tablettes lumineuses mises à disposition. Un jeu créatif avec la lumière, la superposition, la composition et les matières.

Musée de Lodève – Square Georges Auric, 34700 Lodève. Tél. 0467888610
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Photo de couverture copyright Primary Forest, Madère 2016 ©Éric Bourret.

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