Sarah Philippe et Anne-Lise Y Leang – La fourmi rouge

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Sarah Philippe et Anne-Lise Y Leang ont créé La fourmi rouge, une librairie-café point de ralliement culturel dans le centre ville de Cahors. Ces deux libraires engagées défendent le livre et la lecture avec passion et la volonté de rassembler toutes les générations autour de cette belle histoire qu’elles écrivent chaque jour.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Anne-Lise : La fourmi rouge est une librairie-café, nous sommes une librairie traditionnelle, généraliste avec une dominante jeunesse. Nous proposons également un espace café où il est possible de venir boire une boisson avec des petites gourmandises que nous préparons nous-mêmes.

Sarah : On privilégie beaucoup les fournisseurs locaux, bio, artisanaux, dans la mesure du possible. Citronnade, thé glacé maison, des glaces, etc.

Anne-Lise : Notre activité première reste la librairie, mais nous voulions proposer quelque chose de différent.

Comment avez-vous eu cette idée ?

Sarah : J’ai une formation en métiers du livre, j’ai fait une IUT à Bordeaux avant d’être embauchée dans la plus grande librairie indépendante. Mais ça ne correspondait plus vraiment à nos projets de vie d’être dans une grande ville, et très vite on s’est tournées vers une ville moyenne. En arrivant ici, il y avait un fort potentiel et des choses à faire. Il y avait des attentes, ce qui fait que l’envie d’être indépendantes a été plus forte. Avec Anne-Lise on s’est mises à travailler très longuement sur ce projet, et on a fait pas mal de choses comme faire passer un questionnaire sur des groupes régionaux. On a fait une étude de marché qui nous a pris énormément de temps. L’idée était d’apporter notre vision de la librairie de demain, parce que pour nous, c’est et ça restera un métier d’avenir.

Anne-Lise : J’ai un parcours beaucoup plus universitaire. J’ai fait des études en sociologie, en développement des organisations et également l’intervention sociale : emploi, formation, insertion. À la suite de ça, j’ai eu un poste en tant que responsable dans l’animation, le loisir, et c’est suite à notre rencontre avec Sarah qu’on a décidé de monter ce projet. Sarah avait déjà une idée précise et mes compétences ont permis justement de concrétiser ce projet afin qu’il prenne forme ici à Cahors.

Comment avez-vous démarré votre entreprise ?

Anne-Lise : On a été accompagnées par la BGE à Cahors suite à nos entretiens avec Pôle Emploi. Ils nous ont justement proposé cet accompagnement pour voir si éventuellement ce projet était faisable. On a donc été suivies par la BGE de Cahors.

Sarah : La CCI aussi nous a un petit peu suivi, après je pense qu’on a toutes les deux été très autodidactes sur le coup. On a tout appris au fur et à mesure, parce que ce qui nous animait toutes les deux, c’était la motivation d’avoir un projet commun.

Vous avez fait une campagne de financement participatif ?

Sarah : On a lancé la campagne sur Tudigo qui est un partenariat entre cette plate-forme et la CCI du Lot pour promouvoir les projets locaux. Déjà cette communication en amont nous a permis de récolter des fonds, et surtout de communiquer sur ce projet puisque les gens qui allaient participer allaient devenir parties prenantes et investir directement dans le projet.

C’est important d’animer la librairie ?

Anne-Lise : Le fait de créer des animations incite les gens à venir en librairie et c’est important aussi que les gens se déplacent en librairie, ce n’est pas juste histoire d’acheter un livre. Et puis on donne des conseils, on est au cœur du métier.

Sarah : Il y a aussi beaucoup de concurrence avec la vente en ligne, il faut que l’on prouve en quoi on fait un métier différent. On est un commerce de proximité, on crée de la proximité en étant proche des gens, en faisant en sorte que les gens se rassemblent autour d’un sujet commun, ou qu’il y ait des débats ou en tout cas un échange. C’est indispensable à mes yeux qu’il y ait des animations dans une librairie.

Anne-Lise : L’espace café justement apporte cette plus-value, ce qui permet d’élargir notre public sur Cahors.

Sarah : Ainsi que de désacraliser la librairie qui fait toujours peur et qui est vue comme quelque chose d’assez élitiste encore. Il y a très peu de jeunes, on dit « jeunes » parce que c’est le public que l’on vise, ils sont les lecteurs de demain. Ils se sentent intimidés lorsqu’ils vont chercher un livre en librairie, nous voulons montrer que c’est chouette. On peut aussi venir juste prendre un thé entre ami·es et on ne va pas se sentir jugé.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Avoir des projets c’est bien, mais les concrétiser c’est encore mieux.

Sarah Philippe

Sarah : Moi j’ai un conseil, il faut écouter ce que les autres ont à dire autour de soi, mais si vous êtes convaincue que vous êtes faite pour ça, il faut le faire. Il faut vraiment s’entêter et il ne faut pas donner trop d’importance à ce qu’on nous dit à côté.

Anne-Lise : Après c’est bien de partager avec d’autres personnes aussi pour avoir un point de vue objectif, parce qu’il est vrai que lorsque l’on est dans le projet, on croit que c’est l’idée du siècle. Discuter avec d’autres personnes pour apporter un autre regard et puis se recentrer sur les objectifs à fixer.

Sarah : Avoir des projets c’est bien, mais les concrétiser c’est encore mieux. Depuis l’ouverture, on a dû croiser une cinquantaine de personnes qui nous ont dit : « Vous m’avez piqué mon idée, je voulais faire ça ! », « J’ai toujours voulu faire ça ! », « Mais moi aussi j’avais ce projet-là… ». Oui, mais nous on l’a fait !

Anne-Lise : Il faut y aller, il faut oser, ça fait peur c’est sûr. On peut avoir des doutes, il y a des hauts et des bas, mais quand on y croit, il faut y aller et ne pas hésiter.