Clara Hardy – Sericyne

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En développant une nouvelle technique de fabrication de la soie, Clara Hardy fait renaître cette filière historique dans les Cévennes !

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Je suis Clara Hardy, fondatrice de Sericyne, la première entreprise à fabriquer une soie 100% française et naturelle. Sericyne est une entreprise qui a été fondée il y a cinq ans sur une innovation que j’avais mise au point il y a huit ans environ, et qui est maintenant brevetée. Cette innovation réside dans le fait de faire filer aux vers à soie, non plus des cocons comme ils le font naturellement, mais directement des surfaces de soie en 2D ou en 3D. Avec cette méthode, on peut réintroduire la soie en France parce qu’on a une filière beaucoup plus courte. Avec cette méthode de fabrication, on obtient une matière qui est un non-tissé de soie 100% naturel. Cette matière est dédiée à l’univers du luxe, on fabrique avec des produits de décoration par exemple : des lampes, des paravents, des décors muraux… On peut aussi produire des écrins pour de la joaillerie, de l’horlogerie, ou encore des étiquettes luxueuses pour du parfum, par exemple. Il y a tout un champ des possibles que nous offre cette nouvelle soie.

D’où est venue cette idée ?

J’ai toujours eu une passion pour les matériaux, pour l’artisanat, les savoir faire, et j’ai toujours aimé chercher la façon de transformer des matières de manière innovante. Il y a huit ans, j’étais étudiante en design à l’École Boulle, j’avais un an pour travailler sur un projet de mon choix. J’ai décidé de m’intéresser à la soie, c’est une matière qui me semblait très riche, et puis avec beaucoup d’angles d’approche.

Pourquoi s’installer dans les Cévennes ?

Alors ici, dans les Cévennes, c’était vraiment le berceau historique de la production de soie en France. Vu que je cherchais à monter un atelier et une manufacture de production de soie, j’ai cherché en France ce qu’il restait sur la soie car quand j’ai commencé, il n’y avait vraiment plus personne qui élevait de vers à soie de manière professionnelle. À force de recherches, je suis arrivée au Musée de la Soie à Saint-Hippolyte-du-Fort qui connaissait ici une personne qui élève encore des vers à soie et qui s’appelle Michel Costa. C’est un vrai partenaire et maître pour Sericyne, et Michel Costa nous a permis de nous installer ici, lui qui avait encore ce savoir-faire de la sériciculture (l’élevage des vers à soie) et des plantations de mûriers. Ça nous a permis de relancer une production de soie de manière professionnelle et c’est pour ça qu’on est ici dans le berceau historique de production de la soie. De plus, la manufacture de Sericyne est une ancienne magnanerie, ce sont des bâtiments traditionnels d’élevage de vers à soie. On est vraiment sur un territoire qui était historiquement dédié aux vers à soie, et qui peut encore l’être aujourd’hui, parce qu’il y a besoin d’un écosystème vraiment naturel et très préservé. Sur le village de Monoblet par exemple, tous les agriculteurs sont en bio, donc on peut avoir le bon écosystème pour faire de la sériciculture.

Vous êtes dans une dynamique d’innovation permanente…

De toute façon, dans ce qu’on fait je pense qu’on est obligés d’innover si on veut exister, puisque la filière de la soie n’existait plus en France. À mon avis, si on la réintroduisait exactement de la même manière que par le passé, je ne suis pas sûre que ça pourrait exister, en tout cas à ce stade. Je pense que c’est notre capacité à innover qui fait qu’on arrive aussi aujourd’hui à réintroduire cette filière en France.

Vous êtes accompagnée ?

Sericyne est très entourée à plusieurs niveaux, déjà il y a toute une équipe, nous sommes une dizaine de personnes à travailler à l’année. Avec une équipe de salariés pluridisciplinaire, d’ingénieurs en agriculture, à des artisans en passant par des personnes qui font de la recherche sur les matériaux, à toute la partie commerciale communication. Au-delà des salariés, il y a aussi tout un groupe d’actionnaires de Sericyne qui sont aussi tous des entrepreneurs de renommée, pour la plupart. Ces actionnaires aident vraiment Sericyne dans son développement, dans ses choix stratégiques et dans sa croissance. Et au-delà de ça, on est accompagné par beaucoup d’écosystèmes, qu’ils soient régionaux en Occitanie, ou à Paris où Sericyne a aussi des bureaux. On gravite entre plusieurs écosystèmes que ce soit lié à l’univers du textile, de l’entrepreneuriat, du luxe, du design… On est dans plusieurs réseaux qui sont vraiment porteurs pour l’activité de Sericyne.

Comment devient-on entrepreneure ?

J’ai toujours eu envie d’entreprendre depuis que je suis enfant, je crois que je m’imaginais être gérante d’une entreprise d’artisanat et d’innovation. Finalement, c’est la continuité de ce rêve d’enfant, et puis autour de moi dans ma famille il y a beaucoup de gens qui sont à leur compte dans l’artisanat ou l’agriculture. Au final, ce n’était pas 100% nouveau pour moi de me lancer dans un projet d’entrepreneuriat sans être salariée. Ce que j’aime beaucoup aussi dans cette démarche d’entreprendre, c’est que dans le design on lance un projet et puis on arrête souvent une fois que le prototype est lancé. C’est une manufacture qui prend le relais et voilà, alors qu’ici il y a toute l’ampleur d’un projet à gérer et le côté aussi économique, rentabilité qui sont à prendre en compte. Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est aussi l’approche globale, et pas seulement l’approche de juste créer de l’innovation ou de créer des formes.

L’une des principales clés, c’est la persévérance et la passion…

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Bien sûr une approche raisonnée, mais il faut aussi je pense ne pas avoir peur du risque et oser se lancer. L’une des principales clés, c’est la persévérance et la passion, parce qu’à mon sens c’est sur des projets qui nous passionnent qu’on réussit à être persévérants. Je pense que c’est les deux points qui font que je gère Sericyne au quotidien, et que ça me plaît énormément : c’est la persévérance et la passion.