Claire Lavergne – Darman – Mut

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Claire Lavergne est designer graphique et conceptrice en expérience utilisateur au sein du studio Darman. Curieuse et passionnée par son métier, elle a souhaité s’ouvrir à d’autres pratiques qu’elle développe en tant que consultante pour l’agence d’innovation Mut.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Au sein du studio Darman, je suis designer graphique. C’est un métier que je fais depuis plus de dix ans, je fais des sites internet, des supports de communication papier, etc. Je m’occupe donc de la partie graphique et je suis également conceptrice d’expérience utilisateur, qu’on appelle aussi UX design. Je vais remettre l’humain à l’intérieur d’une stratégie et je vais aller chercher les données, les besoins et les usages des utilisateurs pour réussir à concevoir un support de communication qui soit à la fois utilisable et pertinent.

Au sein de l’agence Mut, je vais avoir un autre rôle qui va être beaucoup plus axé sur le conseil. Là, c’est plus un métier qu’on appelle « facilitateur », c’est-à-dire que je vais accompagner les entreprises à devenir plus innovantes, mais par le biais de l’intelligence collective. C’est donc grâce à des ateliers basés sur d’autres méthodes d’innovation, comme le design thinking qui est assez connu, (la « pensée design » en français), qui vont permettre de travailler énormément autour de l’empathie à aider les entreprises à innover de façon positive. Ce qui est très important dans l’agence Mut. Nous allons les aider à sortir des produits qui soient pertinents, qui prennent en compte l’environnement, mais aussi à toutes les parties prenantes du projet.

Comment a évolué votre pratique ?

J’ai su dessiner avant de savoir écrire, ça a donc toujours été très logique à mes yeux. J’ai attaqué directement des études de communication, mais par contre mes études ont toujours été basées sur la partie esthétique. C’est la raison pour laquelle j’ai été designer pendant très longtemps, jusqu’à me rendre compte que je faisais peut-être fausse route. J’ai rencontré les bonnes personnes, qui aujourd’hui sont mes mentors et m’ont permis d’évoluer. J’ai fait de nouvelles formations telles que le design thinking et j’ai poussé ma formation en UX design. J’ai également fait des formations en facilitation graphique, une nouvelle approche pour visualiser du contenu. Toutes ces méthodes ainsi que l’intelligence collective sont vraiment très intéressantes.

Vous faites aussi de la formation ?

La formation a été une vraie étape dans ma vie professionnelle et un véritable challenge parce qu’en tant qu’élève en difficulté quand j’étais plus jeune, je me suis toujours dit que jamais je ne pourrai devenir professeure, que ce soit pour enseigner à des enfants ou à des adultes. Et pourtant je suis professeure dans des écoles, mais aussi et surtout formatrice d’adultes. Je me suis dit que jamais les gens ne me demanderaient de leur expliquer des choses, c’est donc en plus un travail aussi sur la confiance en soi et ce n’est pas forcément évident. Ce n’est pas parce qu’on est entrepreneur qu’on a confiance en soi. J’aime bien surtout voir à la fin de la formation que je me retrouve avec des gens qui ont appris quelque chose, qui sont contents et surtout qui ont créé, car toutes les formations que je fais sont des projets.

Qu’est-ce que la facilitation graphique ?

La facilitation graphique est une technique de visualisation où on va dessiner les mots et les concepts. On peut l’utiliser durant une réunion, ce qui va permettre à toutes les parties prenantes de mieux comprendre, que ce soit les gens qui étaient à la réunion aussi bien que les gens qui n’y étaient pas. Du coup, on a facilement un éventail, on voit tout ce qui a été dit très rapidement et puis c’est plus ludique. En plus quand on est dessinateur, on a quand même une patte graphique qui amène aussi un plus.

On doit être entourée des bonnes personnes qui peuvent nous conseiller.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Je pense qu’il faut bien se donner des objectifs, et pour moi le plus important c’est d’être bien entourée. Après, c’est vraiment ma vision personnelle, mais je pense qu’on doit être entourée des bonnes personnes qui peuvent nous conseiller. Je pense qu’il ne faut pas être entrepreneur tout seul, enfermé chez soi parce que c’est compliqué, on le voit rapidement. J’en rencontre beaucoup et il y a souvent cette sensation de solitude, que l’on n’a pas quand on a une équipe. C’est important de pouvoir communiquer, de parler de ses difficultés et des bons moments qu’on a passés. Dans ces moments-là, tu te dis que tu sais pourquoi tu te lèves le matin. Et ça, c’est vraiment agréable.

L’entrepreneuriat c’est compliqué, il ne faut pas dire le contraire, c’est quand même très stressant, c’est aussi beaucoup de responsabilités. Moi je sais que depuis que l’on est passé en société, et qu’on a des salariés, c’est très pesant. Mais par contre, c’est quand même une entreprise qui peut te ressembler, avec des valeurs que tu peux vraiment mettre en avant.

Et le dernier conseil qui me vient en parlant, c’est sûr que je me suis vue parfois perdre mon objectif. C’est-à-dire qu’on est emporté par le flux, il faut gagner des projets, il faut produire, produire, gagner de l’argent, et du coup, on oublie un peu le pourquoi. Pourquoi je fais ça, et pourquoi je dépense autant d’énergie. En tant qu’entrepreneur il faut prendre le temps de réfléchir à l’essence même de pourquoi je ne suis plus salarié, et pourquoi j’entreprends ce projet.