mardi 27 juillet 2021
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Anne-Leila Meistertzheim – Plastic@Sea

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Anne-Leila Meistertzheim, docteure en biologie marine est la présidente de Plastic@Sea, une société qu’elle a fondée avec Jean-François Ghiglione, directeur de recherche au CNRS.
Convaincue de l’impasse écologique dans laquelle l’utilisation abusive du plastique nous a plongé, elle accompagne les acteurs de la filière pour chercher et trouver des solutions alternatives respectueuses de notre environnement.

Quelle est la mission de Plastic@Sea ?

Nous avons créé Plastic@Sea comme une passerelle. On essaie de communiquer entre le milieu industriel, le milieu académique et les législateurs pour proposer une offre qui soit plus adaptée, plus vertueuse et pour faire que le plastique reprenne vraiment sa place.

On travaille aussi avec le milieu académique, on fait partie des expéditions qui partent en mer, dans les océans, qui vont quantifier cette pollution plastique, parce qu’on veut savoir combien il y en a, mais aussi sous quelle forme elle est. On veut savoir s’il est possible de les retirer de l’environnement ou si certaines bactéries seraient capables de les biodégrader. Ça aussi, c’est intéressant. Et puis on accompagne aussi des gens qui fabriquent des objets en plastique pour les aider à faire un plastique qui serait le plus vertueux, lorsqu’il est nécessaire. Parce qu’il reste encore des endroits où l’on est obligé d’utiliser des objets en plastique. On pense aux hôpitaux, à la recherche, l’alimentaire, il faut lutter contre le gaspillage, donc on est quand même obligé d’utiliser des plastiques parfois. Donc le but est de réduire, réutiliser et recycler, voire de produire des alternatives.

Que devient le plastique dans la nature ?

On participe à des expéditions comme celles qui sont menées par les fondations Tara Océans, Expédition 7e Continent. On va regarder sur le terrain, quantifier cette pollution pour essayer de vérifier si finalement, cette pollution plastique est sous la forme de gros objets, ce qu’on appelle des macrodéchets, donc c’est la bouteille qu’on a en tête.
Est-ce qu’on peut l’enlever, cela suffit ? Ou est-ce qu’elle va se fragmenter ? Et à la sortie de cette rivière-là, vous avez plein de microplastiques dans l’eau et vous ne pouvez plus les retirer, c’est trop tard.

Donc cela veut dire qu’on a besoin de savoir comment ça se fragmente dans ces fleuves-là, pour mieux agir et pour aider après des gestionnaires, des décideurs sur le terrain, pour mettre en place des méthodes de gestion des déchets qui seront adaptées.

Si le plastique est microscopique, est-il toujours dangereux ?

Dans la nature, il faut voir ces plastiques un peu comme une taille de plastique qui va influencer la taille de la bouche d’un organisme qui va le manger. C’est-à-dire que si on regarde ces baleines échouées sur les plages, on retrouve jusqu’à 40 kg de plastique dans leur estomac. Si elles les ont mangés, c’est parce qu’elles les ont confondus avec des proies qui auraient été naturelles. Cette vision de cette baleine est identique sur tous les chaînons de notre chaîne alimentaire. Parce que plus le plastique va être petit et plus, potentiellement, il va toucher un organisme qui est petit également.

On sait aujourd’hui que sur des organismes marins, on a des effets sur la reproduction, le système immunitaire, la dégénérescence cellulaire… Donc ça a énormément d’effets cumulés, si on regarde bien. Et nous mangeons ces produits de la mer, ou nous mangeons, en tout cas, des produits qui sont touchés par cette pollution aux microplastiques. Donc potentiellement, nous sommes également touchés.

Pourquoi avoir monté une société ?

Dans le milieu de la recherche aujourd’hui, le délai entre le moment où on se pose une question et le moment où on arrive enfin à impacter des industriels est extrêmement long. Parce qu’on a besoin de répondre à une question qui est posée souvent par l’État, donc il faut répondre à des appels à projet, et ensuite, il y a le temps de l’analyse et, finalement, le temps du transfert. Ce temps, cette inertie j’ai envie de dire, est extrêmement difficile et aujourd’hui, la pollution plastique ne nous permet pas d’attendre.

Devenir entrepreneure implique des changements ?

Au début, j’étais toute seule, c’était à peu près facile à gérer. Aujourd’hui, on est douze personnes, deux ans plus tard, après le début de nos activités et j’ai effectivement dû changer de métier. Heureusement, j’ai été énormément aidée, car je suis aujourd’hui hébergée dans l’incubateur océanologique de Banyuls-sur-Mer, géré par Daniel Christiaen qui est directeur de cet incubateur et qui m’a aidée à mieux appréhender l’entrepreneuriat, qui m’a aidée avec de la gestion commerciale, avec de la comptabilité et il m’a permis de faire cette bascule entre le milieu de la recherche et l’entrepreneuriat direct, la gestion d’une société.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Il faut vraiment que les jeunes scientifiques se rendent bien compte qu’ils ont un potentiel, qu’ils sont innovants. Ce sont des créateurs. En fait, ce sont des inventeurs, un peu à la mode de Géo Trouvetou, qui existait avant. Ils sont capables aujourd’hui de créer des choses qui sont extrêmement pertinentes et d’intérêt dans le futur.
Il ne faut surtout pas qu’ils se freinent eux-mêmes, en se disant : « moi, je n’y arriverai pas ». Il faut qu’ils se disent qu’ils ont besoin d’un peu plus d’informations, mais ils peuvent être aidés, ils peuvent être accompagnés. Il y a des incubateurs, des pépinières d’entreprises. Il y a même des prix qui sont faits pour des jeunes créateurs. Il faut se lancer.

Comment consommer sans polluer ?

Et il faut se dire que même si on est loin de la mer, tout objet, tout déchet, a une grande chance de finir en mer s’il n’est pas biodégradé sur le chemin.

On n’est pas isolé, on n’est pas tout seul, on est vraiment entouré et l’écosystème nous rend des services permanents. Cela nous permet de nous nourrir, de respirer, de se déplacer… tout. Finalement, on est entourés de vie autour de nous et on a besoin de respecter cet écosystème comme si en le respectant lui, on se respectait nous-même. C’est un peu l’idée qui se trouve derrière.

Et il faut se dire que même si on est loin de la mer, tout objet, tout déchet, a une grande chance de finir en mer s’il n’est pas biodégradé sur le chemin. Donc il faut vraiment qu’on envisage d’interagir finalement plus facilement avec notre environnement et de favoriser des choses très simples comme, par exemple, du commerce équitable, du commerce sur des courtes distances, de favoriser à chaque fois le régional et d’aider des petites entreprises qui se développent, qui sont extrêmement intéressantes, qui essaient vraiment d’aller vers du développement durable et de faire en sorte que quand on achète quelque chose, il soit plus respectueux de tout : de la personne qui l’a fabriqué, des objets, de la matière qu’il a utilisé, voire, du futur de l’objet.

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