Égalité professionnelle ? Just do it !

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Parce que nous n’avons pas le temps d’attendre, le changement c’est maintenant ! L’égalité professionnelle n’en finit pas de jouer l’Arlésienne alors en femmes averties, prenons les rênes.

La meilleure façon de défendre l’égalité professionnelle et donc de vous défendre vous-même Madame, reste le rappel à la loi. Car vous le savez bien, nul n’est sensé l’ignorer ! En effet, l’égalité professionnelle – et au-delà, l’égalité femmes/hommes tout court – n’est pas une lubie, n’est pas un hobby de quelques suffragettes en manque de représentativité, elle est inscrite dans la loi. Le cadre légal ne date pas uniquement de la loi portée par Najat Vallaud-Belkacem lorsqu’elle était ministre de la Ville et votée le 4 août 2014 (cf notre article). En janvier 2011, la loi dite Copé-Zimmermann établit le principe de la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et de l’égalité professionnelle. Cette loi n° 2011-103 pose l’obligation de respecter un quota minimum de membres de chaque sexe. Cette obligation s’applique aux sociétés cotées (SA ou SCA) ET aux sociétés qui, depuis trois ans,  emploient un nombre moyen d’au moins 500 salariés permanents et présentent un montant net de CA ou un total de bilan d’au moins 50 millions d’euros.

Ce principe a été étendu en 2012 aux entreprises publiques nationales, aux établissements publics industriels et commerciaux et aux établissements publics mixtes de l’État, dont le personnel est soumis à des règles de droit privé. Les règles s’appliquent aux membres nommés par décret.

L’égalité est donc inscrite dans la loi mais cela ne suffit pas. L’égalité est aussi l’affaire de chacune et de chacun, à son niveau, dans sa vie, son parcours. Le Languedoc-Roussillon possède un tissu économique riche en PME et TPE. Pas d’obligation de rapport de situation comparée hommes/femmes dans les entreprises de moins de 50 salariés, pas d’instances représentatives du personnel non plus. Bref, la lutte s’apparente plus à un corps à corps qu’à une bataille rangée lorsque l’on exerce dans ces petites structures. S’informer, s’unir, s’organiser, restent les maîtres mots.
Non vous n’êtes pas seule. Pour vous en convaincre, observons ce qui se passe dans notre région. Des femmes ont déjà pris le taureau par les cornes. À l’initiative, Coline Erlihman, déléguée régionale aux Droits des femmes, a eu l’idée de lancer le Réseau LégalIE. Il s’appuie sur des entreprises de la région, précurseurs dans le domaine, qui ont commencé à travailler de façon totalement informelle. Un groupe au sein duquel des responsables de ressources humaines échangent, partagent et aident les plus petites entreprises dans leurs actions. Il s’agit une fois de plus de lever les freins à l’égalité professionnelle. Ce réseau se veut un laboratoire d’idées pour être force de proposition, de réalisations d’innovations sociétales.

Réseaux, clubs d’entreprises

Car n’en doutons pas, les bonnes pratiques existent. Certaines surprennent même par leur modernité. Ainsi, lors d’une commission sur la place de la femme dans la hiérarchie de l’entreprise en Languedoc-Roussillon– organisée conjointement par le Club de la presse Languedoc-Roussillon, Face Hérault et le Réseau LégalIE – des entreprises présentaient leurs bonnes pratiques.

L’entreprise Dell faisait part d’une initiative remarquée le « Reverse Mentoring » qui consiste à faire « mentorer » un senior par une femme. Cet exemple n’est pas isolé.  Ainsi, EDF innove pour tenter d’augmenter la présence des femmes dans les métiers « techniques » en préconisant une candidature féminine par short list de 3 personnes. À compétences égales, cette candidature se verra privilégiée. Même si dans le cas présent, un travail doit se mener très en amont auprès des jeunes filles pour qu’elles envisagent de s’orienter vers ce type de métier. Chez Orange, un réseau interne « passerelles » permet aux femmes et aux hommes de la direction Orange Sud de contribuer de façon opérationnelle à la promotion de l’égalité professionnelle. L’objectif d’ici fin 2015 est de parvenir à 35 % de femmes dans les instances dirigeantes et les comités d’entreprises ; Cet objectif s’inscrit dans le projet d’entreprise. Bref, des initiatives existent. Les autres sont encore à inventer. Il faut pour cela qu’à un moment donné, des femmes et des hommes de bonne volonté s’assoient autour d’une table pour réfléchir et innover ; C’est le principe du réseau LégalIE mais aussi de certains clubs d’entreprises.

Ainsi, FACE œuvre depuis de nombreuses années déjà pour la diversité dans l’entreprise, l’égalité femme/homme : « Nous nous sommes penchés sur l’égalité homme/femme par le biais de la diversité qui est notre prisme de départ et nous permet de rebondir ; nous démontrons aux entreprises que la diversité genre amène de la richesse dans l’entreprise. La diversité est source d’innovation. Les études ont démontré que les entreprises avec des femmes membres du comité de direction sont plus performantes. La diversité est source de performance », analyse Olivia Cardoner, chef de projet entreprise de Face Hérault. « Bien sûr, nous prêchons des convaincus, les entreprises qui font appel à nous sont conscientes de l’enjeu et développent déjà toutes ces valeurs. Nos actions visent à aller plus loin que les préconisations de la loi. Pour celles qui ne le sont pas, le levier de la loi reste primordial ! »

Lorsque l’étude en cours de construction dans le cadre la commission sur la place de la femme dans la hiérarchie en Languedoc-Roussillon sera achevée, Face et le Club de la presse Languedoc-Roussillon souhaitent participer à l’appel à projet de la Direccte et de la délégation régionale pour le droit des femmes et l’égalité, afin d’accompagner les entreprises qui souhaitent obtenir le label Égalité. La déconstruction des stéréotypes débute très en amont. Aujourd’hui, Face intervient dans les collèges dès la 3e alors qu’une dizaine d’années en arrière, ce type de démarche n’était pas sollicité. Il s’agit d’intervenir à la source pour déconstruire les stéréotypes métiers.

Pour se convaincre de l’utilité de la démarche, rendez-vous dans les rayons déguisements en période de carnaval pour admirer les magnifiques blouses « médecin » pour les garçons et « infirmière » pour les filles. La responsabilité n’incombe pas seule aux établissements scolaires et à la société. « Lorsque nous intervenons dans les entreprises, nous nous adressons aux professionnels, mais lorsque je leur présente les catalogues de jouets par exemple, les parents qu’ils sont ne manquent pas d’être interpellés et de prendre conscience de la construction des stéréotypes très tôt. » Alors cette experte en est convaincue : « Les femmes doivent être actrices de leur évolution et ne pas renoncer à des postes. Elles doivent être demandeuses de la conciliation entre les différents temps de vie et penser à anticiper leur départ et leur retour en cas de congés maternité. Des solutions existent. » À bon entendeur !

Le label Égalité

Concrétisant une volonté politique forte, celle de valoriser l’égalité professionnelle au cœur des entreprises comme des institutions, le « label Égalité » a été mis en place fin 2004, à l’initiative du ministère.
Encouragé par l’État, soutenu par les partenaires sociaux, le « label Égalité » peut être décerné à toute entreprise, association ou administration, quelles que soient sa taille ou son activité.
Le dossier de labellisation présenté par les organismes candidats est instruit par l’AFNOR Certification qui apprécie la mise en œuvre par le candidat des actions en faveur de l’égalité professionnelle et soumet un rapport à la commission de labellisation.

L’évaluation se fait sur plusieurs critères répartis en 3 champs :

  • Les actions menées dans l’entreprise en faveur de l’égalité professionnelle ;
  • La gestion des ressources humaines et le management ;
  • L’accompagnement de la parentalité dans le cadre professionnel.

Une commission de labellisation, composée à parité de représentants de l’État, de syndicats de salariés et d’organisations patronales rend ensuite un avis à la majorité, au vu duquel AFNOR Certification prend la décision d’accorder ou de refuser la labellisation.

Le « label Égalité » est la véritable marque d’organismes novateurs dans leur approche de l’égalité entre les femmes et les hommes. Il récompense l’exemplarité de leurs pratiques. Depuis le 10 mars 2005, date de la première labellisation, un nombre croissant d’organismes, issus de secteurs aussi variés que l’électronique, les transports, les assurances, la communication…se sont ainsi employés à l’obtenir. Près de 750 000 salarié(es) travaillant au sein d’entreprises ou d’administrations, sont aujourd’hui concernés et bénéficient de cette démarche d’égalité.

L’Égalité professionnelle se cherche aussi dans la culture

Si depuis 1972, la loi établit le principe “à travail égal, salaire égal”, et depuis 1983 “l’égalité professionnelle”, de grandes disparités se maintiennent.
Ainsi dans le monde de la culture, comme l’explique Sylvine Duprè du Collectif HF : « On se croyait un peu à l’abri des stéréotypes. Le ministère a été très surpris des résultats de l’étude qu’il avait commandée. »
En effet, les chiffres publiés dès le premier rapport de 2006 ont fait « l’effet d’une bombe ». Personne n’avait réalisé que jusque là les hommes pouvaient diriger jusqu’à « 92 % des théâtres consacrés à la création dramatique, 89 % des institutions musicales, 86 % des établissements d’enseignement… », que leur place dans les programmations pouvait atteindre « 97 % pour les compositeurs, 94 % pour les chefs d’orchestre, qu’ils pouvaient être les auteurs de 85 % des textes à l’affiche des théâtres du secteur public et y signer 78 %* des mises en scène. On ne s’était pas avisé non plus que le coût moyen d’un spectacle pouvait varier du simple au double, dans une même institution, selon qu’il était mis en scène par une femme ou par un homme.* »
La profession a donc décidé de s’organiser et partout en France, des collectifs HF se créent. HF existe en Languedoc-Roussillon – et en Midi-Pyrénées – et réclame l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.
Le 27 juin, une journée professionnelle rendait compte de la réalité dans la région. Et les chiffres sont éloquents.

REDIinfographie-culture#03*Chiffres émanant du rapport 2009, de Reine Prat, chargée de mission du ministère de la Culture, pour l’égalité hommes/femmes.

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