COMBAT DE FEMMES : Mixité sociale

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Mixité sociale, des mères montent au créneau

Dans toutes les espèces animales, la mère est capable de tout pour défendre sa descendance. L’humain n’est pas en reste. Ainsi des femmes discrètes se révèlent d’excellents tribuns pour assurer l’avenir de leur progéniture !
Les mamans du collectif des parents du Petit-Bard n’ont pas froid aux yeux, qu’on se le dise !

Le quartier du Petit-Bard à Montpellier me donne envie de pester lorsque je passe. L’accès compliqué à cause des travaux, les difficultés de stationnement en raison des voies de tramway m’incitent à éviter le quartier le plus possible. Honnêtement, je ne me suis jamais mise à la place des habitants.
Lorsque j’ai souhaité rencontrer les parents du collectif des parents d’élèves du Petit-Bard, rendez-vous m’a été donné devant l’école maternelle Geneviève-Bon. Déjà, la rue est barrée et je ne peux m’y engager. Ma voiture finit sur un trottoir vers l’hôtel du département. L’accès à pied n’est pas plus aisé et loin d’être sécurisé pour des enfants ; il faut marcher sur la route et faire tout un détour pour accéder à l’entrée en travaux. Ambiance ! Une maman m’accueille. Elles sont nombreuses autour de la table et souhaitent s’exprimer au nom du collectif. Aucune individualisation.

Un combat de femmes

J’ai souhaité les rencontrer pour plusieurs raisons. La mixité sociale, tout d’abord. On en parle beaucoup, mais concrètement que fait-on ?

Ensuite même si elles s’en défendent, c’est un beau combat de femmes. Elles veulent que l’on parle des parents d’élèves mais dans tout ce battage médiatique, à la télé et dans les journaux, je ne vois que des femmes.
Lorsque l’ambiance se dégèle, je ressors mon histoire de combat de femmes qui a failli faire échouer notre rencontre.

« Vous ne voulez pas que l’on parle d’un combat de femmes. Mais là, autour de cette table, vous êtes nombreuses, que des mères. »
« Les pères travaillent. »
« Vous, vous ne travaillez pas ? »
« Si, mais nous, on s’organise. » Elles s’amusent de leur réponse. Une ironise : « Disons que l’on connaît leurs limites ! » Une autre d’ajouter : « Lorsque l’on prend les choses en main, on sait que cela sera géré correctement ! » Puis plus sérieusement : « Les pères sont derrière nous depuis le début. Tout ce temps, toute cette énergie, notre investissement n’aurait pas été possible s’ils n’avaient pas été là pour gérer le quotidien. Pendant que l’on fait des réunions et que l’on s’organise, ils gèrent les repas, les douches, le quotidien ! »

Sortir des clichés

Voilà qui me plaît. On sort des clichés. Nombre de ces femmes ont la tête couverte. On pourrait tout de suite tomber dans le poncif de la femme au foyer, qui ne s’occupe que de ses fourneaux. Seulement voilà, elles ont réussi l’exploit. Elles ont porté le débat sur la place publique. Les problèmes du Petit-Bard, on en parle même sur Canal+. « Au départ, les journalistes nous disaient que c’était un problème trop local. »
On comprend alors le chemin parcouru en compulsant leur impressionnante revue de presse, « Complément d’enquête », « Grand journal ». L’occupation des deux groupes scolaires n’est pas passée inaperçue. Tout est parti d’un courrier du conseil départemental de l’éducation nationale leur annonçant qu’à la rentrée 2015, tous les enfants entrant en 6e seraient envoyés dans le même collège. Le collège Las Cazes dont ces parents ne veulent pas :

C’est un retour en arrière de 10 ans. Ces dernières années, après le primaire, nos enfants avaient le choix entre deux collèges dont Las Cazes. Personne ne veut y aller. Peut-être devrait-on se poser la question du pourquoi ?

Les représentants des parents d’élèves ont donc décidé d’envoyer un courrier au rectorat pour exprimer leur mécontentement. Il est resté sans réponse. Alors le 16 mars, les parents se sont réunis et le collectif s’est formé.« On a décidé d’occuper les deux groupes scolaires et le collectif a vu le jour pour dénoncer une urgence sociale. »

La réponse ? 17 jours de silence. « On s’est formé sur le tas. On a compté nos compétences. On a dû tout apprendre : depuis organiser une manifestation à occuper une école, en passant par rédiger un communiqué de presse. Nous nous réunissions tous les soirs en AG, avec un planning à la semaine pour les manifestations. On se relayait sans cesse, notamment pour les petits déjeuners citoyens. Il a fallu plus d’une centaine de parents pour tenir. »

Cette mobilisation ne peut que susciter l’admiration ! Comment fait-on pour durer autant ? Je pense tout de suite à l’exemple que cette lutte pourrait représenter dans d’autres quartiers. Comment ont-elles réussi ? « Quand les porteurs s’épuisaient, d’autres parents reprenaient la main car on ne peut pas oublier nos vies. Alors chacun donne ce qu’il peut. Nous nous faisons confiance. Notre apprentissage a fonctionné grâce à nos bonnes volontés, nos bonnes intentions, notre entente. Cela crée une énorme synergie. Et puis les enseignants nous soutiennent. Ils posent les mêmes constats que nous mais n’ont pas non plus été entendus par leur hiérarchie. »
Au départ, certains parents n’y ont pas cru. Pour eux, le combat était perdu d’avance, alors ils ont pris le train en route lorsque les lignes ont commencé à bouger. D’autres ne se sentaient pas les compétences mais soutenaient ceux qui prenaient les choses en main.
« Le 27 avril, on a invité les représentants des différentes collectivités, nos interlocuteurs à la préfecture et la rectrice. 4 collectivités et la DASEN avaient répondu présent. Personne n’est venu. Nous avons réussi à organiser une table ronde le 20 mai, avec des parents, des chercheurs en sociologie. Des personnes qui ont démontré scientifiquement l’importance de la mixité dans l’éducation. »

Une politique ambitieuse, pas du replâtrage

D’actions en manifestations, le collectif a fini par obtenir le gel du redécoupage de la carte scolaire, soit un retour à la situation antérieure. « On reste sur la sectorisation ; un groupe d’enfants va sur le collège Rabelais quant au groupe d’enfants du CM2 prévu pour aller sur le collège Las Cazes, toutes les dérogations pour ne pas y aller seront acceptées. » Une petite bataille de remportée mais c’est bien loin de leurs revendications. Le réveil des consciences n’est pas près de s’éteindre. « Vous avez constaté par vous-même combien est difficile l’accès à l’école, imaginez un peu avec des enfants et des poussettes. Ici, les travaux ne finissent jamais. La réhabilitation urbaine dure depuis plus de 10 ans. Les travaux permanents doivent encore durer jusqu’en 2021. Les travaux du nouvel hôtel de ville ont démarré bien après et sont achevés et nous, nous ne pouvons obtenir un accès sécurisé pour l’école ! »

Elles sont françaises, leurs enfants sont français et réclament le vivre ensemble maintenant.

Elles refusent que la population se voit imputer la « ghettoïsation » du quartier sous prétexte de communautarisme. « La réponse est plutôt du côté de la politique de la ville. À l’heure actuelle dans le logement privé ou social, dès qu’une personne porte un nom à consonance maghrébine, c’est ici que son dossier atterrit. »

Pour porter leurs revendications, le collectif s’appuie sur la loi. « Il suffit juste d’appliquer la loi pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013 (lire notre article), dont le décret d’application date d’août 2014. Nous attendons une politique avec une vision d’ensemble de la situation. Car même si nos écoles obtenaient des moyens extraordinaires, nos enfants n’apprendraient pas à connaître l’autre et la différence puisqu’ils vivent dans une absence totale de diversité, puisque sans mixité. »

Comme dans le cas de la parité femmes/hommes, il ne s’agit pas là d’un cas isolé à résoudre au Petit-Bard à Montpellier, mais d’une vision beaucoup plus large pour le devenir de notre société. Nous sommes tous concernés par ces enfants qui sont les citoyens de demain.

Leurs revendications

  • Écoles : absence totale de mixité sociale et ethnique, qui renforce le repli communautaire et ne permet à nos enfants de se sentir pleinement français ;
  • Insécurité aux alentours des écoles (portail, grillages, passage piéton, trottoir, éclairage, absence de policiers municipaux…) ;
  • Depuis les travaux, aucun espace de jeux ou espace extérieur sécurisant pour les enfants ;
  • Écoles squattées les week-ends et les vacances scolaires ;
  • Divers problèmes de fonctionnement de l’école : absence de directeur, manque de personnel, dysfonctionnement des TAP (temps d’activités périscolaires), prise en charge CRI (cours de rattrapage intégré) insuffisante…

À lire aussi

Notre article :
La loi sur la refondation de l’école de la République.

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