Sélia : la révélation à suivre

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Sélia a cinq ans lorsqu’elle chante pour la première fois dans un club de vacances en Corse. À dix ans avec sa première guitare, elle apprend la musique en autodidacte, pour s’accompagner. Mais Sélia est à bonne école car son père est batteur, alors les répétitions, les concerts, elle les pratique depuis son enfance. Elle connait par cœur les textes de Bob Marley, avant même de comprendre l’anglais. Et pour autant met des années avant d’oser chanter devant un public…

C’est le hasard d’une rencontre avec David Taylor, producteur et compositeur sétois, qui fait basculer la vie de Sélia. Séduit par ce timbre de voix si atypique, il décide de prendre la jeune femme sous son aile, tel un entraîneur de sportifs de haut niveau. Travail en studio, écriture, enregistrements, le duo s’apporte mutuellement – fraîcheur et désinvolture, méthode et savoir-faire – et travaille d’arrache-pied sur la création d’une musique organique. Leur premier EP « Realize » va sceller cette collaboration.
Nous sommes allés à leur rencontre dans le studio d’enregistrement de David, niché dans une petite ruelle de Sète à quelques encablures du canal, sous un soleil déjà bien chaud pour la saison.

Qui es-tu Sélia ?

Sélia : Pour l’instant, je suis étudiante en Licence d’Histoire et d’Arabe Littéraire à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) à Paris. J’étais en classe européenne au lycée, et je vais reprendre l’anglais l’année prochaine, en littérature anglaise. C’est ce qui m’aide à écrire toutes mes chansons en anglais, je n’ai jamais écrit en français en fait.

Tu es Parisienne mais tu viens à Sète pour travailler tes chansons et enregistrer, pourquoi ?

Sélia : Je viens régulièrement car ma tante vit ici. Pendant mes vacances en 2014, j’étais dans un bar avec ma guitare. J’ai demandé à la serveuse si je pouvais jouer, c’était la première fois en public. Personne ne faisait vraiment attention à moi, sauf David qui se trouvait là. Il m’a fait signe de venir. On a échangé, puis il est venu sur Paris rencontrer mes parents parce que j’étais encore mineure, je n’avais que 16 ans. J’ai signé mon premier contrat. Depuis, je viens à Sète à chaque vacances pour enregistrer.

Sélia
Sélia « Realize »©Olivier Maynard
Donc c’est le point de départ de cette aventure. Qu’est-ce qui t’a donné envie à ce moment précis, de sortir ta guitare et chanter ?

Sélia : J’avais ma guitare sous la main, c’était assez calme… Je me suis dit que j’avais peu de chance de revenir, que les gens n’allaient pas m’écouter et que je n’avais rien à perdre. Mais j’étais loin d’imaginer que ça allait changer ma vie !

Le chant est plutôt instinctif chez toi car tu n’as jamais pris de cours ?

Sélia : Oui carrément. À 2 ou 3 ans, je m’amusais déjà à chanter avec un micro. J’ai beaucoup appris avec David car je n’osais pas trop chanter ailleurs que devant ma famille, par timidité… Le fait de s’entendre après un enregistrement est très impressionnant, on ne se reconnait pas vraiment. Au début, j’interprétais uniquement, puis je lui ai montré ce que j’écrivais, ça lui a plu. Maintenant j’ai une totale liberté dans ce que l’on fait, c’est cool. Quand on aime ce qu’on fait, on s’investit plus donc on s’améliore, c’est logique.

« Je ne peux pas passer une journée sans écouter de la musique, sinon je passe une mauvaise journée ! »
Sélia, chanteuse

Ta famille ne t’avait jamais poussée auparavant ?

Sélia : Ah si si ! Ils m’avaient inscrite au casting de La Nouvelle Star, je ne voulais pas trop y aller, et quand je me suis décidée, ma mère a refusé car je redoublais ma seconde. La directrice de mon lycée m’aimait beaucoup, elle m’a poussée à rejoindre le club de musique. Ça a changé ma vie au lycée, je faisais les concerts de fin d’année, il y avait des photos de nous dans les couloirs, c’était marrant.

Tu travailles ta voix et ta musique lorsque tu es à Paris ?

Sélia : Ah non, uniquement avec David à Sète. Je viens à chaque vacances scolaires, on travaille tous les après-midi.

Ce premier EP « Realize » est l’aboutissement de deux ans et demi de travail avec David dans son studio de Sète. Comment te sens-tu à l’approche de la sortie officielle ?

Sélia : J’ai un peu peur. Je suis contente et fière de moi et de ce que l’on a fait, mais j’ai peur que ça ne plaise pas à tout le monde. Je pense que ça doit déjà nous plaire pour que ça plaise aux autres. D’un côté j’ai envie que ça sorte, mais de l’autre, j’appréhende car c’est intime quand on écrit quelque chose…

Tu as peur du jugement des gens ?

Sélia : Oui parce que ce n’est pas toujours positif et ça peut tout changer de ce que l’on pense, de ce que l’on fait.

Est-ce que maintenant tu envisages la musique comme un métier possible ?

Sélia : Oui, avec cet EP, il y a eu un déclic. Je peux envisager d’en vivre, mais c’est pas encore fait…

David, qu’est-ce qui t’a plu chez Sélia ?

David : La sensibilité de sa voix, la chaleur, la sensualité et son côté complètement instinctif. Elle a une originalité dans la voix, quelque chose qui vient des tripes. À la base, j’imaginais faire un duo. J’ai une voix assez grave quand je chante et je savais que nos voix se marieraient parfaitement. Le projet a évolué entre-temps car on s’est aperçu qu’on pouvait aussi créer un univers pour Sélia. Mais entre nous, il y a une fusion musicale énorme. C’est le genre de chose qui arrive une fois sur mille, et je pense que ça se ressent sur notre musique.

Parlez-nous de l’EP « Realize ». Comment avez-vous fonctionné dans la création ?

David : On a sorti une vingtaine de morceaux pour ne garder que six titres au final. Le temps de deux ans et demi de travail, de recherches… Et encore, ce n’est pas beaucoup puisqu’on ne travaille que lorsqu’on se voit pendant les vacances scolaires. C’est moi qui compose. Je prends la guitare – je suis assez instinctif aussi – je commence une mélodie, Sélia met une seconde et demie pour la comprendre (rires) et c’est parti ! Ça s’est fait comme ça pour la chanson « Feel » où elle chante en blues, uniquement guitare-voix. Sélia écrit très vite, moi je compose aussi très vite. Il y a ensuite un gros boulot de production. C’était aussi un choix de fonctionner ainsi pour que Sélia puisse toucher des droits d’auteur. Je voulais un travail de qualité et on est assez fiers de ce que l’on a fait ensemble, vu les retours qu’on a déjà de certains professionnels, notamment à Paris.

« Pour la sortie de l’EP, je n’ai peur de rien parce que je sais qu’on a fait un travail de qualité. »
David Taylor, compositeur et producteur.

Cet EP arrive à un moment clé de votre carrière, notamment pour celle de Sélia ?

David : Oui, il arrive à un moment opportun pour les deux. J’ai la chance qu’elle aime mon univers, parce que les chansons qu’on a créées, c’est vraiment du cinquante/cinquante. J’apporte mon côté “mec de 40 ans qui aime bien Tom Waits, les Stones à fond, les Doors etc.”, Sélia apporte sa fraîcheur et ça me fait du bien que ça sorte, ce n’est pas que pour Sélia. Niveau business aussi, aujourd’hui on veut aller plus loin, de très bons contacts sont en train de se faire sur Paris, on est pris au sérieux. Le but du jeu est de trouver un associé pour la diffusion radio, télé, clips… Je prends des rendez-vous dans les mois qui arrivent.

Sélia
Sélia « Realize »©Olivier Maynard
Maintenant que tout est dans la boîte, comment envisagez-vous la partie promotion, indispensable pour vous faire connaître ?

Sélia : Ben j’ai pas le choix. Mais c’est pas le top dans la musique, c’est pas ce que je préfère ! Répondre à plein de questions, je dis pas que c’est horrible pour moi mais c’est pas ce que je veux faire. Certains artistes aiment avoir l’attention portée sur eux, ce n’est pas mon cas. Je préfère être derrière un micro et chanter.

Tu te caches derrière tes textes ?

Sélia : Oui écrire est comme une thérapie. Des chansons, des poèmes, des histoires… Ça permet de se livrer sans forcément raconter toute sa vie et rentrer dans les détails. On peut parler de l’histoire de quelqu’un d’autre aussi, essayer de toucher les gens parce qu’on n’a pas le même vécu. S’identifier ou se sentir concerné par les paroles d’une chanson est hyper important. C’est pour ça que j’essaie d’écrire quelque chose qui me ressemble. Je pense d’ailleurs que mes textes sont plus pour les filles, les femmes, pas pour les hommes… Écrire est une forme de vengeance, ou quelque chose de positif.

Une vengeance sur quoi ?

Sélia : Sur tout, des choses qui se sont passées… On voudrait dire « je suis encore là, je suis assez forte pour pouvoir écrire, chanter… » et parfois au contraire écrire que tout va bien.

Quels thèmes abordes-tu dans tes textes ?

Sélia : À peu près tout : l’amour, l’amitié, plein de choses. La famille c’est ce qui me touche le plus. Mes parents ont divorcé quand j’étais toute petite, du coup j’écris – pas pour les réunir – mais plutôt une histoire qui correspond aux deux, sans forcément qu’ils le sachent parce qu’à l’écoute de la chanson, on ne peut pas deviner que c’est pour ses parents…

Sélia
Sélia « Realize »©Olivier Maynard
Quelles sont tes influences musicales ?

Sélia : Bob Marley, parce ce que mon père était fan, j’ai été bercée avec et tout ses textes sont encore d’actualité ! Amy Winehouse j’aime beaucoup, Ella Fitzgerald, Nina Simone, le rap américain… En fait, je peux écouter n’importe quoi, tant qu’il y a des textes intéressants. Mais ce qui m’a vraiment donné envie de chanter c’est Bob Marley et Amy Winehouse. Ed Sheeran aussi parce que ses textes sont magnifiques, je l’ai vu deux fois en concert.

Comment te vois-tu dans dix ans ?

Sélia : Ouh la, c’est long ça ! Dans dix ans ? [elle réfléchit] J’espère que je ferai encore de la musique. Avant-hier, je pensais à ça en discutant avec une amie et je me disais : « Est-ce qu’à 70 ans je chanterai encore ? Est-ce que j’aurai la même voix ? ». En fait, ce n’est pas possible autrement. Je continuerai à faire de la musique, même si c’est chez moi, même si ça ne marche pas, je n’arrêterai pas ! Mais pour l’instant je ne pense pas à plus tard…

David : Ben moi j’ai pris la première traite de la Ferrari, alors y’a pas le choix, faut que ça marche ! [ils rient en cœur]

J’ai l’impression que plus qu’un producteur, David est un mentor pour toi, non ?

Sélia : Oh oui, je l’appelle “Uncle Dave” !

À noter : Sortie imminente du premier EP « REALIZE », stay tuned!

Pour découvrir l’univers de Sélia

Page Facebook de Sélia
Toutes les infos sur le site de David Taylor : taylortrip.com

Sélia interprète le titre « Mister Soul » dans ce showcase pour Grizette.

David Taylor vient de la communication, le design et le graphisme. Musicien et chanteur à ses heures, en 2010, il gagne le Mobile Film Festival à Paris et la bande originale plaît. Il réalise ensuite « Ned », un court métrage auto-produit, et se fait remarquer encore pour la musique qu’il a composée. Il décide de se consacrer pleinement à la musique sur les conseils d’un compositeur de chez Ubisoft à Montpellier. Pendant cinq ans, il apprend alors les prises de son, la réalisation, le mixage, il fait la connaissance de musiciens, de photographes, se fait un réseau dans la région et sur Paris, dans la musique et le cinéma. Sa rencontre avec Sélia et cet EP « Realize » est une première étape dans sa nouvelle carrière artistique.

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