Sandrine Planchon, créatrice d’HobbyStreet

3090
Bonjour Sandrine, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

J’ai 28 ans, originaire de Montpellier, j’habite en Lozère et je suis la créatrice et cofondatrice de HobbyStreet, une nouvelle start-up sur Montpellier.
Je ne suis pas du tout de l’entrepreneuriat à l’origine, je suis manipulatrice radio de formation, j’ai travaillé à l’hôpital pendant pas mal de temps. Et à côté de ça, depuis 15 ans, je suis directrice d’animation avec les enfants : je prends des jeunes (et moins jeunes) en animation, en colo, en week-end, pour les faire sortir des territoires, et c’est d’ailleurs pendant ces animations-là que m’est venu, en partie, le projet HobbyStreet.

Alors justement, quel a été le déclic ?

Il y en a eu deux. Quand je pars en colo avec les jeunes, je me rends compte qu’ils sont tout le temps en demande de découvertes et de rencontres, surtout humaines, avec des gens et des savoirs-faire.
Le deuxième déclic, c’est lorsque j’ai eu envie de faire des macarons. Ça a été un échec cuisant, on peut le dire ! Malgré pas mal de kilos de sucre et de farine, je n’y suis pas arrivée. J’ai fini par me tourner vers la meilleure personne qui pouvait m’apprendre : mon pâtissier ! En discutant avec lui, je me suis rendue compte qu’il pouvait avoir assez régulièrement ce genre de demandes, en stage, atelier… C’est là que m’est venue l’idée : pourquoi ne pas croiser les professionnels qui ont un savoir-faire avec des gens qui ont envie d’apprendre ?

Comment l’idée a-t-elle été accueillie par les professionnels ?

Très bien, parce que les professionnels – artisans ou commerçants – avec un point de vente, ont besoin de créer du trafic, de trouver de nouvelles solutions pour continuer à attirer les clients, les produits ne suffisent plus. Alors pourquoi ne pas se servir de l’éducation et du partage du savoir-faire pour les faire venir ? C’est la solution qu’on propose, qui est facile à mettre en place et qui ne leur coûte rien, HobbyStreet s’occupe de la partie “pénible” (communication, organisation, billetterie, réservations).

Prendre un refus n’est pas un échec ! Sinon, c’est compliqué d’entreprendre !

HobbyStreet, qu’est-ce que c’est ?

C’est un site Internet sur lequel tu peux trouver des ateliers pour apprendre à faire tout ce que tu veux, auprès de tes artisans de quartier : de la pâtisserie avec ton pâtissier, de l’ébénisterie, de l’art floral, de la photographie… Pour les professionnels, c’est un service clé en main d’organisation, de promotion et de vente d’événements.

Comment s’est passé le lancement de cette entreprise ?

Moi j’habite en Lozère, le département tout au nord du Languedoc-Roussillon, celui qu’on oublie souvent (rires) et j’ai commencé à y tester le concept. Ça a démarré avec mon cercle personnel d’artisans, et au fur et à mesure, avec le bouche à oreilles. Là, on est en train de faire la même chose sur Montpellier, donc on démarre juste avec une dizaine d’artisans – un seul par activité – et on agrandit petit à petit dans le centre-ville.

Tu t’es fait aider par des structures locales ?

Ah oui, il faut se faire aider ! C’est très dur d’entreprendre tout seul. Parce que ça se joue beaucoup sur le réseau, on en a énormément besoin. Et puis on ne naît pas entrepreneur. Il y a beaucoup d’écoles qui nous forment à créer des entreprises, mais créer une entreprise et être entrepreneur, c’est bien deux choses très différentes. Créer une entreprise, c’est le côté pratique, juridique, comptable. Être entrepreneur, c’est un état d’esprit qui n’a rien à voir avec ce qu’on apprend à l’école, encore aujourd’hui : c’est trouver la motivation le matin pour faire ce qu’on a envie de faire, comment le faire, trouver la motivation pour passer à l’action, comment passer à l’action, bien s’entourer… Ce ne sont pas des choses que l’on apprend, donc il faut bien se faire aider par des structures locales, c’est très important. Il y a beaucoup de réseaux en Languedoc-Roussillon pour accompagner les entreprises. Moi, je me suis fait accompagner au début par Lozère Développement (l’agence économique du Département), puis par des réseaux montpelliérains, et aujourd’hui par des réseaux parisiens.

Est-ce que tu as eu des blocages, des hésitations au début de cette aventure ? Comment les as-tu surmontés ?

Alors, des hésitations, s’il n’y avait que celles quand on se lance, ce serait juste génial ! (rires) Mais y’en a tous les jours ! Et des blocages aussi… Justement, ça fait partie du jeu.
Dans l’entrepreneuriat, on construit, on a un blocage, on déconstruit, on recommence, on teste, et ainsi de suite. C’est notre travail toute la journée quand on monte un projet.
Des blocages, j’en ai eu plein : moi, je suis jeune maman, mon mari est chef d’entreprise lui aussi, et rien que ça, c’est déjà des blocages ! Si on s’arrête à ça, on ne fait jamais rien. Tous les jours, il y a plein de petits problèmes, et plus on grossit, plus il y a de problèmes de toute façon… Le jeu, c’est de garder les bonnes priorités en tête et ne jamais s’arrêter d’être actif, malgré ces problèmes-là. C’est ça être entrepreneur !

Quand j’ai peur de quelque chose, d’une action, je pense rapport bénéfice/risque !

C’est compliqué d’entreprendre, mais ce qui fait la différence entre l’entrepreneur qui réussit et celui qui échoue, c’est sa capacité d’exécution justement, continuer d’exécuter malgré les problèmes, continuer d’avancer.
Il y a plein de blocages : la peur d’abord. Parce qu’on est dans une culture où l’échec fait peur, c’est un blocage psychologique et personnel qu’on a tous. Moi, j’ai un petit plus par rapport à ça, venant du monde médical : quand on reçoit un patient aux urgences, avant de faire quoi que ce soit, on pose toujours le rapport bénéfice/risque. « Est-ce que si je fais ce geste sur le patient, j’ai des chances d’améliorer son état ou de le diminuer ? ». J’applique ça au quotidien : quand j’ai peur de quelque chose, d’une action, je pense rapport bénéfice/risque ! Quand je dois aller vers quelqu’un que je ne connais pas… Je me dis : « ok, je ne le connais pas, mais il ne va pas me tuer, me lancer des tomates ou me jeter du toit ! Où est le risque ? Y’en n’a pas ! » En bénéfice : je peux faire une nouvelle rencontre, créer du réseau, arriver à lui faire entendre ce que j’avais à lui dire… Je fais ça toute la journée, ça permet de lever les peurs de l’échec, qui sont souvent infondées. Prendre un refus n’est pas un échec !

Tu disais tout à l’heure que tu étais maman et que c’était un blocage possible… Quels sont les avantages et les inconvénients d’être une femme qui entreprend ?

Il y a aussi beaucoup d’avantages à être femme entrepreneur, parce qu’on cherche à les mettre de plus en plus en avant, on les aide, donc il faut en profiter.

Alors c’est vrai qu’il y a des avantages et des inconvénients. En ce qui me concerne, être femme entrepreneur n’est pas un problème pour moi. Ça vient plutôt de l’extérieur, c’est sociétal.
Être une maman entrepreneur demande de l’organisation, tout autant que pour mon mari en tant que chef d’entreprise et papa. J’ai pas envie de faire de différence là-dessus, on est un couple entrepreneur/parent. On s’organise tous les deux, ça demande plus de travail c’est certain. Mais je sens dans mon quotidien d’entrepreneur que le fait d’être une femme, j’ai pas encore la même image, notamment dès qu’on touche au business pur et dur, au financier, je sens qu’on n’a pas forcément le même regard, la même crédibilité, que lorsqu’on est avec un associé homme par exemple. Ça ne m’empêche pas d’avancer, heureusement !
Après il y a aussi beaucoup d’avantages à être femme entrepreneur, parce qu’on cherche à les mettre de plus en plus en avant, on les aide, donc il faut en profiter. Il y a plein de choses à faire pour les femmes dans l’entrepreneuriat. C’est une “discipline” qui correspond aussi très bien aux femmes, même en étant maman, chef de famille. D’autres métiers sont bien plus compliqués à gérer quand on est maman : militaire, médecin, avocat… Elles travaillent autant. Alors pourquoi autant d’histoire autour de l’entrepreneuriat féminin ? Mais ces femmes-là qui ne sont pas entrepreneur au sens “professionnel”, parce qu’elles le sont sur le plan personnel, ça ne les empêche pas d’avancer…

Et lorsqu’on est une “jeune” femme ? Il faut faire ses preuves ?

C’est vrai. Mais là, cela n’a rien à voir avec le fait d’être une femme ou un homme… Quand on est une jeune entreprise, on passe par la nécessité de convaincre. Et lorsqu’on est une jeune personne qui porte un jeune projet, ça rajoute encore plus ! Moi, je me suis mis toutes les cartes : jeune, femme, maman, j’ai tous les atouts en main ! (rires) Dans tous les cas, quand on démarre, on passe nos journées à convaincre ! Donc finalement, devoir le faire davantage parce qu’on est une jeune personne, ça ne change pas beaucoup plus !

Si tu passes tes journées à convaincre, c’est en partie aussi parce que ton projet est novateur. Est-ce que tu as une manière de stimuler ta créativité pour sortir des sentiers battus ?

Une manière, je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut rester très ouvert, l’inspiration vient de tout et n’importe quoi, et de n’importe qui d’ailleurs. Pour rester créatif, il faut être capable de prendre tout ce qui passe : une rencontre, une couleur dans la rue (pour mon site Internet par exemple, parce que sur le moment, elle a stimulé quelque chose en moi)…
Il faut être capable de rester très “focus” et très ouvert, et ça, c’est une balance difficile, parce qu’il ne faut pas non plus se laisser disperser par n’importe quoi et malgré tout rester bien concentré.
Et il faut surtout être très proche humainement de ses clients, des gens avec qui on travaille. Moi, je suis obligée de convaincre, mais je ne vois jamais ça comme un rôle commercial. On n’a pas de commerciaux chez nous, on est vraiment sur le terrain au contact de nos clients et tout se fait par des discussions, des échanges et des rencontres, pour l’instant en tout cas. Et c’est très important de démarrer comme ça. Le rôle du commercial, viendra bien plus tard.

Est-ce que tu as des conseils pour celles et ceux qui auraient cette tentation de “créer sa boîte” ?

Alors j’en ai plusieurs. D’abord, on dit qu’il faut aller très vite, mais il y a des stades qu’il faut passer, il ne faut pas voir trop gros trop vite. Il vaut mieux savoir commencer local, petit. Tout part de là, c’est vraiment très important.
Le deuxième, c’est de rester “focus”, parce que dès qu’on rentre dans le milieu de l’entrepreneuriat, on rencontre beaucoup de gens, on est très pris, et en plus on veut tout faire. Il faut vraiment rester focus sur les actions qui vont te faire avancer et ce que tu dois faire au quotidien, c’est ce qui est très difficile.

Il ne faut pas voir trop gros trop vite. Il vaut mieux savoir commencer local, petit.

Le dernier conseil, c’est « lance-toi, soit actif ! ». Entreprendre, ça veut dire être actif. Parce qu’on se fait souvent avoir, quand on est entrepreneur : il y a cette peur de l’échec dont je parlais tout à l’heure, qui est très forte, très présente. Du coup on a tendance à facilement monter des business plans derrière un ordinateur, sur du papier, c’est hyper rassurant… On se confronte à rien, ni au client ni au monde, on ne teste jamais son projet. Sauf que la seule chose qui fait avancer, c’est ça ! C’est d’aller dans la rue, confronter son projet, son produit, se casser la figure et recommencer ! Et si on ne passe pas cette phase d’hyper-action en permanence, on ne peut pas avancer. Mais c’est difficile de passer à l’action… Donc il faut se sortir de son ordinateur, des colloques, des meet-up et passer à l’action ! Et pour ça, il y a des méthodes assez sympas, comme par exemple de se fixer des objectifs à la semaine, avec des actions concrètes. Toutes les semaines, tu dois avoir fait une action concrète pour ton projet. Parce que sur un mois ou des périodes plus longues, on repousse tout le temps, et on ne le fait jamais. Les objectifs à la semaine, ça c’est un truc qui marche très bien !

Quels sont tes prochains défis et comment vois-tu l’avenir pour ta société ?

HobbyStreet vient juste d’ouvrir sur Montpellier avec une dizaine de professionnels. Les prochains défis sont de faire grossir ce volume, renforcer l’équipe, attirer d’autres personnes avec nous. Et à plus ou moins long terme, d’être ailleurs que Montpellier : on entame déjà sur Paris, sur Toulouse et puis les autres grandes villes françaises…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here