Le pornfood épinglé par Miss Cactus

1983

LE BILLET DE
mauvaise
HUMEUR

pornfood
© Dafne Saporito

Avec cette très mauvaise habitude que nous avons de croire que tous nos faits et gestes méritent d’être immortalisés, et l’invasion concomitante des émissions de cuisine, le pornfood a envahi les réseaux sociaux. L’idée générale étant de nous faire fantasmer en matant de la nourriture. Trois péchés pour le prix d’un : gourmandise, luxure et envie !

Les “hardeurs” de la bouffe nous inondent ainsi, dans le meilleur des cas, d’images aussi bien léchées qu’un cornet de glace sur une plage de La Grande Motte.
Le pornfood chic aligne un éblouissant et sensuel plat de grand chef étoilé, auquel succède un appétissant gâteau croulant sous la crème fouettée, suscitant potentiellement en nous le désir sauvage de dévorer tout cru l’objet de notre gourmandise.

Malheureusement, tout le monde n’a pas le don de rendre sexy une côtelette de porc ! Et le pornfood devient vite aussi indigeste et insipide qu’un mauvais film X. Du coup, on se tape le jambon-purée préparé pour la soirée télé, les fascinants préparatifs de la fondue savoyarde du samedi soir, postés à 7h du mat’, et les petits-déjeuners pantagruéliques des filles curieusement filiformes.

En réponse aux montagnes de crêpes confiturées qui dégoulinent sur les écrans, spécialement le dimanche après-midi, le mateur bon client se sent obligé d’ instagramer en retour son paquet de Granola saveur caramel, espérant recueillir un commentaire de type « Yum Yum ! » ou juste la compassion condescendante des fines cuisinières, propriétaires épanouies d’un robot thermocuiseur dernière génération, dont l’utilisation concurrence apparemment celle du vibromasseur !

Ces photographes vicieux et cruels ont-ils pensé un instant à la fille au régime courgettes-vapeur, et au garçon qui tente de se remettre d’une overdose de foie gras après les Fêtes ? Ou juste à celui qui se tamponne le coquillard de savoir ce que ses copains ont mangé au goûter ?

Nous sommes légion à n’en plus pouvoir de cette invasion foodesque, et à être prêts à supprimer nos comptes, à bloquer nos amis, seule riposte possible à ces provocations incessantes. À force de vouloir nous transformer en voyeurs alléchés, ils ont juste réussi à nous écœurer !!

Toutes ces images destinées à nous faire baver devant les courbes charnues d’une religieuse au chocolat ou l’indécente raideur d’une saucisse de Toulouse nous feraient presque regretter le bon vieux temps de l’argentique. Ce temps où personne n’aurait songé à organiser une soirée diapo “ma soirée chez Flunch”, ou à photographier son café crème du matin, à aller faire développer la pellicule, et à montrer la photo à tout le quartier.
Parce que les plaisirs de la chair, c’est comme le porno, ça peut être convivial ou solitaire, mais c’est surtout très personnel !

Illustration Dafne Saporito

À voir

Une entreprise suédoise bien connue a publié en août 2016 une vidéo sur le pornfood, mais version XVIIIe siècle !

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