La vie de flic telle qu’on la voit sur les chaînes de la TNT ne reflète que modérément la réalité. Les femmes qui portent l’uniforme et servent sous les drapeaux ont des « cojones » et un gros cœur.
Grizette est partie à la rencontre de deux d’entre elles à l’hôtel de police de Montpellier, et d’une jeune sortie de l’école de Nîmes, pour percer ce qui les anime.

Les séries T.V. n’ont de vrai que la fiction. Des histoires romancées qui n’ont de réel que les faits divers parfois abordés. Et quand les femmes sont sur le devant de la scène, le scénario est tout autre.
Ici, pas de Julie Lescaut en goguette. Christelle Cabot, major et chargée de communication, 22 ans de service, a pris « conscience de la réalité » lorsqu’elle a été débarquée dans sa première affectation. « Je suis ici par vocation ». Même rengaine du côté d’Aurélie Legrand, 34 ans, sortie de l’école de police de Nîmes il y a deux ans et affectée à Drancy dans le 93 à police secours. Elle veut « aider les gens ». Et puis il y a Christine Aguilera, à la tête du service de commandement. Tout l’art de son job dans la « boîte » consiste à piloter les actions des brigades déployées sur le terrain, soit des centaines de personnes.
Trois destins de Femmes et flics qui côtoient la (triste) société au plus près. « On en touche la face la plus sombre. J’ai découvert le visage de l’humanité et quand on est jeune, ça fait un choc » assure Christelle. De son côté, Aurélie a fait cinq ans en tant qu’ADS (adjoint de sécurité). Une expérience qui lui avait mis le pied à l’étrier avant d’entrer en formation. « Je n’ai pas de déconvenue particulière quant à ma mission depuis mon arrivée, j’avais déjà un peu le pied dedans. En revanche, je sais que les collègues un peu plus âgées regrettent parfois le temps d’avant ».

Valeurs

Une pensée que confirme Christine. Sous son casque de blondeur, elle a le même prénom que la chanteuse. Le côté bimbo en moins, même si elle porte quelques bracelets violets avec sa tenue qui lui tient à cœur. « Servir la République, c’était ma vocation », confie-t-elle.

« On n’exerce pas la profession pour la sécurité de l’emploi. Il faut avoir des valeurs telles que l’honnêteté, le courage et l’intégrité ».

Le discours semble être policé mais après avoir passé deux jours là-bas, je peux vous garantir qu’il faut avoir les épaules larges. Déjà parce que le gilet pare-balles pèse une tonne. Et qu’en général, les voyous adorent taquiner les filles. Une petite insulte par-ci, un compliment par-là… Tout semble fait pour les déstabiliser. Sauf qu’elles ont une arme secrète. Elles ont les chromosomes XX et ça fait toute la différence, « elles sont plus patientes », confie un alter ego masculin. Peut-être plus sensibles ? Un atout souvent revendiqué mais qui tombe face à l’argument d’Aurélie « je vois des filles qui font des pépètes mais moi ce n’est pas mon cas ». Elle dégaine volontiers un langage de charretier. Et quand elle se retrouve face aux délinquants, elle ne baisse pas les armes. « Il faut se protéger ».

Se blinder

Quand elle rentre chez elle, elle passe la porte sans encombre. « Si on commence à penser aux drames quotidiens, on ne vit plus ».

Christelle enchaîne « moi, j’avais tendance à ramener les choses à la maison. Mais au final, on est obligé de se blinder. La réalité est souvent sordide. J’ai eu la chance d’avoir une femme collègue à mes côtés au début et je débriefais. Ça me faisait du bien et j’arrivais à me détacher. Elle relativisait tout ». Sauf que pour ses enfants, Christelle a peur. « On voit tellement de choses, alors je leur dis ne sortez pas vos portables en pleine rue. Je les conseille. Mais au final, on est bien obligé de les laisser vivre ». Et dans son rituel, après une journée bien chargée sur le terrain, dès le pas de la porte passé, elle nettoyait son uniforme. « C’est psychologique ». Pour Christine, se laver les mains en rentrant chez elle, c’est le passage obligé pour marquer la limite et passer le seuil.

Code d’honneur

De l’autre côté des murs, se jouent des scènes. Souvent théâtrales. Et les rôles sont parfaitement définis. Le Major Aguilera, à la tête du service de commandement, pointe le bout de son nez à l’accueil pour tenter d’expliquer pourquoi telle plainte ne peut être déposée ; parce que « c’est du contraventionnel ». Un terme que le public ne perçoit pas. « Moi, je travaille avec le code » affirme-t-elle. Les acronymes s’enchaînent et elle part souvent prêter main-forte à ses collègues : violence, décès, accidents, incendies. Elle paraît sans faille et on ne lui taperait pas dans le dos comme ça. Une image qu’elle tient à donner mais avoue sans concession « avoir du mal avec l’odeur des macchabées ». Deux jeunes qui squattent la piscine d’un hôtel quatre étoiles depuis trois jours sont amenés au poste. Elle leur fait la morale. Pas vraiment envie de replonger… Et encore, ça c’est de la bobologie sociale. « L’humour aide à tenir ».

Horreur

Des situations qu’elles ont du mal à accepter. « En tant que maman, ça nous chamboule. Mais je n’aurais pas pu bosser à la brigade des mineurs ».

Souvent l’horreur des drames s’invite. Et ces faits, ça ébranle… ou pas. Avec leurs caractères forts, elles passent avec bravoure les atrocités de la vie. Mais il y a un thème qui revient à chaque fois et qui les touche : les enfants. On ne touche pas aux pitchouns.

Christelle se souvient avec émotion d’une de ses premières missions. « Une femme décide de quitter le domicile conjugal. Elle sort par l’ascenseur en verre. Son conjoint, tellement furieux et hors de contrôle, a alors jeté leurs jumeaux par la fenêtre ».
Mais la fierté de servir la République et de porter l’uniforme est plus forte que les atrocités qu’elles côtoient. « Je le fais reprendre par une couturière » assume Christelle pour parler chiffon et dégoupiller ses affres.

Pas d’impasse non plus sur le maquillage ni les bijoux. La boîte semble changer de mentalité mais « ça reste un métier de mec » selon Aurélie. Pour preuve, les blagues lourdingues qui sont faites quotidiennement aux nanas pourtant en treillis. Au sein de l’hôtel de police règne un esprit de famille. Les horaires décalés, les mêmes histoires à raconter, la même frénésie devant les missions et la plupart des femmes épousent un homme de leur rang. Autrement dit, un collègue. Mais être deux flics sous le même toit nécessite une bonne gestion des agendas.

Sacrifiée

« Le problème c’est que nous devons être une bonne mère, une bonne épouse, et ultra performante dans nos missions » souligne Christelle.

Ce qui pousse parfois à des sacrifices. Elle-même a quitté la brigade des stups (ses meilleures années au sein de la boîte, c’était la première femme à intégrer cette brigade en France), pour assurer le quotidien de la maison en intégrant un autre service. « J’en ai voulu à mon mari, mais mes enfants avaient besoin de présence. On se heurte aux problématiques familiales et on fait des choix », avance-t-elle. Mais pas d’amertume toutefois, elle a trouvé un compromis avec son époux et est finalement heureuse d’avoir œuvré en ce sens, il y a quelques années. Du côté de Christine, son époux a opté pour le poste de commandement de nuit, et elle de jour. « On se croise »…

Immersion
© LaLu

Sexiste la police ?

Le ventre rond, Aurélie annonce fièrement à son major (homme) qu’elle est enceinte, il y a cinq mois. Réponse cinglante : « vous faites chier avec vos problèmes de filles »…

C’est vrai que sur les anciennes générations, le problème persiste « on m’a demandé combien j’avais de chiards et si je comptais en faire d’autres » ajoute Christelle. Misogynes les bleus ? « Non, pas tous », note avec humour Aurélie. Quant à Christine, elle a subi le harcèlement sexuel d’un de ses chefs. « Il faisait des allusions, et est passé aux menaces voyant que je ne cédais pas ».
Après avoir alerté sa hiérarchie, elle a été obligée de changer de commissariat. Un comble. « Ce métier nous forge le caractère », déclare Christine.

Rôles

Cantonnées à leur service respectif, elles affirment « être des assistantes sociales plus que des flics tant les victimes s’accrochent à nous ». Un rôle qu’elles prennent à cœur, même si à l’unisson elles clament qu’il faudrait plus de moyens pour éviter de voir les mêmes visages squatter au poste. Aurélie est désormais interdite de garde à vue. Trop risqué pour son futur bébé. Christelle adore son poste mais se verrait bien retourner sur le terrain. Quant à Christine, elle s’interroge sur la société en pleine mutation.
« Il n’y a plus le respect de l’uniforme » assure-t-elle avec une pointe d’animosité.
On pourrait dire que ces drôles de dames ont des mains de fer dans un gant de velours. Féminines, elles portent l’uniforme avec gageure, force, candeur et foi.

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