Keltoum : confidences à la maison

Un petit bout de femme qui dégage une force énorme. C’est la dualité de Keltoum. En pleine promo de son premier EP éponyme, la chanteuse montpelliéraine nous reçoit dans son salon pour un showcase en toute intimité. L’occasion de capter quelques confidences d’une étoile montante, en pleine ascension dans le ciel neo-soul. 

Keltoum, de Paris à Montpellier, racontes-nous ton parcours…

Depuis ma naissance ? (rires). J’ai habité Paris mais je suis Montpelliéraine. Mon côté artistique s’est développé très jeune. Je faisais beaucoup de danse, à l’école et dans un centre agréé où l’on participait à un spectacle chaque année. Vers l’âge de 17 ans, j’ai monté un groupe avec ma sœur – qui chante elle aussi – car je commençais à écrire des chansons. Là, c’est devenu plus concret. On était même soutenues par une radio locale. Ensuite, j’ai suivi des études d’économie car mes parents tenaient à ce que j’ai un diplôme.

Tu as baigné dans la musique grâce à ton papa musicien. Quels genres musicaux ont construit Keltoum ?

Oui c’est une histoire de famille. Mes parents sont originaires d’Oran en Algérie, c’est le berceau de la musique, de la danse. Alors quand j’était petite, j’avais l’habitude d’entendre du oud et de la derbouka. J’ai baigné dans cette ambiance-là. Mes parents ont découvert la variété française en arrivant en France, puis la variété américaine. Mon père était fan de James Brown, de Michael Jackson et Johnny Hallyday… Du coup, j’ai grandi avec cette triple culture, toutes ces influences et cette ouverture à la musique. Cela donne des goûts assez éclectiques, qui vont du soul à la pop, à la house, en passant par l’électro. J’aime bien avoir des sonorités électro dans mes compositions.

L’écriture te vient plutôt de ta maman…

Mon grand-père paternel écrivait des poèmes et des chansons, ma mère était son scribe. Elle a aussi la passion de l’écriture et me l’a transmise à l’adolescence. Moi aussi j’ai commencé par des poèmes. De temps en temps, j’écris. Pour moi. Sans forcément que cela devienne des chansons.

Keltoum
Keltoum ©DR
On t’a prénommée Keltoum, en hommage à Oum Kalthoum, la chanteuse iconique égyptienne ? 

Je ne sais pas, peut-être. En tout cas, c’est le prénom de ma grand-mère. Dans la tradition africaine, c’est courant de donner le prénom des grands-parents. Il se trouve que c’est une grande chanteuse de musique orientale classique. Je me dis que cela fait écho…

Tes origines tiennent une place importante dans ton univers musical ? 

Je ne m’en rends pas compte, mais on me dit que parfois mes vibes sont arabisantes. C’est vrai. Mais comme c’est naturel chez moi, je ne calcule pas ce côté oriental qui ressort inconsciemment. Cela fait partie de mon identité.

Comment est né ce projet, le premier à te faire envisager la musique comme une voie professionnelle ?  

C’est un sujet un peu sensible… C’est au moment où j’ai perdu mon papa. Ne pas être allé plus loin dans la musique, était son plus grand regret. La même année, je me suis séparée de mon fiancé. Alors je me suis dis que dans la vie, il fallait faire ce que j’avais envie de faire. Il faut vraiment se réaliser, faut pas attendre. Ce qui explique que lorsque j’ai repris la musique, je voulais le faire à fond, de manière professionnelle. En plus, ça me rend heureuse !

Dans la vie, il faut vraiment faire ce que l’on a envie, se donner les moyens et croire en soi, se faire confiance.

Ce projet-là (son EP « Keltoum », ndlr) est né fin 2015 début 2016. Entre le moment où l’on commence à avoir l’idée, la création, l’écriture… J’ai rencontré Kiwi Records qui a été un accélérateur dans mon projet. C’est moi qui produit tout, mais on a fait les maquettes ensemble. Je n’avais pas l’idée, au départ, de faire un EP. Je voulais surtout structurer mes compositions, organiser mes répétitions, les concerts… ils m’y ont aidée. Puis ils m’ont encouragée à faire l’EP. Les maquettes étaient là, on avait déjà joué avec les musiciens, on était rodés. En quelques mois, j’étais en enregistrement.

Ce sont les coups durs qui t’ont aidée à te réaliser ? 

On traverse tous des moments difficiles. Il faut se donner les moyens de réussir. Dans la musique ou ailleurs. Quand on veut quelque chose, il ne faut pas se mettre de barrière. J’ai hérité de la combativité de ma mère, je ne lâche jamais rien. Je fais les choses jusqu’au bout pour ne jamais regretter. Cela prend du temps de se faire confiance, on hésite. L’EP est le résultat de cette maturation, j’ai fini par me dire que je pouvais y arriver.

Keltoum
Keltoum – 1er EP ©DR
Tu es chanteuse, auteure, compositrice. Comment as-tu travaillé les morceaux de cet EP « Keltoum » ?

Cela dépend. La première chose peut être une mélodie, qui va me faire sortir des mots en anglais, sans trop savoir pourquoi. Cela peut aussi être une idée de basse, ou des accords au piano, d’autant que je m’y suis mise plus sérieusement. J’ai aussi commencé à prendre des cours de chant, avec Pascale Gauthier, professeure à l’école du JAM, à Montpellier. Ce que je ne faisais pas avant puisque j’étais complètement autodidacte.

Chanter exclusivement en anglais, c’est ton parti pris ?

C’est un choix artistique. Avant l’EP, je ne chantais qu’en français, sauf quand on me le demandait. Par rapport au style, je trouve quand même que ça sonne mieux en anglais. Peut-être que j’essaierai de le faire en français mais ça ne rend pas pareil. L’anglais permet aussi une ouverture à l’international, pour toucher plus de personnes. Je passe notamment sur des radios à Londres. Alors soyons-fou, rêvons mondial !

Tu es bilingue ? 

Non mais je me débrouille bien. Je suis partie deux mois en début d’année aux États-Unis, on m’a dit que j’avais un très bon niveau, ça m’a réconfortée. Je suis partie pour me perfectionner et être plus “fluent” (rires).

Keltoum, si tu pouvais avoir l’artiste de tes rêves comme mentor, qui ce serait ?

C’est compliqué (elle réfléchit… longuement)… Bon si je devais choisir parmi les artistes que j’ai le plus écouté, ce serait Erykah Badu et Jill Scott.

Ton premier EP « Keltoum » sorti le 30 mars 2018, porte ton nom. Une invitation à entrer dans ton univers ?

Je cherchais un titre. Je me suis demandé comment qualifier cet EP. Il s’agit d’un rendez-vous, d’une présentation. Alors, voilà. C’est Keltoum. En plus ce n’est pas très connu, ça donne de la visibilité à ce prénom (rires).

Tu chantes l’amour dans le couple, à travers la complexité des sentiments. Tu parles en connaissance de cause ?

J’observe beaucoup. Ce ne sont pas forcément que mes histoires, même si c’est très très inspiré… Il y a une forte empreinte personnelle, mais ce sont aussi des thèmes avec lesquels je me projette dans les histoires des autres. Et je me dis que quelqu’un a forcément, à un moment, lui aussi rencontré cette même situation. De toute façon, l’amour est universel ! Misunderstanding est plus perso, j’y parle de ma séparation. Why why why est plus généraliste. La chanson dit que lorsqu’on rencontre quelqu’un, il y a une alchimie qui se passe, sans que l’on puisse l’expliquer. Ça raconte le feeling, le ressenti, sans explication rationnelle, « I don’t know why ».

Qu’elles seraient les différences entre la façon qu’a une femme de chanter l’amour, par rapport à un homme ?

Je ne vois pas vraiment de différence, et je ne me pose pas la question de savoir si j’ai une écriture de femme ou d’homme. Un homme est peut-être plus pudique.

Ce qui m’étonne beaucoup, c’est qu’il y ait peu de femmes dans la musique. Pas assez en tout cas. On pourrait penser que l’art étant un milieu plus ouvert d’esprit, on pourrait avoir plus de femmes. Au final, la plupart des musiciens sont des hommes et les choristes des femmes. Il faut s’imposer davantage et se faire respecter.

D’autres thèmes que tu voudrais aborder dans tes futurs textes ?

J’avais plus de huit chansons prêtes, il a fallu faire des choix pour ne garder que cinq titres. J’en ai deux autres plus centrées sur la confiance en soi, le fait de se réaliser, d’oser avancer et faire ce que l’on veut. Elles seront sûrement sur l’album à venir…

Pourquoi avoir choisi le morceau « Choose » pour le showcase ?

J’avais hésité entre Choose et Stop to play, deux chansons que j’adore jouer. Cette chanson parle de moi, dans l’interprétation on sent, on entend des choses. C’est par celle-ci que je voulais que vous m’écoutiez.

Des nouveautés à nous confier ?

Je me sens libre et épanouie !

Le clip du morceau I showed you the way, réalisé par le génial Bastien Sablé, vient de sortir, publié sur le site Longueur d’Ondes. Il est tourné à Montpellier, avec des plans extérieurs. Cette fois, je sors du Studio B612, contrairement au clip de Why Why Why. Il est très coloré.

J’ai aussi une grande nouvelle ! J’ai été sélectionnée par le tremplin Talent Search, de radio Clapas pour faire l’opening du festival World Wild Festival à Sète, le 29 juin 2018. Je suis trop contente ! Il y aura plus de 10 000 personnes, des stars internationales, des artistes de fou… le tout orchestré par Gilles Peterson, le DJ anglais ultra connu. Je suis aussi invitée par VINX – un immense artiste américain qui vit vers Carcassonne – à participer au Festival des Sérénades à Chalabre dans l’Aude. Il avait organisé ce festival l’an dernier en invitant tous ses copains, une sorte de grand jam où se rencontrent plein d’artistes. De toute façon, la musique, ce n’est que des rencontres. Je pense que j’y jouerai quelques chansons de l’EP, et d’autres choses que j’improviserai aussi. On va travailler pour ça. C’est juste amazing !

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Prochaines dates

Un grand merci Keltoum de nous avoir accueillis chez toi pour cette session acoustique.

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