lundi 5 décembre 2022
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Emmanuelle Begue – Faire simple

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Emmanuelle Begue s’est lancée dans une belle aventure en créant un concept store zéro déchet qui porte le non de Faire Simple ! Tout un programme qu’elle détaille dans l’interview qu’elle nous a donnée dans son accueillante boutique à Montauban.

Faire Simple c’est quoi ?

C’est un “vrac social club”, c’est-à-dire qu’il y a une épicerie vrac zéro déchet avec de l’alimentation, du frais, des fruits et des légumes. Le tout sans emballage. Il y a également des produits d’entretien, des cosmétiques et aussi un espace « papote », un petit espace de rencontres pour participer à des ateliers ainsi qu’une boutique éco-responsable où l’on va trouver tout un tas de petits cadeaux durables et des produits faits en France.

Quels types d’ateliers proposez-vous ?

Il y a différents ateliers auxquels on peut venir assister, ça va de l’atelier « faire soi-même » où l’on apprend par exemple comment fabriquer sa lessive, au café-débat autour des économies d’énergie. Il y a également des personnes extérieures qui font des interventions comme des diététiciennes par exemple, qui viennent expliquer comment consommer des légumineuses ou comment manger végétarien en gardant une alimentation équilibrée.

Comment est née cette idée Emmanuelle Begue ?

Je suis assez sensible à l’écologie depuis très longtemps, j’ai notamment pratiqué le surf sur l’île de la Réunion d’où je suis originaire, et on avait régulièrement des opérations de nettoyage de plage où on voyait cette grande quantité de plastique, mais souvent ça s’arrêtait là. On constatait les dégâts mais il n’y avait pas encore toute cette réflexion écologique à l’époque.

Quand j’ai eu mon premier enfant, je me suis beaucoup intéressée à ce que je devais mettre sur sa peau et ce que j’allais lui donner à manger. Donc j’ai cherché plus loin les informations et plus on cherche des informations, plus ça devient anxiogène et plus on voit qu’il y a vraiment beaucoup de choses à faire en matière de déchets et d’écologie. C’est à partir de là que j’ai eu envie de changer complètement mon mode de consommation et ma façon de penser.

Donc tout ça est venu d’une démarche très personnelle et je ne trouvais pas d’endroits où aller faire mes courses. Avoir une démarche zéro déchet est souvent un vrai parcours du combattant. Il faut aller chez le boucher là, chez le fromager là-bas, trouver les légumes ici et autre chose ailleurs. On n’a très peu d’endroits où on trouve tout et où on nous simplifie la vie. Donc c’est bien d’avoir une démarche écologique et zéro déchet, mais prendre des RTT à chaque fois qu’il faut aller faire ses courses est moins encourageant ! Donc j’ai eu envie de créer ce lieu où on puisse tout faire en même temps : trouver de l’information et de la sensibilisation. Pas seulement faire ses courses mais également trouver tous les produits dont on pourrait avoir besoin et qui sont à la fois écologiques, respectueux de l’environnement et sans emballage.

De l’idée à la réalisation, ça se passe comment ?

Ouvrir un commerce physique s’est avéré assez compliqué parce qu’il fallait trouver le bon local, le bon emplacement et on ne sait pas toujours comment s’y prendre. Il est donc bien de se faire aider et heureusement que j’étais entourée par un réseau de femmes qui a pu me donner des conseils. On a pu s’entraider les unes les autres, ce qui est plutôt positif, mais il a fallu aussi se retrousser les manches pour trouver le bon local et les financements. Cela n’a pas été facile à faire parce que quand on explique aux banquiers que l’on va devoir emprunter une certaine somme d’argent pour un concept qui n’existe pas de base et sur lequel ils n’ont pas de recul, c’est un peu compliqué. Mais ça reste possible à faire, on peut y arriver, et une fois que tout est fait on est content d’avoir ouvert.

Vous parliez de réseau féminin…

J’ai cofondé un réseau professionnel féminin qui s’appelle BeWone. Je le gère aujourd’hui avec deux autres femmes, Adjia Bakary et Mélissa Mall. L’idée de ce réseau est de se soutenir entre cheffes d’entreprise, cadres supérieures, salariées, managers, etc. Pas seulement entre des femmes dirigeantes d’entreprise mais entre des femmes qui ont des postes à responsabilité pour se donner des astuces. Donc se recommander, ce qu’on fait comme dans tous les réseaux, mais également se donner des astuces, des conseils et s’entraider parce qu’on a toutes des compétences différentes. Par exemple, quand j’étais en train de chercher mon local, j’ai trouvé d’autres femmes à l’intérieur du réseau qui avaient des commerces et qui ont pu m’aider en me donnant des petites astuces sur comment trouver le meilleur local à Montauban.

La différence réside dans les questions et les problématiques que l’on nous renvoie en tant que femmes qui sont différentes de celles que l’on renvoie aux hommes.

Emmanuelle Begue

Je parle d’entreprendre “par les femmes” et pas d’entreprendre “au féminin” parce que les problématiques sont exactement les mêmes dans l’entrepreneuriat que l’on soit un homme ou une femme. La différence réside juste dans les questions et les problématiques que l’on nous renvoie en tant que femmes qui sont différentes de celles que l’on renvoie aux hommes. Un des exemples typiques c’est le jour où j’ai eu les clés de mon magasin, j’étais tellement contente et je voulais l’annoncer à tout le monde et la première chose que m’a dit ma belle-mère de l’époque est « Mince, mais comment tu vas faire pour garder tes enfants ? » et je pense que c’est quelque chose qu’on n’aurait jamais dit à un homme.

Des conseils pour lancer un projet ?

Il faut juste être soi-même et oser être soi-même.

Emmanuelle Begue

Mon conseil est d’être authentique et d’être sincère dans ce qu’on fait et de ne pas essayer de se plier aux codes « pour créer telle association ou pour créer tel projet, il faut que je sois comme ça ». Mais il faut juste être soi-même et oser être soi-même, et ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile parce que l’on essaye de nous formater et de nous faire rentrer dans des petites cases. Même si l’on a une idée folle, il faut se lancer et il ne faut pas écouter cette petite voix qui nous dit : « Non, tu ne vas pas y arriver ! Non, il y a ça qui ne va pas ! » Il y aura toujours quelque chose qui ne va pas, ce ne sera jamais le bon moment, mais je pense qu’à un moment donné, il faut avoir ce petit grain de folie qui dit : « Allez, on se lance ! » et on se lance comme on a envie de se lancer et pas comme on nous dit qu’il faut qu’on fasse.

Photo de couverture Emmanuelle Begue copyright Grizette.

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