Nadège Gosselin – Safran de Pyrène

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Personne n’aurait imaginé que Nadège Gosselin devienne un jour cheffe d’entreprise agricole, productrice de safran bio. Une passion qui chamboule tout dans sa vie. 

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?

« Safran de Pyrène » c’est l’histoire d’une reconversion. En fait avant, je n’étais pas du tout dans le monde agricole, j’étais cheffe de projet dans les essais cliniques. J’ai fait une belle carrière à l’international en Belgique, en France également. Et la quarantaine passée, j’ai eu envie de partir sur autre chose. Ça faisait très longtemps que j’avais envie de créer ma propre entreprise, j’avais envie d’un retour à la terre, d’être dans la nature et de pouvoir créer quelque chose de mes mains. Et donc c’est l’idée du safran, de la production du safran qui… m’a sauté à l’esprit ! J’avais vu un reportage à la télé, ça m’avait vraiment plu, j’avais trouvé cette plante magnifique et surtout ce qui m’intéressait, c’était l’énorme palette de possibilités qui en découlait au niveau des produits que l’on pouvait créer à base de safran.

Comment travaille-t-on le safran ?

Alors le safran c’est le pistil d’une fleur, cette fleur s’appelle le « Crocus sativus », c’est un crocus bien spécifique, un crocus d’automne. Une grosse partie du travail du safranier c’est la récolte des fleurs qui va s’étaler pendant trois semaines / un mois, donc nous allons cueillir tous les jours les fleurs qui vont pousser, tout se fait à la main. Une fois que les fleurs sont cueillies, on va faire l’émondage c’est-à-dire l’action d’enlever le pistil de la fleur, et dans la même journée : récolte, émondage et séchage également des filaments de safran qui vont ensuite être conditionnés. Il faudra ensuite attendre huit mois pour que les molécules organoleptiques, c’est-à-dire les molécules qui vont donner la puissance aromatique au safran, se développent et que nous puissions nous régaler avec ce safran en cuisine.

Comment s’est passé le lancement de votre projet ?

Ça a été une grande quête de l’information, donc d’abord par rapport à cette culture du safran, nous avons rencontré d’autres safraniers, mais également au point de vue administratif : comment monter une entreprise agricole ? On n’est pas du tout de ce milieu-là, notre famille n’est pas du tout du monde agricole, donc on partait de zéro. Nous sommes allés toquer à beaucoup de portes, des plateformes pour accompagner les créateurs d’entreprise, la Chambre de l’Agriculture, des associations d’agriculteurs qui forment à la comptabilité, l’AFOCG par exemple. Voilà et avec toutes les petites bribes d’information que nous avons pu attraper à droite et à gauche, nous avons réussi à montrer l’entreprise.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Alors le premier conseil, c’est de croire en soi. Souvent, nous les femmes on n’a pas confiance en nous, on fait plein de choses pour les autres, on sait très bien ce qu’il faut donner comme conseils pour les enfants, pour le mari, pour la famille, les amis… On est de très bon conseil mais quand il s’agit de nous ? C’est un peu plus compliqué ! On n’a peut-être pas le recul, on n’a pas eu cette éducation. Mais il faut vraiment croire en nous parce qu’on soit un homme ou une femme, on a des compétences, on a un savoir-faire, on a une personnalité, on a des envies, donc il faut vraiment pas hésiter et quand on a envie de quelque chose… il faut y aller, il faut se lancer !

Le plus important c’est la passion, l’envie, la motivation et tout le reste suivra après.

Après, il faut surtout pas hésiter à aller taper aux portes. Moi j’avais peur au début, que… en appelant les safraniers, il me ferment la porte en se disant que j’allais être de la concurrence, que j’allais peut-être copier ce qu’ils allaient faire. Et en fait, j’étais vraiment agréablement surprise parce qu’on a eu un accueil fantastique, beaucoup d’échanges, beaucoup de partage, quelque chose de très ouvert, que ce soit vraiment pour les professionnels qui sont dans le même secteur que nous, mais également les autres parce qu’on apprend toujours de plein de façons différentes. Et aujourd’hui, tout ça nous permet d’avoir finalement un réseau mais c’est pas un réseau, c’est vraiment un maillage, c’est des connaissances, des gens qui viennent de tous les domaines et qui nous apportent… beaucoup de joie déjà, de pouvoir partager ce que l’on vit, mais aussi beaucoup d’informations et… voilà, beaucoup de façons d’améliorer son travail.

Et puis au pire si ça ne marche pas, c’est pas grave, on aura essayé, on se sera fait plaisir, on aura montré de quoi on aura été capable…

Et enfin, un autre point qui pour moi, est vraiment très important : c’est d’avoir une famille qui est autour de nous et qui va être partie prenante du projet. Surtout quand ce sont des projets qui nécessitent un changement de vie total. Ça aurait été compliqué, voire impossible pour moi, de me lancer dans cette aventure si mon mari, les enfants, la famille, n’avaient pas été là et ne m’avaient pas dit : « allez vas-y ! ». Même si au début, ils n’y croyaient pas trop, faut être honnête ! Ils ont ouvert des yeux comme ça quand je leur ai dit que je voulais être agricultrice, moi qui passais mes journées derrière l’ordinateur. Mais c’est possible, il faut y aller, il faut foncer. Et puis au pire si ça ne marche pas, c’est pas grave, on aura essayé, on se sera fait plaisir, on aura montré de quoi on aura été capable et de toute façon, il n’y a rien de perdu parce que ça nous aura amenés sur d’autres chemins et voilà, et on a une vie qui s’enrichit de toutes ces rencontres et de toutes ces aventures.

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