Marion Coutarel – Le Théâtre de la Remise

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Marion Coutarel est comédienne et metteure en scène au Théâtre de la Remise. Elles nous parle de sa pratique du théâtre et de son engagement dans The Magdalena Project dont elle est organise le Festival à Montpellier.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Le Théâtre de la Remise a été créé il y a une vingtaine d’années avec un collectif d’acteurs, actrices, scénographes, musiciens. Au tout début, on répétait au fin fond d’une remise d’où le nom qu’on a gardé ensuite. L’idée c’était vraiment de chercher, de se donner le temps pour trouver notre propre langage théâtral, c’est pour ça aussi que toutes les disciplines étaient représentées et on a travaillé comme ça, on a mis vraiment beaucoup de temps avant de créer notre premier spectacle et ensuite voilà, c’était parti une vie de professionnelle de compagnie théâtrale.

Quel est votre moteur ?

Le moteur de la création ! C’est toujours difficile de mettre des mots sur ça mais c’est comment, par une intuition, par un rapport au monde, par une sensibilité, on arrive à donner corps à un spectacle, à donner vie à un spectacle. Tout ce processus-là me fascine, ainsi que la direction d’acteurs et d’actrices. J’adore ce travail-là, comment entre deux face-à-face, on arrive à amener l’acteur ou l’actrice à trouver autre chose que ce qu’elle aurait pu penser. Évidemment ce n’est pas toujours simple, il y a des oppositions, mais comment on dépasse les blocages c’est un travail qui me passionne et que je mène aussi à l’Université Paul Valéry.

Quel parcours avez-vous suivi ?

Mon parcours est un peu atypique, j’ai fait une école de commerce, à Nancy et au sortir de l’école de commerce j’ai créé la compagnie. Je n’ai pas fait d’école de théâtre mais j’avais vraiment cette volonté depuis très longtemps, j’ai commencé à faire du théâtre j’avais d’une dizaine d’années mais c’est comme si je ne m’autorisais pas à aller pleinement dans ce secteur d’activité-là. Je me suis formée vraiment petit à petit, c’est-à-dire que j’ai choisi ma formation.

Comment évolue votre pratique du théâtre ?

Comme c’est une pratique qui avance aussi en même temps que soi-même, c’est sans fin… Et j’ai beaucoup croisé dans ma formation une Maître japonaise et Tadashi Suzuki aussi qui est un Maître japonais et pour eux à 60 ans, c’est le tout début de la compréhension du métier. Il y a vraiment un rapport au temps qui est important. Il ne s’agit pas seulement de faire des spectacles, de les faire tourner, qui est notre activité principale bien évidemment. Mais la façon dont je le fais moi, c’est aussi arriver à saisir – alors c’est même pas cette “chose ultime” – mais à saisir ce langage… C’est apprendre à parler en fait ! Apprendre à parler sur scène, apprendre à partager la parole avec les spectateurs qui la reçoivent, et ça, c’est un apprentissage sans fin pour être au plus juste, au plus près.

Vous travaillez avec des personnes en situation de handicap…

Il y a une vraie liberté dans le travail mené avec ce public-là… hors assignation. C’est-à-dire qu’on vit dans une société où on a beaucoup d’assignations qui peuvent être des assignations souterraines et là, on touche du doigt une vraie liberté alors c’est très compliqué parce que c’est une liberté sous contrainte, forte, apparente… mais on arrive à trouver cette liberté-là dans la création et c’est ça qui est formidable.

Et le travail avec La Bulle Bleue, donc j’ai été la première artiste associée de l’aventure en 2012 quand tout a commencé, et c’était fabuleux parce que voilà il y avait tout à faire, la compagnie s’est créée petit à petit et aujourd’hui, c’est un lieu extraordinaire qui amène une vraie bulle d’air à Montpellier autant du point de vue des artistes que des familles. On parle beaucoup de ce mot-là “la mixité” et à La Bulle Bleue il y a une vraie mixité.

Parlez-nous de « The Magdalena Project »

C’est un réseau de femmes artistes du monde qui existe depuis 35 ans à l’initiative de femmes qui voulaient montrer leur travail. Elles appartenaient à des compagnies gérées par des hommes mais elles faisaient le constat que c’était compliqué pour une femme artiste de créer et montrer elle-même son travail. Comme elles étaient de pays différents, il y a une première qui a organisé un festival de façon artisanale dans son pays c’était à Cardiff, Pays de Galles, une autre en Norvège. Petit à petit, de festival en festival, le réseau a grandi et des événements comme ça ont eu lieu à différents endroits du monde. J’ai rencontré le réseau parce que je cherchais des formations, des savoir-faire de cultures différentes. Donc j’étais intéressée par tel savoir-faire japonais, par le tango argentin et Magdalena est un endroit où la transmission est très importante depuis le début. C’est-à-dire qu’en même temps il y a des spectacles qui sont présentés au public, il y a tout un temps de formation professionnelle de partage de savoir-faire entre les actrices, entre les intervenantes et c’est aussi ça qui m’a intéressée. Quand je suis arrivée là, j’ai trouvé, pas forcément ce que je cherchais d’ailleurs, mais j’ai trouvé ce rassemblement de femmes qui réfléchissent avec des entrées aussi différentes sur le féminisme et ça, je ne mesurais pas tout ce que j’allais trouver derrière.

Êtes-vous satisfaite de l’accès à la culture ?

Le besoin de la culture, le besoin de rêver, le besoin d’ouvrir des bulles face à une réalité qui peut être pesante ou difficile est vraiment, vraiment fondamental. Je crois fondamentalement en la puissance de l’art mais c’est un travail qui est difficile, qu’il faut mener évidemment dans les écoles auprès des tout-petits mais auprès de tout le monde. Je vois bien dans le combat que je mène, c’est vraiment important que ça existe, que ça soit là dans notre société, sinon c’est une société morte. On est dans un monde de divertissement où on essaye aussi beaucoup de simplifier les choses alors que la complexité nous enrichit. Elle peut faire peur donc du coup, il y a beaucoup de barrières à cette complexité qui ne sont pas forcément légitimes. Je le vois tout le temps, même quand je travaille avec des personnes en difficulté, cet accès-là, il peut être immédiat.

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