Marine Gatineau – Les Férus de voile et moteur

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Marine Gatineau a fondé l’association « Les Férus de voile et moteur » pour mettre les plaisirs de la mer à portée de tous. Mais cette passionnée se bat aussi pour défendre la place des femmes à bord, et rêve d’une vraie égalité dans le monde de la voile encore très masculin.

Pouvez-vous nous présenter votre association ?

C’est une association que j’ai voulu mettre en place afin de rendre accessibles les activités nautiques financièrement et aussi au niveau du temps. Nous sommes maintenant 150 adhérents, elle a 3 ans d’existence, et nous proposons différentes activités comme du voilier, des régates, des chasses au trésor, mais aussi de la banane tractée, de la pêche etc. C’est surtout un moyen de se rassembler et de pouvoir goûter aux plaisirs de la mer.

Vous avez monté un équipage féminin ?

Cet équipage « Des Voiles & Femmes » a un concept particulier, c’est que les femmes viennent pour apprendre à faire de la régate. Il n’y avait pas de possibilité pour intégrer le monde de la régate, ce n’est pas une école, c’est une façon juste de pouvoir se donner confiance pour pouvoir aller sur des gros bateaux et après, tout donner. Il manquait une passerelle. On ne peut pas passer juste de mode croisière à mode régate, ce sont deux milieux différents. Donc l’avantage, les femmes viennent, elles n’ont pour la plupart jamais navigué et elles se lancent dans la compétition de voile. Et c’est ça qui est hyper intéressant, c’est qu’elles vont aller chercher quelque chose au fond d’elles qu’elles n’auraient même pas soupçonné. Ça se transforme en combat et voilà, elle tournent sur tous les postes, elles découvrent et dès qu’elles maîtrisent, elles vont voir d’autres bateaux et ainsi de suite. Il y a des femmes qui sont parties sur d’autres bateaux en tant que barreur, d’autres qui ont acheté leur bateau, elles ont des projets de tour du monde, d’autres qui ont été prises dans l’école des Glénans.

Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Il y a neuf – dix ans, je suis partie en croisière en voilier avec ma maman, et je n’avais jamais navigué auparavant, et j’ai découvert la voile dans le cadre du plaisir. Et là en rentrant, alors que je travaillais déjà à la SNCF, je me suis dit : « je veux passer mes permis, je veux changer de métier, c’est ça que je veux faire ! ». Et au fur et à mesure, j’ai donc eu des enfants, j’ai passé mes permis et puis finalement, j’ai réussi à demander un AGECIF qui m’a permis d’intégrer l’école de Sète, et de passer mon diplôme de « Capitaine 200 Voile », qui est un diplôme de skipper de la Marine Marchande. Une fois ce diplôme en poche, j’ai rencontré plusieurs difficultés, plusieurs obstacles pour obtenir ce diplôme et ça m’a donné une force, une rage de vivre, et j’ai dit : « je veux monter mon association, je veux pouvoir aider les personnes à naviguer » et notamment les femmes, puisque c’est assez difficile d’intégrer ce milieu-là.

C’était difficile de passer le brevet de Capitaine 200 voile ?

Pour arriver à passer ce diplôme, il nous faut un très bon niveau de voile et ma difficulté, c’est que je n’avais pas suffisamment d’argent, pour me payer les cours, pas le temps nécessaire. Quand j’allais voir les équipages qui étaient dans le monde de la régate pour m’emmener… Ils ne prenaient pas les femmes à bord parce que leurs femmes étaient jalouses ou alors eux voulaient rester entre hommes.

Je m’entraînais dans mon lit à faire semblant de naviguer.

J’ai décidé d’apprendre toute seule en regardant des vidéos YouTube. C’est complètement fou, c’est un peu comme le film Rasta Rockett, c’est-à-dire que je m’entraînais dans mon lit à faire semblant de naviguer. Et donc après, une fois que j’ai bien intégré tout ce qui était YouTube, sachant que j’ai fait quand même des petits stages de voile, évidemment j’ai pris des cours, mais j’ai minimisé le coût de la voile et après, je me suis louée des bateaux toute seule, pour apprendre.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Ne pas écouter ceux qui disent : « il faut faire des plans, des études de marché… » Oui il faut en faire ! Mais vraiment le minimum, il faut y aller ! Quand on y croit, c’est comme si toutes les portes s’ouvraient facilement. Et après, il faut savoir bien s’entourer. Pourquoi l’association marche ? C’est parce que j’ai énormément de personnes autour de moi qui m’envoient des messages, qui me conseillent… Et il faut savoir aussi écouter les critiques et les jugements, positifs comme négatifs.

Vous avez d’autres projets en préparation ?

J’ai été élue à la Commission Féminine de la Fédération Française de Voile Occitanie afin de faire en sorte que les femmes naviguent plus, et donc monter des projets en ce sens, notamment nous voulons révolutionner le monde du sport en terme de garde d’enfants. Quand les femmes viennent naviguer ce n’est pas une heure, c’est toute une journée… Donc on voudrait mettre en place dans les clubs une possibilité de garder les enfants et de leur faire faire des activités autour de la mer. Nous travaillons aussi sur un deuxième projet et c’est une charte d’Égalité Homme-Femme en mer. Et en fait, on va demander aux skippers de signer cette charte, s’engager et de faire un classement parallèle en terme de courses, et créer une application pour que les femmes licenciées puissent se connecter et trouver un voilier pour embarquer. Parce que la difficulté : elles prennent une licence, et si elles n’ont pas de bateau, elles ne peuvent pas naviguer. Il faut connaître, il faut avoir l’ami, le copain, et peut-être qu’on va nous donner un poste qui ne nous correspond pas, on n’est pas des bouche-trous, en gros, sur un bateau. Là le but de cette application, c’est que les skippers mettent leurs courses disponibles, la place disponible, et les femmes n’ont plus qu’à se connecter, elles peuvent partir aussi bien en Bretagne que dans le Sud. Elles peuvent aller où elles veulent en fonction de l’application.

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