Laure Barbaza – Fabic

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En créant la Fabic, « Fabrique d’innovation culinaire », Laure Barbaza a su rapprocher deux mondes qui semblaient opposés : la pâtisserie et l’économie !

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre entreprise ?

Je suis diplômée de Sciences Po Aix et j’ai un Master en Intelligence Économique. Ensuite, j’ai passé cinq ans dans un cabinet de Conseil spécialisé dans les études de marché et les business plans. En 2016, je décide de quitter le Conseil pour vivre de ma passion : la pâtisserie. C’est à ce moment-là que je passe un CAP pâtissier en candidat libre et que je crée Les Gourmandises de Baba. Et en fait, c’est en créant cette entreprise de pâtisserie aux ingrédients locaux, que j’ai eu besoin d’une cuisine professionnelle, sauf que j’ai regardé, j’ai fait des devis et cela coûte entre 40 et 50 000 euros de matériel pour avoir sa propre cuisine professionnelle ! Là, je me suis dit que ce n’était pas possible de faire un tel investissement, surtout au début de l’activité, donc j’ai cherché à louer des cuisines sur Montpellier, uniquement quand j’en avais besoin. J’ai cherché, je n’ai pas trouvé, par contre j’ai rencontré une vingtaine de professionnels qui avaient la même problématique que moi et qui me disaient : « Laure, si tu trouves des cuisines à louer de temps en temps, ça m’intéresse ». Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire autour de ce concept de cuisine partagée. En janvier 2018, la Fabic ouvre avec 3 cuisines : deux de boulangerie-pâtisserie et une cuisine traiteur basées sur Montpellier, avec la proposition de valeur qui était de la location de postes de travail dans des cuisines partagées. Et aujourd’hui, on est donc en novembre 2018, on est à 15 cuisines et on va rester vraiment sur ce modèle-là d’utiliser des cuisines d’autres déjà existantes mais sous-utilisées.

Vous imaginiez un jour créer votre entreprise ?

J’ai toujours eu envie de créer. Je savais qu’un jour j’allais créer une entreprise, après je ne savais ni dans quel métier, ni dans quel domaine, ni quand. Ce qui est sûr c’est qu’à la sortie de mes études, je ne me sentais pas capable et c’était même pas une option. En fait dans ma tête, je n’avais même pas imaginé créer une entreprise… Mais au bout de cinq ans que vous accompagnez des entreprises innovantes dans la création de leur étude de marché et leur business plan, j’étais quand même assez outillée pour créer ma propre activité. Après ce n’est pas parce que j’ai passé 5 ans dans un cabinet de Conseil, que c’est suffisant pour créer une entreprise. Je n’avais pas toutes les compétences ni toutes les connaissances, j’en ai découvert sur le tas et c’est ça aussi qui est excitant.

C’est compliqué d’innover ?

C’est difficile, c’est beaucoup de doute, vous partez aussi sur un projet innovant qui n’a jamais été fait donc vous n’avez aucun repère, savoir si ça va marcher ou pas… Sur un nouveau marché, des nouveaux services et donc tout un tas de doutes et d’incertitudes qui sont présents, et il faut faire avec au quotidien. Quand on est salarié, on n’est pas habitué à traiter l’incertitude à ce point-là au quotidien, donc c’est toute cette gestion-là qui est difficile et je pense qu’on n’en parle pas assez. On ne parle pas assez non plus des entrepreneurs précaires. Moi j’ai rencontré plein d’entrepreneurs au RSA et ça, des PDG au RSA, ça existe, c’est la vérité. Ce n’est pas bien ou mal, c’est juste que ça existe et il faut en parler pour que les entrepreneurs qui se lancent ne croient pas que c’est tout de suite le succès. Ce n’est pas parce que vous avez un projet innovant, qu’on vous fait des chèques, qu’on vous soutient. Non, ce n’est pas vrai ! Il faut valider votre idée, valider votre marché et vous ne pouvez compter que sur vous. Ça aussi, j’ai appris que l’entrepreneur est seul et on a beau être accompagné,  il n’y a personne qui prend les décisions à votre place et tout le monde attend que vous preniez les bonnes décisions, en fait.

Que pensez-vous des réseaux féminins ?

Je fais partie de réseaux du Club des Créatrices, du réseau des Wondermeufs. C’est vrai que je me suis orientée vers les entrepreneures, au final. Qui sont-elles ? Ce sont des femmes qui ont plein d’énergie, plein d’ambition, plein de projets et qui, comme tout créateur d’entreprise, ne savent pas par quel bout les prendre et qui ont besoin d’être soutenues dans leurs projets. Après ce qui est intéressant, en tout cas dans les femmes entrepreneures que je rencontre, c’est que celles qui se lancent ont cette envie de réussir et d’avoir un projet qui leur correspond vraiment et elles veulent aller au bout de leur idée telle qu’elles l’ont imaginée au début. Et moi, je me sens beaucoup soutenue par ces femmes entrepreneures parce qu’on se sent comprise et c’est vrai que c’est super intéressant. La création d’entreprise, c’est compliqué, alors se sentir soutenue par des femmes qui ont les mêmes problématiques que soi, c’est indispensable.

Je recommande vraiment à toutes les femmes entrepreneures de s’entourer d’autres femmes.

Est-ce important d’avoir des modèles ?

Quand j’étais au collège, au lycée ou même en étant étudiante, je n’ai jamais rencontré de femmes inspirantes qui ont réussi au niveau professionnel ou personnel, ou en tout cas qui m’ont posé la question : « mais aujourd’hui, c’est quoi être une femme ? ». « Et quel est le modèle de femme que je souhaite être et qui me correspond ? ». Aujourd’hui c’est ce qu’on souhaite faire pour les étudiantes et les lycéennes avec le programme des Wondermeufs « Joue-la comme Serena ». En tout cas leur dire : « voilà, regardez aujourd’hui en 2018, il y a plein de modèles de femmes donc osez être celle que vous voulez vraiment être, que ce soit dans votre vie pro ou dans votre vie personnelle ».

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