Karine Depeyre – Le Kairn

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Karine Depeyre a radicalement changé de vie. Cette montagnarde d’adoption a réalisé un vieux rêve en devenant libraire dans un village des Hautes-Pyrénées. Un lieu de rendez-vous culturel et festif incontournable dans la Vallée des Gaves.

Pouvez-vous présenter votre activité ?

J’ai ouvert il y a un an et demi un bistrot-librairie, c’est-à-dire un vrai bistrot : un lieu où l’on peut manger à toute heure, boire un coup et une vraie librairie indépendante puisque j’ai 6 000 ouvrages. On peut aussi commander : je suis reliée au logiciel des libraires donc c’est une vraie librairie et un vrai bistrot, en milieu rural.

Comment est né le projet ?

Tout ça s’est imbriqué petit à petit, j’ai tenu un refuge de montagne pendant 20 ans et les dernières années, j’ai travaillé en librairie et j’ai refait une formation pour savoir en gérer une. Mais ce projet était né avant ma vocation de gardienne de refuge : il y a 22 ans en Bretagne où j’avais eu l’idée de créer un nouveau lieu, un café-librairie. Et ça n’avait pas pu se faire à l’époque, mais la petite graine avait été semée dans ma tête.

Comment êtes-vous passée de l’idée à la réalisation ?

J’ai bien approfondi le projet, la rédaction du projet, je suis allée voir plein d’acteurs qui tournaient autour aussi, interrogé plein de gens, des amis, des gens qui avaient des assos culturelles dans le coin, voir un petit peu les interactions qu’il pouvait y avoir, parce que non seulement on est une librairie, mais on fait également beaucoup d’animations et on s’est implanté dans un village [Arras-en-Lavedan, NDLR] qui a déjà une vocation artistique avec un Sentier d’Art contemporain, une Maison des Arts, et une volonté de la commune de développer la culture en général. C’est la mairie qui a demandé à ce que ce soit quelqu’un qui avait un projet culturel qui reprenne le bar.

En parallèle, les collectivités locales m’ont aidée, mais régionales aussi parce que j’ai présenté mon projet au Centre Régional du Livre, à la DRAC et à la Région conjointement, et ils m’ont encouragée vraiment alors que je pensais avoir quelques difficultés à proposer ça dans des lieux retirés. En fait, il y a eu un encouragement unanime, et j’ai été bien suivie par tout le monde.

Mais allez-y, on s’en fiche de l’échec !

Qui vient au Kairn ?

J’ai connu énormément de monde au refuge et maintenant, l’écho des montagnes fait que de nombreux randonneurs viennent au Kairn, et au cours de leur randonnée, ils font le petit détour, et s’ils sont du côté de Cauterets ou Bagnères, ils remontent au Kairn… Donc c’est chouette parce qu’on a l’impression d’une continuité à ce niveau-là. Et le côté très éclectique que je voulais donner au lieu est réalisé : on a des montagnards, des intellectuels du coin, des petites familles, des gens qui viennent juste boire un coup, des cyclistes qui s’arrêtent pour manger un bout, les motards qui sont sur la route du Soulor et de l’Aubisque… Et du coup, ça donne vraiment un panachage réjouissant.

Est-ce difficile de se lancer dans un tel projet ?

Alors pour moi ça aurait été très difficile de ne pas le réaliser parce qu’il y a un moment, c’était une évidence, voilà je me disais : « là, il faut te lancer parce que tu regretteras toujours de ne pas l’avoir fait ». Quand on a quelque chose qui traîne dans un petit coin de tête, depuis une vingtaine d’années… Moi j’aurais envie de dire à tout le monde : « mais allez-y, on s’en fiche de l’échec ! ». C’est vraiment le message que je fais passer ici aussi quand on me dit : « mais comment tu as fait pour te lancer ? » Je réponds : « j’avais très envie et je n’avais pas peur de rater ».

Quelle est votre motivation ?

Ma motivation, c’était d’apporter ma petite graine. C’est-à-dire que j’ai l’impression modeste qu’en créant une librairie, on crée un lieu d’échanges et de partage. C’est ça mon moteur.

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