Karima Tahiri – KT sculpteure de lumière

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Karima Tahiri habite sur le plateau du Larzac, en pleine nature, dans un environnement brut comme le métal qu’elle transforme pour en faire naître la lumière.

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?

« Sculpteure de lumière », il m’en a fallu du temps pour arriver à ce terme-là… en gros, je suis artisan d’art, ferronnière d’art et je fabrique essentiellement des luminaires. Mon travail consiste donc à utiliser un découpeur plasma : je pars d’une plaque de métal que je dessine, découpe et je fabrique ainsi de la dentelle d’acier que j’éclaire. Et donc je sculpte, avec ça, la lumière.

Quel a été votre parcours ?

J’ai eu un parcours où je me suis d’abord intéressée au théâtre puis après, à l’architecture. Mais j’ai toujours été frustrée de ne pas pouvoir créer de mes propres mains. Puis un jour, j’ai dû faire une petite crise intérieure, je me suis dit que j’allais travailler le métal. Alors le métal pourquoi ? Je ne me l’explique pas trop. J’ai quand même des origines qui font qu’on retrouve une certaine signature. Par exemple, mes luminaires pourraient ressembler aux luminaires marocains.

Il y a peu de femmes dans la ferronnerie d’art…

Effectivement, on n’est pas nombreuses. Et pourtant, il n’y a rien qui peut nous empêcher de l’être si ce n’est le fait d’avoir été conditionnées pour ne pas l’être. Maintenant, tous ces métiers-là s’ouvrent vraiment aux femmes et puis elles ont la volonté de le faire et l’ambition, et elles le font de plus en plus. Après si ça peut servir à aider les autres femmes à y aller, tant mieux.

Il y a encore des combats à mener pour les droits des femmes ?

Il y a évidemment des combats féministes à défendre. Il y a un combat à faire et c’est celui que je mène aujourd’hui. C’est pas pour rien si aujourd’hui, je me suis inscrite dans des métiers qu’on dit des « métiers d’hommes », c’est que j’avais forcément une parole à défendre et une place à défendre. Je pense que ce serait le limiter le combat féministe que de le restreindre aux inégalités hommes – femmes par exemple. Je trouve que déjà entre les femmes, il y a beaucoup d’inégalités, c’est-à-dire que selon son origine ethnique, sa couleur de peau, son orientation sexuelle… il y a énormément de différences. Changer de classe sociale aussi : quand on est fille d’ouvrier ou quand on est fille de bonne famille ou d’une meilleure condition sociale, on n’a pas du tout les mêmes chances dans la vie. Donc déjà si on pouvait régler ce problème-là, ce serait énorme. Et ça, c’est déjà le cas en France, alors on imagine bien ce que ça peut être de par le monde, forcément il y a plein de choses à défendre, tous ces combats-là sont hyper utiles.

Comment se nourrit votre créativité ?

Ma créativité vient plutôt d’une… d’une revanche ! J’ai clairement quelque chose à dire. Et elle vient d’une frustration, et je sais que c’est comme ça que j’obtiens le meilleur de moi-même. On peut créer avec l’espoir de gagner une certaine technicité. Mon travail, c’est de travailler l’ombre et la lumière, alors je pourrais me dire : « bon je vais travailler de telle sorte que je vais avoir cette ombre projetée, cette lumière projetée, tout ça », mais ce serait quelque chose de calculé et au final, j’aurais gagné en technicité effectivement mais peut-être moins en émotion. Ce que j’aime c’est que je travaille à l’instinct et donc du coup… la dernière étape de mon travail, c’est de mettre la lumière dans mes objets, et là, je suis complètement surprise et émerveillée et quand je provoque ça en plus chez les autres aussi, j’ai tout gagné !

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Le premier conseil déjà, c’est qu’il faut s’assurer vraiment d’être complètement habitée par son projet. On a forcément quelque chose à défendre, à partir de ce moment-là, je pense qu’il n’y a rien qui peut nous arrêter. Ce qui est important aussi, c’est d’être entourée. Déjà la première chose – et en tant que femme encore plus – c’est d’obtenir le soutien de son entourage propre. Le conseil que je pourrais donner après réflexion, c’est de rester soi-même et de rester convaincue qu’on a raison. Ne jamais se laisser dire que notre projet n’est pas viable, que ce n’est pas possible. Et se battre, se battre coûte que coûte et malgré les doutes, malgré les difficultés, continuer, continuer jusqu’à ce qu’on y arrive, et on y arrive justement.

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