Elodie Guilloton directrice de l’Arécup

Elodie Guilloton porte un projet de ressourcerie avec enthousiasme et détermination. Ou comment créer de la valeur et la partager avec tous.

Découvrez l’interview dans son intégralité :
Bonjour Elodie, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 32 ans, je vis en Lozère où je suis directrice de L’Arécup, une structure associative de l’Économie Sociale et Solidaire. L’Arécup, qui signifie « l’Atelier du réemploi, de la création et du upcycling », porte une activité de ressourcerie : de la collecte, valorisation et revente d’objets destinés à être jetés mais qui peuvent resservir (mobilier, textile, vaisselle… tout ce qui permet d’équiper la maison ou les personnes). L’idée est de prolonger la durée de vie des objets ou de leur offrir une seconde vie en les customisant par exemple, tout en sensibilisant à la fois les donateurs et les clients au fait qu’il est nécessaire, dans notre société d’ultra-consommation, de réfléchir nos modes de consommation et peut-être d’aller vers moins de neuf, plus d’occasion, ce qui permet d’éviter de polluer et de nuire à l’environnement. L’Arécup, c’est vraiment le réemploi avant tout. On a aussi un volet insertion puisqu’on est une structure de l’insertion par l’activité économique, plus précisément un atelier et chantier d’insertion. Donc on accueille des personnes éloignées de l’emploi pour leur permettre de “remettre le pied à l’étrier” dans le monde du travail, de reprendre des repères et si possible, de s’insérer durablement dans la vie professionnelle, à l’issue de leur contrat à L’Arécup.

Quel est votre parcours ?

Après mon baccalauréat, je me suis dirigée dans le domaine du social où j’ai fait un DUT puis une Licence professionnelle en intervention sociale pour être conseillère en insertion professionnelle. J’ai eu plusieurs expériences dans ce métier, dans des ateliers et chantiers d’insertion et dans une Mission Locale – dont le public correspond aux jeunes de moins de 25 ans. Donc c’était plutôt ce profil-là que j’avais, le volet ressourcerie-environnement remonte à plus loin que ma formation car de part mon éducation, j’étais déjà très sensibilisée au tri des déchets, à la nécessité de les réduire. Mes origines suisses y sont peut-être pour quelque chose car c’est dans les habitudes de trier et de faire attention aux déchets… Et puis comme mes parents, j’ai toujours aimé bricoler avec des choses récupérées.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Du coup, l’idée de créer une ressourcerie sous forme de chantier d’insertion me paraissait très pertinente. D’autant que je pars du principe que les personnes en situation de précarité ou de fragilité ont parfois une estime d’eux-même amoindrie par les épreuves traversées dans leurs parcours. Or dans une ressourcerie, on redonne de la valeur à des choses qui n’en avaient plus : un donateur dépose un objet auquel il n’attribue plus de valeur – considéré presque que comme un déchet – et les travailleurs en insertion, par leur intervention, redonnent de la valeur marchande à cet objet qui sera vendu à des gens également dans le besoin. Donc il y a aussi ce sentiment d’utilité sociale. Pour moi, la ressourcerie est un très bon support pour favoriser l’insertion de ces personnes fragilisées en leur permettant d’avoir une activité avec une utilité sociale, environnementale et économique. En Lozère, le besoin se faisait sentir car il n’y avait plus de ressourcerie et assez peu de structures d’insertion par l’activité économique. Donc le contexte était favorable à ce que cette idée germée il y a une dizaine d’années, puisse se concrétiser en projet, et aujourd’hui en structure qui fonctionne.

Comment avez-vous fait pour lancer ce projet ? Avez-vous choisi de vous faire accompagner par des structures en particulier ?

Le réseau est la clé de tout.

En amont, lorsqu’on a une idée, il faut aller la présenter aux bonnes personnes, chose que j’ai faite. En 2015, j’ai rencontré différents partenaires qui auraient un avis à donner sur la pertinence de créer ce type de structure, comme la Direccte ou le Conseil Départemental, puisque ce sont les interlocuteurs privilégiés dans le volet insertion pour délivrer les agréments. J’ai parlé de l’idée aussi à des structures existantes, des gens qui ont déjà une activité dans le domaine du réemploi ou de l’insertion, pour voir comment ils la perçoivent, sans que ce soit de la concurrence mais plutôt que cela s’articule avec les acteurs déjà présents. J’ai recherché des financements pour la partie étude de faisabilité qui a duré neuf mois, en amont de la création de l’association. On a été aidés financièrement par la Direccte notamment et France Active. Comme il fallait une structure porteuse, c’est l’association Aloes – également structure d’insertion – qui a vérifié la viabilité de ce projet. Le réseau national des ressourceries nous a accompagnés sur le plan technique au niveau du volet réemploi.

Pendant toute cette période, avez-vous senti un traitement particulier parce que vous êtes une femme ?

Ça dépend des interlocuteurs ! Tout dépend de leur vision des femmes, des femmes entrepreneures… Mais j’étais aussi entourée de femmes pour beaucoup d’interlocutrices dans ces structures d’accompagnement ou dans le milieu social, donc entre femmes, je n’ai pas ressenti ça du tout. Après, certains interlocuteurs ont des a priori et ne se privent pas de le dire, mais cela n’a pas été un obstacle capital.

Un premier bilan après une année d’activité ?

Ça a bien démarré, les gens sont généreux, ça fonctionne sur les dons sans aucune difficulté. Les gens viennent acheter, ils sont aussi demandeurs. C’est vrai que jusqu’à maintenant, l’offre en terme de vente d’objets d’occasion n’était pas importante sur le territoire où on est installé, or il y a des gens qui apprécient. On a des habitués, donc ça tourne plutôt bien sur le volet activité économique. Sur la partie insertion, on a eu des agréments de l’État pour être atelier et chantier d’insertion – ils sont délivrés par la Direccte aux structures qui en font la demande et qui ont la compétence pour cela. On a actuellement dix salariés en insertion. C’est vrai qu’en 2017 pour cette première année, ça a été très vite : on est passé de zéro salarié au 1er janvier à dix personnes en poste au 31 décembre ! C’est plutôt bon signe, c’est qu’il y a de la demande et cela répond à des besoins.

De plus en plus de projets se lancent sous forme associative ou dans le champs de l’Économie Sociale et Solidaire. Pensez-vous qu’il s’agit d’un mouvement de fond ou c’est conjoncturel ?

Je ne pense pas que ce soit conjoncturel parce que ce n’est pas plus simple d’entreprendre sous forme associative. Pour ma part, c’est un vrai choix. J’ai régulièrement travaillé dans le monde associatif. Dans l’esprit des gens, l’association paraît moins carrée. Or, il existe aujourd’hui des associations qui ont exactement les mêmes conditions d’activité qu’une entreprise, d’autant qu’elles sont soumises aux mêmes règles. Une association est une entreprise où l’humain prime sur l’économique. Moi j’ai besoin de trouver du sens dans ce que je fais et cela passe par le volet associatif. Je trouve intéressant qu’il existe un conseil d’administration, avec des bénévoles, et pas une seule personne qui prenne toutes les responsabilités. L’aspect pyramidal d’une entreprise classique ne me convient pas forcément. La relation à l’emploi, au travail n’y est pas la même.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Faites-vous confiance !

Il peut y avoir des réflexions parce que vous êtes une femme… Même si on vous dit « est-ce que tu es sûre de toi ? » – à mon avis c’est une fausse question -, ne vous laissez pas décourager par ce type de propos. Première chose. Et se constituer un réseau autour de soi, autour de cette idée, d’en parler dans le milieu personnel mais aussi aller à la rencontre des acteurs du territoire sur lequel vous êtes. Surtout ne pas faire ses démarches dans son coin. Je pense qu’il est important d’échanger avec les autres sur son idée, pour qu’elle évolue vers un projet. Parfois, on a une vision des choses très figée et par les rencontres, on peut faire évoluer cela. Toujours être prête à remettre en question tout ce qu’on a imaginé, parce que si un projet est imaginé d’une manière et qu’il n’évolue pas, c’est qu’il ne sera peut-être pas adapté à la réalité. Donc les rencontres permettent d’adapter une idée, un projet, pour le rendre viable et pérenne dans le temps. Un conseil qu’on m’avait donné, c’est d’avoir toujours des projets et se permettre de rêver. Avoir la tête dans les nuages mais en gardant les pieds sur terre !

Quels sont vos prochains défis ?

Cette année, l’objectif de l’association est de développer des ateliers créatifs à partir de matériaux de récupération, ouverts au public et à nos salariés. L’idée étant que la structure ne soit pas qu’un espace commercial, puisqu’on essaie justement de faire évoluer les modes de consommation, mais aussi un lieu d’échange avec pourquoi pas des projections débats, toujours sur la thématique de l’environnement et des déchets.

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