Dessine-moi un clitoris !

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L’organe du plaisir féminin souffre encore aujourd’hui de l’obscurantisme du passé.

Lexpérience est déroutante : demander à 316 collégiens de 13 à 14 ans de dessiner un sexe féminin. Verdict : 28 % des garçons et seulement 16 % des filles y parviennent à peu près correctement. Le taux de réussite pour représenter un sexe masculin atteint par contre les 80 %* !
Dans son livre, « La fabuleuse histoire du clitoris » (éditions H&O) le sexologue clinicien Jean-Claude Piquard s’interroge. D’où vient cette méconnaissance de l’anatomie féminine ? À 14 ans, 65 % des jeunes filles disent ignorer à quoi peut bien servir un clitoris. Encore mieux, une collégienne de 13 ans sur deux prétend ne pas en posséder !

« Il est difficile de se construire dans ces conditions d’ignorance » juge le sexologue, rencontré autour d’un café à Montpellier. À qui la faute ? Aux parents, à l’école ou à toute la société ? Les seuls modèles auxquels les jeunes ont accès restent les films pornos, éloignés de la réalité. Un réel tabou pèse sur le sexe féminin, dont la morphologie reste rarement représentée, tandis que les attributs masculins ornent graffitis et œuvres d’art. Et cela ne date pas d’hier… « Regardez les statues romaines : les femmes n’ont… rien ! » lance Jean-Claude Piquard.

Le clitoris à travers l’Histoire

Son ouvrage est un voyage fascinant à travers les âges. Fait marquant de son document : le clitoris était mieux connu au 17e qu’au 20e siècle ! En fouillant dans les manuels de médecine, l’auteur met à jour un désir de minimiser l’importance de cet organe à orgasmes durant la période noire du plaisir féminin, les années 60. « C’est seulement dans les années 2000 qu’on a redécouvert son anatomie, avec ses deux grands piliers sous les petites lèvres, et les bulbes vestibulaires qui entourent l’entrée du vagin. »
Les connaissances actuelles devraient permettre de tordre le cou à une théorie de Freud mue par l’idéologie. « Son “orgasme vaginal” n’est basé sur aucune preuve scientifique, par contre, il place l’homme dans la position de celui qui donne du plaisir avec son sexe. Il est pourtant impossible que la pénétration stimule les corps internes du clitoris dans le vagin, puisqu’ils ne sont pas innervés ! » Jean-Claude Piquard déplore que cette théorie soit néanmoins encore citée dans les congrès de sexologie…

Apprendre à mieux se connaître

« Nous sommes encore victimes des relents des années 60. La sexualité s’était alors effondrée sur la seule pénétration, il n’y avait plus de caresses. Or l’orgasme féminin est probablement essentiellement clitoridien, c’est ce qui ressemble le plus à celui de l’homme. Dans ce cas, il manque un mot pour désigner l’immense plaisir vaginal, cette « jouissance » qui existe bel et bien. »
Du côté du clitoris et du plaisir féminin, la science a encore bien des mystères à percer. Or pour changer les représentations dans la société et donner aux adolescentes des clefs pour mieux se connaître, on ne peut que vous encourager, femmes, mères, copines, à oser lever les tabous !

* Étude menée par Annie Sautivet, à consulter sur le site internet de J-C. Piquard.

La fabuleuse histoire du clitoris
de Jean-Claude Piquard
Éditions H&O

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