L’exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité » invite à découvrir les artistes de la Société nouvelle de peintres et sculpteurs – confrérie artistique la plus célèbre et la plus caractéristique de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres. Présidée par Auguste Rodin dès 1906, elle réunit des artistes d’horizons divers, issus de la bourgeoisie, hommes de lettres passionnés par les Arts. Edmond Aman-Jean, Eugène Carrière, Charles Cottet, Ernest Laurent, Gaston Latouche, Henri Martin… chacun d’entre eux a son propre style mais ils partagent tous une vision sentimentale de la nature, intimiste, poétique. De 1895 à 1939, ils sont plébiscités par le public et la critique d’Art, et figurent dans toutes les grandes expositions internationales. Une expo événement à voir au Musée de Lodève du 26 septembre 2020 au 28 février 2021.

[Communiqué]

Les derniers impressionnistes au Musée de Lodève

Sous le commissariat de Yann Farinaux-Le Sidaner, historien de l’art, et Ivonne Papin-Drastik, conservateur en chef du patrimoine, directrice du Musée de Lodève, l’exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité » est la première en France à rendre à ce courant l’importance qui lui revient.

Riche de plus de 70 peintures et d’une trentaine de dessins ou estampes, son parcours se divise en 8 sections thématiques, des paysages maritimes de la Bretagne aux plaisirs des plages de la Belle Époque, des paysages urbains et champêtres aux portraits virtuoses.

Le parcours de l’exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité »

Portraits

Edmond Aman-Jean, Ernest Laurent, Henri Le Sidaner, Henri Martin

Les intimistes de la Belle Époque s’imposent naturellement comme des peintres de figures de premier plan, sans doute les derniers grands portraitistes psychologiques. L’usage de la touche qui a fait merveille dans l’art du paysage s’avère, sous le pinceau d’Edmond Aman-Jean et d’Ernest Laurent par exemple, aussi remarquable dans le domaine du portrait.

En témoigne Le Chapeau de paille peint par Ernest Laurent en 1910 : sensible à la timidité du modèle qui n’a pas voulu se dévoiler, le peintre suggère et enveloppe son modèle dans un environnement de feuillages et de fleurs grâce à un tourbillon de touches.

La technique d’Henri Martin bien qu’influencée par le néo-impressionnisme, évolue vers des touches plus spontanées, courtes, séparées, qui construisent les formes et la lumière dans un chromatisme idéalisé et propice au rêve. Le portrait intéresse le peintre dans la mesure où il permet de rejoindre sa nature profonde, le portant vers une expression apaisée d’un monde idéal, parfaitement illustrée dans Petite fille en bleu.

Paysages divisés

Henri Le Sidaner, Henri Martin

Tout en s’éloignant des thèmes symbolistes, Henri Martin en gardera toujours la poésie mystérieuse des attitudes, l’atmosphère secrète et diffuse des paysages, et une certaine spiritualisation des formes baignées par la sérénité des figures traditionnelles. Études préalables à de grandes fresques (comme le Conseil d’État au Palais Royal et plus près de chez nous l’escalier d’honneur de la Préfecture de Cahors, le Capitole de Toulouse), Les regains (1910), Les paveurs (vers 1925) ou encore Esquisse des vendanges (avant 1927), illustrent ce lyrisme tout en révélant le sens pour les grands décors.

À partir de 1894, Henri Le Sidaner s’oriente vers le symbolisme et s’intéresse aux scènes paysagères nocturnes ou crépusculaires permettant d’étudier les effets de la lumière, en particulier le clair de lune. Son expression artistique singulière tendra vers une peinture intimiste et poétique alliant symbolisme et impressionnisme.
Sa maison à Gerberoy (Oise) va devenir sa principale source d’inspiration, avec une place remarquable au jardin et à son aménagement paysager. Dans La table bleue peint en 1923, une couleur prédomine, comme souvent dans ses compositions en extérieur, et rien de semble bouger, aucune présence humaine ne vient troubler la scène. Le peintre crée ainsi le sentiment que quelque chose se passe en dehors de l’image mais ne peut être perçu. La mélancolie de la représentation est renforcée par la sensation d’une nuit tombante.

La Bande noire

Charles Cottet, André Dauchez, René Ménard, Lucien Simon

En 1890, quelques 200 dissidents du Salon des artistes français créent le « Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts ». Ils sont bientôt rejoints par la plupart des novateurs de l’époque. En quelques années, le Salon dit « de la Nationale » devient le fief des peintres intimistes. Parmi eux, cinq amis, peintres voyageurs, font tellement parler d’eux que leur groupe s’attire un surnom : la Bande noire – allusion à leur goût présumé pour les harmonies sombres. Se développe alors un art du sentiment incarné par des créateurs hautement indépendants. Leurs productions, à mi-chemin entre classicisme et modernité, vont façonner le goût des décennies à venir.

La Bande noire rassemble Charles Cottet, Lucien Simon et André Dauchez, qui tous trois élisent la Bretagne comme terre d’inspiration ; René-Xavier Prinet, qui privilégie la Normandie ; et René Ménard, qui ne cesse de parcourir le pourtour de la Méditerranée.

Rendez-vous parisiens, allégories, fantaisies

Gaston La Touche, Lucien Simon

Du fait de liens d’amitié anciens, mais aussi pour des raisons géographiques, deux clans se forment naturellement très tôt au sein de la Société nouvelle. Les artistes qui résident hors de Paris comme Henri Martin, Henri Le Sidaner, Henri Duhem, Émile Claus et Frits Thaulow s’écrivent et se retrouvent pour dîner entre camarades dans la capitale à l’approche des vernissages. Les Parisiens, quant à eux – Lucien Simon, Charles Cottet, André Dauchez, René Ménard, René-Xavier Prinet, Edmond Aman-Jean, Georges Desvallières, Jacques-Émile Blanche et Albert Besnard – se rendent visite dans leurs appartements respectifs. L’unité du groupe résulte autant d’une grande amitié entre ses fondateurs que des liens entretenus par leurs compagnes qui ont chacune leur jour de réception. Parce que oui, les femmes sont tout de même présentes, autrement qu’en modèles !

Les amis du Nord, le groupe d’Étaples

Henri Le Sidaner, Frits Thaulow, Émile Claus, Henri Duhem

La Société nouvelle est née d’une fraternité d’artistes partageant les mêmes valeurs et des amitiés inébranlables. Certains d’entre eux, originaires du Nord et férus de nature, se sont rencontrés dans le village de pêcheurs d’Étaples, perché sur la baie de Canche dans le Pas-de-Calais. Les habitant·es, aux coutumes et costumes traditionnels, leur ouvrent pensions, ateliers et autre magasin de couleurs contre des tableaux en guise de paiement. Le Franco-Américain Eugène Vail est le premier à s’y installer, rejoint par Henri Le Sidaner, Henri Duhem, et même le Norvégien Frits Thaulow ou encore le Flamand Émile Claus qui y fera plusieurs séjours. Pas moins d’une centaine d’artistes (y compris des colonies de peintres américains et australiens) s’établira durablement dans la région.

René-Xavier Prinet

Fils d’un magistrat francs-comtois muté à Paris, René-Xavier Prinet se lie avec les artistes de la future Bande noire. À partir de 1894, le peintre passe tous ses étés à Cabourg. Les interprétations de la station balnéaire qu’il présente chaque printemps aux expositions de la Société nouvelle, donnent un élan décisif à son art. Ses toiles ou ses pochades décrivant les promenades d’élégantes sur la digue ou sur la plage de Cabourg – qui était son « rêve de la villégiature au bord de la mer », restituent l’univers du roman de Marcel Proust À l’ombre des jeunes filles en fleurs.
On retrouve dans le tableau quasi panoramique La plage de Cabourg les marques de fabrique du peintre avec des personnages statiques, groupes en mouvements brossés et points de vue photographiques, avec des touches vives (souvent du rouge du reste) sur la dominante gris-rosé qui attirent le regard.

Œuvres sur papier

Excellents dessinateurs, les artistes de la Société nouvelle profitent du renouveau de l’estampe à la fin du XIXe siècle et vont même se réunir à la Société de la gravure originale en couleurs, sous la présidence de Raffaëlli. C’est ainsi que les lithographies d’Edmond Aman-Jean et de René Ménard, les eaux-fortes d’André Dauchez, Charles Cottet et René-Xavier Prinet, ou encore les monotypes d’Ernest Laurent vont emballer la critique et les amateurs.

Vous verrez d’ailleurs dans cette salle dédiée, un ensemble d’œuvres sur papier dont les remarquables dessins et pastels d’Henri Martin et les aquarelles de Lucien Simon réunis le temps de cette exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité ».

Les derniers arrivants

Eugène Carrière, Antonio de La Gandara, Jean-François Raffaëlli, Georges Desvallières

Grâce au succès de ses expositions, la Société nouvelle voit arriver des artistes de renom comme Jacques-Émile Blanche, Antonio de La Gandara – un familier de la comtesse de Noailles (clin d’œil en passant à la fameuse Villa Noailles de Hyères), d’Anatole France, de Henri de Régnier, Debussy, Saint-Saëns et Satie -, en 1906 Albert Besnard et Eugène Carrière, puis le dernier en 1911 : le non moins célèbre paysagiste d’origine italienne Jean-François Raffaëlli. Le groupe s’appelle désormais Société de peintres et de sculpteurs.

Entrez dans les pas de ces artistes qui ont marqué le début du XXe siècle et plongez dans la nature et la poésie intimiste de l’exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité » installée au Musée de Lodève du 26 septembre 2020 au 28 février 2021.

INFORMATIONS PRATIQUES

Horaires d’ouverture du Musée de Lodève :
Du mardi au dimanche 10h – 18h (fermé le lundi).
Fermeture exceptionnelle les 11/11, 25/12, 01/01/21.

Tarifs pendant l’exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité » :
Plein : 10€
Réduit : 7€
Pass famille : 22€
(1-2 adultes + 2 à 5 enfants -18 ans)

Visites guidées de l’exposition « Derniers impressionnistes – Le temps de l’intimité » :
À 11h et 15h, du mardi au dimanche (+ 3€).

Musée de Lodève – Square Georges Auric, 34700 Lodève. Tél. 0467888610
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Image de couverture : Henri Martin. Terrasse devant la fenêtre-AP-4805 ©Galerie Alexis Pentcheff.