Entouré de femmes au théâtre dans Les Liaisons dangereuses, qu’il a joué à Sète en janvier dernier aux cotés de Dominique Blanc, Vincent Pérez enfile à nouveau le costume pour incarner Valmont.
La cinquantaine passée et père de trois enfants, celui qui s’est fait connaître avec Cyrano de Bergerac, La Reine Margot ou Le Bossu en a fini avec l’amant romantique : place au monstre manipulateur.
Il se confie sur ses rôles, son amour, le bal des débutantes et son 3e long-métrage Alone in Berlin avec Emma Thompson et Daniel Brühl.

Vincent Perez
© Brigitte Enguerand – Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – Mise en scène et scénographie Christine Letailleur – Scénographie Emmanuel Clolus – Lumière Philippe Berthome – avec :
– Dominique Blanc (La Marquise de Merteuil)
– Vincent Perez (Le Vicomte de Valmont)
– Theatre National de Bretagne – novembre 2015
En jouant le rôle de Valmont dans Les Liaisons dangereuses, on a l’impression que vous réunissez deux univers qui vous caractérisent. D’abord, le costume et puis la séduction ?

Oui, il y a peut-être des résonances. Vous avez raison, j’ai fait beaucoup de films d’époque, c’était il y a longtemps quand même – d’ailleurs, les films en costumes sont rares maintenant. Quant à la séduction, oui, chez Valmont, il y a des éléments qu’on retrouve aussi dans Le Libertin. Mais il s’agit davantage d’un manipulateur que d’un séducteur, Valmont dit, parlant de sa proie : « Elle tombera dans les mailles du filet, telle une mouche dans la toile de l’araignée ».

Êtes-vous toujours à l’aise avec cette image de séducteur ?

Je ne me vois pas comme un séducteur. J’ai cinquante et un ans. J’ai d’autres priorités dans ma vie que de séduire. Cette image me semble ancienne. Et d’ailleurs, j’ai plutôt joué des rôles d’amoureux. Quand on regarde les films de mes débuts, ce sont des victimes, des hommes qui sont tombés amoureux et qui ont tout donné pour la femme qu’ils aimaient.

Philippe Lellouche, qui vous a mis en scène dans Un Prince (presque) charmant, a dit de vous « c’est le Hugh Grant français ».

Non. Je ne me vois pas du tout comme ça. Hugh Grant a cette chose très anglaise et joue le même personnage. Moi, je suis plus versatile. Vous savez, il y a des acteurs qui font leur carrière sur leur personnalité, je n’ai pas l’impression d’avoir fait ça. Je suis toujours allé vers un rôle.

Vincent Perez
© Marcel Hartmann
Justement, un rôle qui a marqué votre carrière, c’est celui de Viviane dans Ceux qui m’aiment prendront le train. Cela a été 6 semaines d’immersion dans une enveloppe féminine. Comment cette expérience vous habite-t-elle encore ?

C’est d’abord un souvenir merveilleux avec Patrice Chéreau. On a beaucoup ri autour de Viviane et en même temps c’est un personnage tragique. Elle a un côté ange, un côté asexué ou très sexué. J’ai été fasciné par ce personnage et par l’expérience de l’incarner.

Vous avez dit : « jusqu’à 18 ans, j’ai cru à l’unique amour ». Est-ce toujours vrai ?

En fait, je crois encore et toujours – et encore plus – à l’amour unique. Ça fait partie de ma nature, j’ai besoin d’un compagnon de route. C’est une chance incroyable d’avoir quelqu’un que vous aimez profondément et quand on a ce désir à deux de vivre ensemble.

Comment vivez-vous le fait d’être dans le même milieu que votre compagne Karine Silla, actrice, scénariste, réalisatrice et romancière ?

On est très actifs et on s’encourage ! Quand elle a fait son film, j’étais là pour m’occuper des enfants, même si elle s’en occupait aussi. Mais elle a quelque chose qui la distingue de moi, c’est l’écriture. Elle sort d’ailleurs ce mois de janvier Autour du soleil, son nouveau roman. Je suis un fan, j’admire son intelligence que je retrouve dans ses livres, dans tout ce qu’elle fait. On partage nos doutes et nos moments de solitude.

Trouvez-vous d’ailleurs que le milieu artistique laisse suffisamment de place aux femmes ?

Dans Les Liaisons dangereuses, je suis entouré de femmes ! J’adore travailler avec les femmes. Alors le cinéma, bien sûr que c’est un milieu machiste mais il y a beaucoup de femmes qui font carrière et il y a des réalisatrices très intéressantes.

Je crois encore et toujours – et encore plus – à l’amour unique.

Comment s’est passé le Bal des débutantes pour votre fille Iman ?

Personnellement jamais je n’aurais pu imaginer aller au Bal des débutantes. Mais quand j’ai reçu cette proposition de la part d’un ami, j’en ai fait part à ma fille qui a toute de suite dit oui. D’autant que c’est une bonne opportunité maintenant qu’elle est mannequin. Le fait que ma fille soit exposée comme ça, c’est son choix à elle, je ne m’y suis pas opposé. Mais ce qui était émouvant pour moi, c’est la rencontre avec Jean Paul Gaultier que j’adore. Il a eu un coup de foudre pour Iman et il lui a même proposé de faire son prochain défilé haute couture.

Si on regarde vos statistiques, vous faites 2,36 films par an. C’est peu…

Mes projets me prennent du temps et puis… les films qu’on me propose m’intéressent moins. Ce qui est important maintenant, c’est de faire des choses auxquelles je crois. Je me suis rendu compte que j’avais déjà réalisé deux films mais qu’il manquait un élément : la nécessité absolue de raconter cette histoire. Avec Alone in Berlin, je ressens ce besoin. Ça raconte le quotidien des Allemands sous le 3e Reich. La vie d’un couple qui lutte contre le nazisme après avoir perdu leur unique enfant et qui recolle les morceaux. Mon père est espagnol, mais ma mère est allemande et ça raconte une partie de la vie de mes ancêtres.

Vincent Perez
© Marcel Hartmann

Alone in Berlin : sortie prévue courant 2016.

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