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[EXPO] Blocs de chair de Vanda Spengler à la Galerie L’Aberrante

23 mars > 27 avril

Vanda Spengler

Pour sa première exposition, la nouvelle Galerie L’Aberrante dédiée aux femmes photographes accueille la série « Blocs de chair » de Vanda Spengler. Une expo qui donne le ton de cette galerie singulière. Sous le regard atypique de l’artiste et son univers fantasmé souvent inquiétant, les corps s’affichent, enchevêtrés, entassés, autant de formes désarticulées… mais percutantes.

Vanda Spengler, photographe de l’intime

Rencontrée lors du vernissage, l’artiste parisienne, fascinée par le corps nu, évoque son univers et son approche artistique et humaine de la photographie.

Pour la plupart des photos présentées à la Galerie L’Aberrante, c’est un travail qui a déjà plusieurs années. Regroupées en trois parties qui résonnent entre elles dans un univers « Blocs de chair ». Pourquoi ce nom ? Vanda Spengler explique : « Parce que j’ai pris une bonne partie des photos de l’exposition dans un squat artistique à Paris appelé Le Bloc, qui a fermé depuis. C’était l’un des premiers squats dans lequel je faisais des photos. Je trouvais que ça collait vraiment bien à mon univers, ce côté où la peau ne reste que ce qu’elle est, désincarnée, déshumanisée. Le corps devient presque une coquille, il y a quelque chose d’assez larvaire, presque comme si on devenait des créatures. Je pense que c’est ce que Valérie a voulu illustrer dans cette exposition ».

Pour autant, Valérie Vernhet, la galeriste, a choisi des séries qui ne racontent pas toutes ce côté froid : « la série Bloc parle de folie, d’abandon, avec la notion de torture, quelque chose de très violent par rapport au corps avec un esprit grégaire. Mais au fond on est très seul, même entouré de plein de gens ». Valérie a aussi choisi la série Bunker, beaucoup plus dynamique. Vanda Spengler rajoute : « on pourrait dire qu’elle est plus aérienne, même si ça reste une ambiance très oppressante, voire dérangeante. J’ai l’impression que ce qui gène aussi dans cette série, c’est la présence de cette femme qui a subi plusieurs cancers, et c’est peut-être la projection aussi du spectateur sur la maladie ».


À lire aussi : Vanda Spengler est interrogée sur la création de la Galerie L’Aberrante, dédiée aux femmes photographes.


Votre travail photographique est centré sur le corps nu et la chair. Quel est votre message ?

Mon parti pris est que tous les corps puissent être vus, montrés, aucun corps n’est tabou, aucune maladie, aucun surpoids, aucune couleur. Je suis consciente qu’une cicatrice soit difficile à observer. Je me rends compte que mon travail n’est pas accessible – je le vois à la réaction des gens – et je l’accepte d’ailleurs car ce n’est pas mon propos, voire je suis presque contente que les gens ne trouvent pas ça beau. Mon but n’est pas pour autant d’être dans la provocation, mais j’ai envie de forcer les gens à voir ces corps parce qu’ils existent et que je les trouve beaux. Dans leur fragilité, leur histoire, leur chemin, ces traces. Si on déplace notre point de vue, notre regard, ils sont beaux. Parce que dans le nu, on voit toujours le même type de corps, d’émotions, et c’est fatigant d’être aussi manichéen dans ce rapport à la nudité, qui peut être déclinée à l’infini. C’est étonnant que ce rapport au nu soit toujours aussi centré sur la sexualité. Pour moi, c’était essentiel d’être le plus loin possible de la sexualisation dans mon travail.

Vanda Spengler
Blocs de chair ©Vanda Spengler

Je suis en train de changer parce que je suis fan du réalisateur Lars Von Trier, et quand même, la sexualité est une pierre angulaire dans son travail, mais une sexualité torturée, où l’on s’ennuie. Or cette sexualité-là m’intéresse maintenant à mettre en scène. J’ai commencé une série récemment, dans une dynamique où la chape de plomb de l’humanité est là, même dans le sexuel. Cela reste important pour moi parce que mon travail est cathartique, ce n’est pas comme ça que je vois le monde, je tiens à faire la part des choses. Certes, j’ai une bonne tendance dépressive, mais je suis quand même quelqu’un de très joyeux et j’essaie de me battre ! C’est vrai que mon travail est très dur, plombant, parce que c’est aussi comme ça que j’évacue. C’est un travail tout aussi thérapeutique pour moi que pour mes modèles !

Vous êtes une habituée des lieux publics. Vous venez avec vos modèles, ils se déshabillent en plein milieu de la gare de l’Est par exemple, vous sortez vos appareils, et en deux temps, trois mouvements, vous les prenez en photo ?

Oui, c’est vrai que j’essaie de le faire dès que je peux et qu’il fait beau ! J’aime ce côté performatif et cette prise de risque est très grisante. Sans l’envie de provoquer, j’ai un rapport au nu qui s’est bousculé depuis mon enfance car il est très sain et naturel, presque nordique. Je n’ai pas envie de mettre des gens mal à l’aise, mais il y a en effet un côté un peu punk avec mes modèles quand on fait ça ! À chaque fois, tout s’est bien passé, on a toujours pu rester suffisamment de temps sur les quais de gare. Quand on a fait le hall de la gare de l’Est un samedi après-midi, c’était complètement irresponsable, et je leur avais dit ! Mais ça les amusait beaucoup de prendre le risque et on l’a fait deux minutes car l’idée n’est pas non plus de finir en garde à vue. Mes modèles et moi, avons ce côté très “gosse”.

Vous travaillez avec les même modèles ou vous changez en fonction des séries ?

J’aime l’idée que chacun puisse participer à mes séances s’il en a envie. Donc vient qui veut, c’est open. Certains modèles me suivent depuis dix ans. Il y en a quelques-uns avec qui j’aime beaucoup retravailler, je pense à Gilles et Line notamment, dans la série Bunker, – c’est une femme qui a eu trois cancers en dix ans, elle a une résilience de guerrière, je l’admire énormément. D’autres n’ont posé qu’une fois, pour découvrir l’expérience. Mais je n’ai pas beaucoup d’amis parmi mes modèles, parce que c’est un autre lien. Avec certains, il y a une vraie estime mutuelle, on a envie de se suivre. J’aime aussi faire venir de nouveaux corps. J’ai découvert une nouvelle modèle, très ronde, qui a une matière étonnante à explorer. En ce moment, je suis dans un travail de matière. Ces corps sont des paysages sans fin à découvrir.

Vanda Spengler
« Blocs de chair » de Vanda Spengler à la Galerie L’Aberrante © DR
Imaginez-vous les scènes comme de l’impro où vous laissez faire vos modèles ?

En général, je fais un croquis sommaire des scènes que je veux mais je laisse aussi les modèles proposer des choses, c’est assez instinctif, surtout dans les scènes de groupes. Je bosse parfois avec des comédiens, mais pour la plupart, ce sont des personnes qui sont par exemple informaticiens le jour et qui explorent leur corps autrement la nuit ! Beaucoup de gens ont des doubles vies. C’est très ludique, parfois j’ai même l’impression d’être monitrice de colo quand je dois gérer les 17 modèles, et que parmi eux, certains se connaissent parce qu’ils se retrouvent dans des soirées libertines. Donc je dois être un peu rigide. Je crois qu’il croient que je suis frigide, un mélange d’Alice au Pays des Merveilles et de Daria. Mais ça me va très bien !

Mes modèles sont parfois très joueurs, un peu comme des petits chiots… C’est les 101 Dalmatiens, mes séances photo en fait !

Vanda Spengler utilise la chair comme une matière première qu’elle modèle au gré de ses scénographies. Ses images questionnent notamment les interactions humaines et le vivre ensemble. Quelle sera votre réaction ?

Plus d’infos

Site internet de la Galerie L’Aberrante
Page Facebook
Site internet de Vanda Spengler

Détails

Début :
23 mars
Fin :
27 avril
Catégorie d’Évènement:

Lieu

Galerie L’Aberrante
1bis rue du Faisan
Le Crès, 34920 France
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