Valérie Servant, photographe

Valérie Servant est photographe et pourtant son métier, c’est autant de faire des images que d’aider les autres à s’aimer.

Découvrez l’interview dans son intégralité :

Je suis photographe dans les Hautes-Pyrénées, une autre partie de l’Occitanie, et j’exerce autant dans ma région proche que jusque dans le Gers où j’ai beaucoup de clients professionnels. Je travaille à domicile, que ce soit avec des professionnels ou chez des particuliers, car je pratique très peu la photo de studio parce que j’aime photographier les gens dans leur élément – c’est plus sympathique pour eux et cela leur facilite la vie lorsqu’ils sont face à l’objectif.

Quel est votre parcours ?

Très jeune, j’ai été prise par le virus de la photo. Je me suis donc orientée vers un parcours scolaire artistique, puis une licence en esthétique et histoire de l’art à Panthéon-Sorbonne, et un peu d’ethnologie. Mais je me suis aperçue que pour être photographe à Paris, il faut quand même connaître beaucoup de gens et avoir un peu d’argent aussi, ce que je n’avais pas. De connaissances en connaissances, je me suis retrouvée à travailler dans un bureau de presse spécialisé dans la mode. Des photographes y venaient pour emprunter des vêtements pour des sessions de photo, et de fil en aiguille, ils m’ont “réquisitionnée” pour être leur styliste. Les stylistes photo sont des rédactrices de mode, celles qui sélectionnent les tenues chez les créateurs pour habiller les mannequins et raconter des histoires de mode dans les magazines, ou pour la publicité et les défilés.

À 40 ans, je suis retournée dans une école de photographie pour me mettre à jour sur mes connaissances.

Mais en fait, je n’aimais pas tellement travailler avec des mannequins parce que leur visage ne me parlait pas tellement, je trouvais qu’elles étaient un peu toutes les mêmes. Du coup, j’attrapais des gens dans la rue, des copains, des copines, qui avaient ce qu’on appelle “des gueules”, ce qui était plus intéressant. J’ai donc commencé à faire mes séances de mode avec des photographes friands de ce type de vision, sur des gens attrapés au hasard des rencontres. De là je suis devenue directrice spécialisée en casting de rue. J’ai travaillé par exemple pour un grand créateur – Martin Margiela – qui n’avait que des mannequins en casting de rue. Puis je suis retournée sur le tard, à 40 ans, dans une école de photographie pour me mettre à jour sur mes connaissances, sur la pratique du numérique aussi et les programmes du traitement de l’image. J’en suis sortie diplômée photographe et retoucheuse photo, et j’ai continué ma vie comme ça sur Paris. J’ai travaillé tant comme retoucheuse photo que photographe où j’avais déjà une petite clientèle. Et puis je suis arrivée ici, où je ne suis que photographe.

Êtes-vous accompagnée dans votre projet ?

J’ai pu entrer dans Kanopé (Coopérative d’Activités et d’Emploi, ndlr) où j’ai été accompagnée par des gens fabuleux que je considère un peu comme ma famille aujourd’hui – en tout cas au niveau professionnel. Ils m’ont donné confiance en moi, ils ont cru en mon projet, là où parfois je n’y croyais plus tellement. Quand on se lance dans une profession, on fait ce que l’on sait faire. Moi, ce que je sais faire, c’est de la photographie, c’est tout. Être entrepreneur, c’est aussi un métier. Donc il a fallu que j’apprenne un deuxième métier, celui d’entrepreneure : budgétiser, communiquer, se projeter, le marketing etc. C’est pas du tout mon histoire. L’avantage du réseau Kanopé, c’est qu’ils vous accompagnent là-dessus. Ils vous rassurent beaucoup, et encore aujourd’hui, ils m’apprennent le métier d’entrepreneur.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

Écouter son cœur. Si je reprends mon parcours de vie, on s’aperçoit que j’ai fait des tours et des détours à tourner autour de la photographie parce que je n’osais pas être photographe. Et finalement, j’y revenais toujours. J’ai toujours eu un appareil avec moi, j’ai toujours fait des images, mais je n’osais pas en vivre. Ça a toujours été là dans mon cœur, dans mon esprit.

À un moment, il faut l’écouter, son cœur. Il faut y aller parce que ça ne sert à rien de passer à côté de sa vie.

Quelle est votre approche de la photographie ?

Ce sont les mots de Cartier-Bresson : « pour faire une bonne photographie, il faut aligner la tête, l’œil et le cœur ». Je ne sais pas photographier quelque chose si je ne déclenche pas une émotion, un sentiment d’amour. Que ce soit pour un client, par exemple en architecture, en hôtellerie ou en cuisine – je photographie des chefs et leurs plats -, c’est aimer ce qu’ils font, comprendre qu’ils aiment ce qu’ils font et donner envie aux autres de l’aimer, c’est vraiment ça. Et pour les gens, c’est les aimer et c’est souvent les aider à s’aimer eux-même. Je pense que la photographie portraitiste a une dimension “photothérapie”. C’est-à-dire que je me suis aperçue qu’on peut vraiment faire du bien aux gens en les prenant en photo, même s’ils redoutent énormément de se retrouver face à l’objectif. Dans la façon dont on les aborde, dont on communique avec eux et ensuite ce qu’on leur renvoie de leur image. On leur apprend à s’aimer et c’est ce qu’il y a de plus beau au monde pour moi, c’est la plus grande gratification.

Comment stimuler la confiance en soi ?

C’est vrai que la photographie est un métier artistique où l’on montre effectivement ce que l’on voit, mais aussi la façon dont moi je le vois. Effectivement, on a ces doutes-là, des doutes existentiels de confiance en soi notamment. Comment on la rebooste ? En regardant le chemin parcouru : je vais sur mon site internet – alors c’est pas du tout du narcissisme – mais je regarde mes photos pour évaluer là où j’aurais pu faire mieux, là où j’ai bien fait, là où je suis super contente parce que ça va au-delà de ce que j’espérais en image. Et de me dire que j’ai quand même réalisé tout cela. Donc si j’ai fait tout ça, je peux encore en faire plein ! Je me rebooste aussi en allant voir le travail d’autres photographes, je me nourris continuellement d’autres images aussi.

Quels sont vos prochains défis ?

Développer ma clientèle, toujours. Continuer de fidéliser mes clients parce que ça fait vraiment plaisir quand ils vous rappellent, vous créez un lien qui est très agréable. J’ai des clients qui sont en train de devenir des amis, c’est génial. Et aussi pouvoir dégager plus de temps pour des projets à dimension plus humaine. Je prépare une exposition – j’ai passé deux jours dans une clinique de santé mentale dans la région où j’ai photographié indifféremment les patients et le personnel – et là, il y a vraiment un aspect photothérapie que j’aime beaucoup. J’aime photographier ce que l’on voit mais aussi ce que l’on n’a pas envie de regarder ou que l’on a tendance à mettre à la marge. Cette exposition s’appelle « Moments de vie sans parenthèse » parce que justement, j’ai voulu les sortir de cette parenthèse de leur vie car ils sont comme vous et moi, avec des hauts et des bas. Ce sont des projets qui me tiennent à cœur.

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