Pauline Chatin, fondatrice de Vigne de Cocagne

Pauline a créé Vigne de Cocagne, la première exploitation viticole d’insertion sociale et professionnelle en France. Son projet novateur est unanimement salué !

Quel est votre projet ?

Le principe est de proposer à des personnes dites “éloignées de l’emploi”, aux parcours difficiles avec des temps de chômage, ou des jeunes par exemple qui n’ont jamais travaillé, de rentrer dans un parcours d’insertion. C’est-à-dire apprendre le métier d’ouvrier viticole sur le terrain, donc vraiment par la pratique, et à côté, d’être accompagnés sur un certain nombre de difficultés sociales qu’ils rencontrent pour qu’à la fin de ce parcours d’insertion, ils puissent retrouver un emploi classique dans le secteur viticole et avoir résolu un certain nombre de difficultés qui sont des freins à l’emploi.

Quel est votre parcours en quelques points clés ?

J’ai grandi en région toulousaine. J’ai commencé mes études en Sciences Politiques à Toulouse puis j’ai fait une école de commerce à Paris. J’ai commencé à travailler en faisant du conseil dans le secteur du développement durable et j’ai découvert ce qu’on appelle « l’entrepreneuriat social » : ce mouvement d’entrepreneurs qui mettent leur projet au service d’un besoin social. À ce moment-là, je passais un BTS en viticulture-œnologie et je me suis passionnée pour la vigne et le vin. À la fin de mon BTS, j’ai eu envie de faire converger ces deux univers, en réalisant assez rapidement qu’il y a finalement à la fois des besoins sociaux sur tout le territoire, notamment à travers un taux de chômage assez important, mais que de l’autre côté, on avait des exploitants viticoles qui n’arrivaient pas à trouver une main d’oeuvre en local. Donc finalement, ce projet permet vraiment de faire le pont entre deux besoins, celui de personnes qui ne trouvent pas d’emploi et celui d’exploitants viticoles – et agricoles – qui ont du mal à trouver des ouvriers avec un minimum d’expérience et une polyvalence dans leurs compétences.

Quelles ont été vos influences et inspirations ?

J’ai découvert le travail du Réseau Cocagne qui, depuis 25 ans, développe des structures d’insertion par l’agriculture en France, principalement autour du maraîchage. Ils ont donc développé des Jardins de Cocagne – une centaine en France – où ils accueillent des personnes en difficulté, ils les remettent à l’emploi à travers le maraîchage. En fait, je trouvais que ce réseau avait à la fois une très belle philosophie, une expérience très riche. Je suis allée les voir en leur disant que j’aimerais développer un projet d’insertion à travers la vigne, « êtes-vous prêts à m’accompagner ? ». Ils ont dit « banco ! » et on est partis ensemble.

Avez-vous bénéficié des services d’un incubateur ?

Je suis tout de suite allée voir un, et même des incubateurs, parce que c’était important pour moi d’être accompagnée, suivie sur ce projet. Le premier était en région parisienne – Antropia, un incubateur d’innovation sociale – qui m’a accompagnée sur la phase d’amorçage du projet, vraiment au tout début quand j’en étais au stade de l’idée. Ensuite en arrivant ici, je suis allée voir Alter’ Incub – un autre incubateur qui fait la même chose mais à Montpellier – qui m’a accompagnée sur la deuxième phase, quand on avait déjà structuré un peu le projet, jusqu’à la fin de cette année, au lancement. Et puis un troisième, Agro Valo Méditerranée – l’incubateur de Montpellier SupAgro et de l’INRA – qui m’apporte tout ce regard sur la partie agricole et agronomique.

Vous avez gagné le concours de la Fabrique Aviva, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Les concours sont toujours des opportunités. Je me suis dis que le projet semblait correspondre aux critères et je me suis prise au jeu. La Fabrique Aviva est un concours sur lequel on demande beaucoup de communication car l’idée est de faire parler du projet – c’est la première étape – ensuite, ils gardent les 200 projets qui ont fait le plus de “buzz” autour d’eux. Donc ça m’a forcée à communiquer sur le projet, ce qui a été une très bonne chose. Et puis ça aide à le structurer puisqu’on pitch devant différents jurys, ici en région puis à Paris. Évidemment, en plus de la dotation qui est un joli coup de pouce (50 000€ ndlr), c’est aussi un joli parcours pour structurer le projet, rencontrer du monde et en faire parler.

J’aurais un conseil à donner : parlez-en ! Parlez-en à tout le monde autour de vous, tout le temps.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

De ma courte expérience, j’aurais un conseil à donner : parlez-en ! Parlez-en à tout le monde autour de vous, tout le temps. Moi j’en ai parlé dès le début, très vite, très ouvertement et ça m’a permis d’avoir beaucoup de retours, de conseils, de bonnes idées. Ça fait énormément avancer les choses. Et même à des personnes que je n’aurais pas imaginé avoir un intérêt dans le projet ou qu’elles puissent me donner des conseils. Alors pas de fausse modestie ou peur que le projet soit repris ou volé, au contraire, plus on en parle plus ça fait avancer les choses ! Et c’est important de créer cette communauté d’acteurs ou d’amitiés qui soutiennent le projet, qui le font avancer de manière très informelle, en appelant, en donnant un conseil…

Être une femme : avantage ou inconvénient ?

Ça a plutôt été un avantage parce que finalement dans le secteur de l’insertion et surtout dans le secteur agricole, c’est pas attendu. Enfin si, c’est attendu justement : ça ne correspond pas à ce qu’est la majorité des vignerons aujourd’hui ou des patrons d’entreprises d’insertion. Et pour autant on attend des femmes – et jeunes – dans ces deux secteurs. Donc oui, ça a plutôt été un tremplin, mais j’aimerais que ça ne le soit plus.

Dans le monde agricole, les choses ont bougé ces dix/quinze dernières années, il y a tout de même de plus en plus de femmes chefs d’exploitation, soit en prenant la suite de leur mari, soit en cogestion, ou qui ont repris une exploitation. Donc voir des femmes vigneronnes, on s’y habitue. Par contre au niveau des ouvriers viticoles, je pense que cette évolution vers une mixité est beaucoup moins présente et là, on a un vrai travail à faire nous, en recrutant des hommes, des femmes, en les faisant travailler ensemble et en montrant que c’est un métier mixte et que les femmes ont tout à fait leur place comme ouvrières viticoles.

Quelles sont les prochaines étapes ou défis à relever ?

Le prochain défi est de démarrer l’activité, d’accueillir les premiers salariés sur l’exploitation. Ce sera aussi de réussir notre première vendange. Parce qu’en septembre 2018, on aura la première vendange et la première vinification, et donc dans la foulée, en 2019, une première cuvée à vendre ! Donc voilà, faire connaître notre projet, faire goûter ce vin, le faire aimer en espérant qu’il trouve son public.

Le projet « Vigne de Cocagne » doit démarrer à la fin de l’année 2017 au pied du massif de la Gardiole sur le domaine de Mirabeau à Fabrègues, à 15 km de Montpellier, où 7 hectares de vignes sont plantés. Le domaine abrite plus d’une centaine d’espèces animales et végétales protégées, alors pour préserver cette biodiversité exceptionnelle, Vigne de Cocagne développera une viticulture biologique et agro-écologique. Ce vin bio, local et solidaire sera commercialisé en direct sur le domaine et à travers les circuits courts (épiceries bio, drive fermiers, etc.).

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