Olivia Bertrand, fondatrice de Laines Paysannes

En contribuant à construire une filière autour de la laine en Ariège, Olivia Bertrand revalorise une ressource locale, naturelle et porteuse d’avenir.

Découvrez l’interview dans son intégralité :

Laines Paysannes est le projet que je porte en ce moment avec mon compagnon, par ailleurs éleveur de brebis. Il a vocation à mettre en place trois volets : la formation pour les éleveurs, pour améliorer la qualité des laines avec tout un travail sur le tri ; le tissage artisanal, c’est un volet qui se mettra en place, on l’espère, d’ici l’année prochaine. Et ce dont on s’occupe surtout en ce moment, c’est de structurer une filière de transformation qui comprend le lavage, le cardage et la filature de la laine, principalement entre l’Ariège et le Tarn, à partir des laines qu’on va récolter chez les éleveurs. Puis sa transformation en produit tricoté : on propose une gamme d’articles en laine à partir de laines locales et de nos élevages.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé la teinture végétale il y a longtemps parce que je m’intéressais aux plantes. C’est un monde tellement vaste que c’était un bon moyen – assez pédagogique et ludique – pour les découvrir, à travers les plantes qui permettent de produire de la couleur et de teindre des fibres. Ensuite, au cours d’un voyage en Amérique centrale que j’ai effectué pour découvrir notamment des teinturières et teinturiers, j’ai rencontré des tisserandes et tisserands dans différents pays, du Costa Rica au Mexique. C’est un peu là que tout a commencé ! Quand je suis rentrée en France, j’ai fait une formation dans le tissage « Techniques des fibres et du tissage ». J’ai acheté un premier métier à tisser et j’ai fait des formations par des associations locales un peu partout en France. Avec beaucoup d’apprentissage sur le tas aussi. Ce qui a contribué à la structuration de ce projet a été une licence professionnelle que j’ai repris à Foix en Ariège, « Entreprise et développement local », qui permet de donner des outils en montage de projet et de rencontrer un réseau. Ce qui a été vraiment déterminant dans le soutien qu’il y a eu autour de ce projet-là.

Avez-vous été aidés pour mettre en place votre projet ?

Oui, on a été beaucoup soutenus par certains enseignants de la Fac de Foix, qui nous ont fait travailler, qui nous ont demandé d’organiser des journées pour les élèves sur la filière agricole et artisanale, à travers la transformation de la laine. Ça a été pour nous un premier pied à l’étrier pour oser parler de ce qu’on faisait, de ce qu’on débutait timidement, c’était important. On est suivis par la Chambre des Métiers aussi, et un programme de l’Association du Développement des Pyrénées par la Formation nous a permis de financer plusieurs accompagnements, notamment autour de l’identité visuelle de la structure. On a travaillé avec un graphiste pour faire le logo et toute la charte graphique. On a bossé avec le CERFrance aussi dans le cadre de cet accompagnement, pour nous structurer juridiquement – on a le statut associatif pour l’instant mais c’est quelque chose qui s’est construit. Et le dernier accompagnement que l’on aie eu, c’est une amie webmaster qui nous a fait le site internet avec la boutique en ligne. C’est vrai que tous ces aspects-là étaient vraiment des leviers de développement pour nous, qui nous ont permis d’avancer en un an et demi, de mettre en place un projet avec une vraie communication et de se lancer.

Le financement participatif nous a permis d’apprendre de nous-même et de faire avancer le projet plus global.

Pourquoi avoir fait appel au financement participatif ?

Je me suis dit qu’il fallait qu’on trouve un autre moyen pour pouvoir faire les marchés avec un outil. C’est là qu’on a envisagé cette histoire de caravane-boutique, pour avoir une boutique itinérante. Pour le financer, il n’y avait pas trente-six solutions puisqu’on n’a pas suffisamment d’assise pour se présenter à un banquier. On avait aussi cette volonté de communiquer sur ce qu’on faisait et de créer une communauté de soutien autour de cela. On a travaillé notamment avec des élèves de la Fac de Foix pour monter ce projet de financement participatif, qui met des mois de réflexion pour choisir le projet, construire sa communication… Cela nous a aussi permis d’apprendre de nous-même et de faire avancer le projet plus global.

Être une femme : avantage ou inconvénient ?

Je n’ai pas senti de différence de traitement de la part des personnes avec lesquelles on a pu travailler. Après c’est plus dans la réalité des choses : le fait d’avoir un enfant a beaucoup joué puisque je me suis rendue compte qu’il fallait jongler entre ce projet naissant avec énormément de choses à mettre en place et l’arrivée d’un bébé ! En tant que femme, les premiers mois, c’était… Aujourd’hui, les tâches sont beaucoup plus réparties mais c’est vrai que cela demande un équilibre à trouver en permanence entre nos activités professionnelles respectives, ce projet de Laines Paysannes, la ferme et le fait de s’occuper d’un enfant.

Quelles difficultés avez-vous surmontées ?

Il y a beaucoup de travail, il faut tout faire en même temps, tout apprendre. Donc effectivement, on est très soutenus, on a accès à beaucoup de formations et des accompagnements qui nous permettent au fur et à mesure de gagner en compétence et de s’organiser sur tous les volets que demande le montage d’un projet. Mais cela nécessite d’être plus nombreux. On a une salariée depuis trois mois en contrat aidé, qui nous aide vraiment à mettre en place tout ça, à être polyvalents et elle apporte ses propres compétences.

Des conseils pour celles qui voudraient se lancer ?

S’écouter sur ses envies profondes aide à ne pas se décourager.

C’est toujours de se rappeler pourquoi on fait cela et ce qui nous anime vraiment. C’est toujours en revenir à se positionner au centre du projet et se dire : « ce projet, c’est moi qui le porte, qu’ai-je vraiment envie de faire ? ». Pour ne pas s’éloigner de cela et rester fidèle à ce qu’on veut faire au départ en fait. Donc s’écouter sur ses envies profondes. Voilà. Ça aide à ne pas se décourager, parce que des fois on réfléchit à des pistes de développement, à des façons de financer telles ou telles choses… ou là c’est compliqué, on ne sait pas trop comment articuler les différents pôles d’activité… Se poser cette question permet de trouver des solutions.

Est-ce important de partager cette aventure à deux ?

C’est un soutien énorme ! Être deux, c’est vraiment ce qui fait la différence. Même si c’est moi qui porte le projet, c’est ce qui lui a permis de voir le jour. Cela permet de prendre du recul dans la réflexion globale, d’avoir un interlocuteur privilégié pour échanger et puis c’est un soutien moral énorme en fait ! Pour nous, ce projet partagé dans le travail, c’est aussi un projet dans notre vie de couple – de parents maintenant – qu’on peut moduler et faire en sorte que tout s’articule. Être deux, ça change tout.

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