Gaëlle Berréhouc, créatrice de Pulsations Humaines

Gaëlle Berréhouc, à la fois artiste et entrepreneuse, nous montre la société sous un nouveau jour et nous aide à prendre conscience de ce qui nous lie avec les autres et notre environnement.

Découvrez l’interview dans son intégralité :

J’ai fondé Pulsations Humaines, un ensemble de dispositifs interactifs qui visent à créer du lien, à créer des déclencheurs à la rencontre. La rencontre avec l’autre et la rencontre avec soi. Pulsations Humaines est né d’un intérêt pour se dire comment on habite ensemble nos espaces de vies – nos rues, nos territoires, nos villes, mais aussi nos espaces d’entreprise. On partage tous ensemble des espaces communs mais finalement, qu’est-ce qui nous lie ? Qu’est-ce qu’on partage ensemble dans ces espaces ? Pulsations Humaines sont des scénographies, des dispositifs participatifs qui permettent de se connecter les uns aux autres.

Quel est votre parcours ?

Quinze ans dans des métiers autour de la communication, des relations publiques et des relations presse dans différentes institutions publiques, à la fois au niveau international et local. Plus récemment, trois ans d’expérience dans un poste dans le domaine privé qui m’a appris à comprendre véritablement les besoins du terrain, les besoins des entreprises pour mieux faire approprier leurs messages, mieux activer l’engagement et permettre à chaque employé.e de se questionner sur sa raison d’être et la raison d’être de son travail. Et puis en parallèle de mes activités professionnelles depuis deux ans, j’avais commencé à créer des installations, des expositions temporaires dans l’espace public, au Carré Sainte-Anne à Montpellier, dans des espaces de passage… Ces différentes expositions m’ont fait gagner des prix, m’ont permis d’être sélectionnée avec joie dans des parcours d’accélération et d’incubation et m’ont donné envie du coup de me lancer en tant qu’entrepreneuse dans ce parcours.

Quel a été le déclic pour passer de votre travail de tous les jours à votre première scénographie ? C’est à votre initiative ?

Oui, tout a commencé en 2014 lorsque j’ai été sélectionnée pour faire une exposition photographique à l’Espace Saint-Ravy à Montpellier. Ce qui m’intéresse dans la création, c’est d’essayer de parler aussi bien au cerveau gauche – le cerveau analytique – qu’au cerveau droit, notre cerveau émotionnel, celui qui fait qu’on se rappelle avec émotion de quelque chose que l’on a vu. Donc au-delà de l’exposition photo, j’ai eu envie de créer des scénographies participatives permettant au public d’être acteur de l’exposition – qui était sur le thème du lien humain dans l’espace public : qu’est-ce qui nous lie ensemble, dans ces espaces qu’on partage tous ?

Que voulez-vous faire passer dans vos créations ?

On est beaucoup sur les réseaux sociaux mais finalement, est-ce qu’on connaît son voisin ?

J’ai quatre mots qui m’animent : altérité1, commun, précieux et fragile. Tout l’esprit de Pulsations Humaines, c’est l’envie de créer des déclencheurs à la rencontre mais aussi des déclencheurs de déclic. Se dire : « le monde est rempli d’altérité et si on prend le temps, de regarder la diversité des profils, la diversité de toute cette humanité qui nous entoure ». J’ai envie de montrer cette richesse-là par mes créations. L’altérité mais aussi le commun : nous sommes différents mais nous avons aussi beaucoup de choses en commun et par le biais de la création artistique, de la photographie, d’actions qui nous permettent de nous rassembler, mon envie est de montrer ce qui nous lie. Et puis les deux autres mots – le précieux et le fragile -, je crois qu’on est dans un monde où l’on a ce que j’appelle « l’infobésité » : le fait d’être pris dans une surcharge d’informations perpétuelles. On est beaucoup sur les réseaux sociaux mais finalement, est-ce qu’on connaît son voisin ? On est dans une surcharge d’images mais finalement, qu’est-ce qu’on en garde ? Donc du coup, prendre conscience à chaque instant de ce qui est précieux et fragile dans la vie, d’être dans la pleine présence de cette joie d’être en vie, de pouvoir retranscrire ça dans des scénographies, c’est mon envie et mon souhait dans les créations que je réalise.

Êtes-vous accompagnée dans votre projet ?

J’ai été accompagnée en premier lieu grâce au prix « 100 % Talents des Territoires » que j’ai gagné et qui m’a permis de donner une première impulsion il y a quelques années. Et puis je suis accompagnée par Alter’ Incub dans le cadre de l’appel à projets Tropisme Culture & Numérique, donc localement en Occitanie. Et en parallèle dans le cadre du parcours entrepreneurs Ticket For Change, qui est un parcours national d’accélération de projets à impact positif. C’est une chance immense de bénéficier de la crème des outils, d’un accompagnement, d’un mentoring, d’un accès à un réseau… C’est extrêmement important d’être accompagné.e quand on se lance dans cette aventure très enthousiasmante mais un peu vertigineuse de l’entrepreneuriat. De pouvoir s’entourer de mentors individuels mais aussi de structures, d’être à plusieurs, de se mettre aussi dans des réseaux plus informels – le réseau Elles sont l’Occitanie par exemple, celui des WonderMeufs -, on est ici dans un coworking collaboratif : La Ruche Montpellier. Oui, c’est un conseil très fort pour toute personne qui a envie de se lancer : être accompagnée, avec cette sensation de se dire qu’on peut cheminer et que notre projet va se nourrir de ce mentoring, de ces rencontres qui permettent d’avancer ensemble.

Dans un projet, il faut prendre son temps ou aller vite ?

Un peu des deux ! Il faut « être en chemin », ça veut dire avancer. Donc pour moi, ça peut prendre du temps mais le temps du cheminement, du tâtonnement, le temps d’expérimenter des choses. Finalement, chacune de mes expériences et de mes créations jusqu’à aujourd’hui, ont été des prototypes qui m’ont permis de cheminer, d’ajuster certaines choses, de me donner de nouvelles idées… Par contre, ce qui est extrêmement important, c’est d’être en mouvement perpétuel. Je sens que chaque jour je chemine par une rencontre, une discussion, parfois un regard nouveau sur un autre angle d’un objet, d’un projet qui va soudainement m’inspirer pour une nouvelle création. Donc oui, se précipiter à faire, j’ai envie de transmettre ça, de me dire : « rappelons-nous à chaque fois qu’on a osé commencer quelque chose, cette sensation qu’on a eue quand on a commencé », cette joie de se dire « je me sens vivant.e de commencer quelque chose ! ».

Se précipiter à commencer mais prendre son temps avec cette certitude que l’expérience, le cheminement nourrit le projet.

Le fait d’être une femme est moteur ou bloquant ?

J’ai l’impression que c’est plutôt moteur d’être une femme dans mon projet. Au-delà du genre, c’est peut-être essentiellement la personnalité qui compte… J’ai l’impression d’avoir rencontré sur mon chemin des gens enthousiastes et accompagnants donc c’est plutôt moteur d’avoir aussi une sensibilité et un regard différents sur les choses. Dans tous les parcours d’accompagnement que j’ai suivis, il y avait quand même pas mal de parité. Peut-être aussi que ma vision est biaisée par le fait d’être entourée justement, et dans des réseaux de femmes aussi. Je pense que les femmes ont cette envie de se rassembler, de se donner du courage ensemble, notamment pour la question de gestion du temps, de la combinaison entre vie personnelle et vie professionnelle. Je milite pour un entrepreneuriat qui nous permette d’être heureux.ses, cette joie de mettre en corrélation ce que l’on est avec ce que l’on fait.

Comment dépasser ses peurs ?

Alors les petits trucs que je peux avoir pour dépasser mes peurs, c’est la visualisation : de me projeter déjà dans le moment et avec certitude que ça va bien se passer. Un petit pas de danse aussi, ça aide bien (rires), des petits pas pour se détendre ! Et puis plus sérieusement, j’ai beaucoup été touchée par la découverte de la méditation, par la découverte de pratiques d’ancrage. Je pratique le Qi Gong, je fais du Lindy Hop, de la danse, et le fait d’apprendre à être dans son corps, à habiter son corps et ne pas être que dans la création intellectuelle, mentale – quand on monte son entreprise, on est beaucoup dans la réflexion -, et pouvoir se ré-ancrer dans son corps, dans son intention et dans la visualisation, ce sont des choses qui m’aident beaucoup.

Quels sont vos prochains défis ?

Mon défi dans les mois à venir, c’est déjà de faire de belles créations, des créations génératrices d’émotion. J’en ai trois sur le feu qui seront présentées à partir du printemps, donc j’ai hâte de pouvoir vous en dire plus. C’est aussi de pouvoir constituer une équipe, de pouvoir m’entourer de personnalités avec lesquelles on a une belle complémentarité, d’être à plusieurs pour continuer à faire grandir le projet.

1 L’altérité est un concept utilisé dans de nombreuses disciplines comme la philosophie, l’anthropologie, l’ethnologie et la géographie. Il renvoie à ce qui est autre, à ce qui est extérieur à un « soi », à une réalité de référence, qui peut être l’individu, le groupe, la société, la chose, le lieu. (Source Wikipédia)

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